Pis Paul

25 ans plus tard...
michaël prüfer

par Fanny Caspar - 27 déc. 2017

Flash Prüfer, rapide comme l'éclair !

Les jeux sont faits. ou presque. Nous sommes le samedi 22 février 1992. il ne reste que quelques épreuves avant que la quinzaine olympique ne se termine. Aux Menuires, Tomba la bomba se bat avec les piquets pour conserver son titre. Aux Saisies, Bjorn Daelhie trace une légende qui s’appréciera à l’aune de ses médailles. Et ici, aux Arcs, un homme en combinaison rouge s’apprête à franchir le mur du son... des acclamations de la foule.

L’homme se présente au départ de l’étroite bande de neige reluisante. Avec pour objectif de descendre le plus rapidement possible. Il faut un cœur bien accroché pour se lancer droit dans cette pente vertigineuse. Dans quelques secondes à peine, à l’issue de cette dernière manche, il sera plus encore que le premier Champion Olympique de Ski de Vitesse de l’histoire, il sera le skieur le plus rapide du monde.

Avec une pointe à 229,299 km/h, Michaël Prüfer devient le skieur le plus rapide au monde.

L’HOMME DE TOUS LES RECORDS

Avec une pointe à 229,299 km/h. Pourtant, il n’a rien d’une tête brûlée. Bien au contraire. Quand il réalise cet exploit, il est déjà le Docteur Prüfer. Le seul Champion Olympique diplômé au jour de son sacre. Alain Calmat aussi était médecin, mais il n’a obtenu «que» l’argent en patinage artistique en 1968.

La médaille du Docteur Prüfer ne compte pas dans les tablettes puisque le sport est en démonstration, mais il n’empêche, son titre, il ne l’a pas volé. Quadruple vainqueur de la Coupe du Monde, Michaël pulvérise son propre record de vitesse pour la seconde fois et, rejoint sur le podium par Philippe Goitschel (argent), clôt le tableau de récolte de médailles français. Seule ombre - et quelle ombre ! - au tableau de cette journée particulièrement ensoleillée, le tragique décès du skieur suisse de 27 ans, Nicolas Bochatay. Treizième des qualifications, il percute un engin de damage à l’entraînement sur une piste publique et perd la vie, laissant ses concurrents sous le choc, et pourtant bien obligés de concourir.

Michaël Prüfer, le premier Champion Olympique de Ski de Vitesse de l’histoire

LA SCIENCE AU SERVICE DE LA GAGNE

Si Michaël parvient à atteindre ses objectifs ambitieux ce jour-là, malgré le drame, malgré la ferveur populaire, c’est parce qu’il s’est préparé avec méthode et minutie, parce qu’il s’est protégé de tous les facteurs extérieurs en se créant une bulle hermétique. Il confie : “Moi la foule, les fans, les médias, la pression, ça me perturbe, ça me stresse. Je me suis mis à l’abri de ça pendant trois mois. Je ne suis pas non plus allé à la cérémonie d’ouverture. J’étais aux 7 Laux en préparation, en dehors de l’Equipe de France. J’étais entièrement focalisé sur mes manches et ce que j’avais à faire pour atteindre le but que je m’étais fixé. Ça a été comme une grande illumination à l’arrivée. J’étais ahuri en réalisant que je l’avais fait. Même si j’avais bossé dur pour ça.”

C’est certainement là la grande force du champion. Sa connaissance parfaite de lui-même, son savoir médical et son mental. “Pour moi qui connaît la neurologie, c’est un vrai avantage. Je vois comment ça circule dans mon corps, où sont les connexions et comment elles fonctionnent.”

Le secret de son succès réside surtout dans le mode préparatoire qu’il établit, innovant, unique et presque chirurgical. “Préparation technique, physique, mentale, reproductibilité, stratégie d’anticipation, préparation technologique, communication, sponsors/médias et fédération, j’ai établi une règle en dix points que j’utilise toujours actuellement en tant que médecin.” Sans parler de tout le travail d’études, de recherches, d’innovations physiques et aérodynamiques réalisé avec son équipe de 30 personnes. Un incontournable quand on est à la recherche du moindre millième de seconde. Une évidence pour un être en quête permanente du geste parfait, qu’il soit sportif ou chirurgical.

INVENTEUR HYPERACTIF

Après les Jeux, le champion raccroche. “J’avais déjà tout gagné, j’avais réussi. De toute façon, la discipline n’allait pas devenir officiellement olympique. Il était temps que je passe à autre chose. De plus, j’étais déjà médecin et bien occupé.”

En effet, en marge de sa carrière sportive, le skieur est médecin vasculaire au CHU de Saint Etienne, médecin de l’équipe de Formule 1 de son sponsor Rhône-Poulenc, dont fait partie Alain Prost. C’est d’ailleurs pour lui qu’il développe les premiers bas de compression progressive pour le sport, le Booster Veines Sport (BVS), avec son ami le Docteur Serge Couzan. Ils déposent ensemble un premier brevet en 1997, bientôt suivi d’un second relatif à la mesure de la pression veineuse par Echo-Doppler en 2000. Ils équipent de nombreux sportifs, en particulier l’Equipe de France de football lors du Mondial de 1998.

Comme il le dit: “J’aime l’innovation. Autant en médecine qu’en ski. Dans ce domaine, j’ai eu de quoi faire avec la mise au point du matériel et le travail en soufflerie.” Côté médecine, il ne s’est évidemment pas arrêté à ses deux brevets. Sa dernière création : le laser endo-veineux multi-introductions. Un fauteuil de traitement des varices par chirurgie laser. “Tout est à portée de main pour l’opérateur. J’ai mis au point le fauteuil, tous les sets et le matériel qui permettent de traiter les varices. Les avantages : cinq intervenants en moins, pas de personnel de bloc, pas d’hospitalisation, pas d’arrêt de travail. C’est un geste complet en chirurgie, quasiment indolore et surtout 26 fois moins cher qu’une chirurgie classique.“

C’est grâce à cette invention qu’il est nommé Lauréat du meilleur parcours de reconversion professionnelle de Sportif de Haut Niveau + de 35 ans, aux Trophées Sport & Management 2017.

Une personnalité exceptionnelle, un parcours extraordinaire pour ce gamin de Saint-Pierre d’Albigny qui a découvert le ski à l’âge de trois ans dans la cour de la maison de ses parents, puis s’est perfectionné sur les deux téléskis du Col de Frêne, dans le Massif des Bauges, démontés depuis. Qui aurait cru que d’une si petite station puisse éclore un si grand champion ?

Trophées de shuss

Jeux Olympiques :
1992 : Or

Coupe du Monde :
Quadruple vainqueur du classement général 1987, 88, 90 et 91
Second en 1989, année de sa thèse.

Records du Monde :
1987 : Portillo, Chili - 217,680 km/h
1988 : Les Arcs, France - 223,741 km/h
1992 : Les Arcs, France - 229,299km/h

Illustration Joseph Brown - @ Afp Pascal Pavani