Pis Paul

25 ans plus tard...
olivier allamand

par Fanny Caspar - 29 déc. 2017

Coup d'pompe

Derrière le rideau de flocons, le dossard quinze se présente. Quinze, c’est aussi la visibilité en centimètres… Olivier Allamand est certainement le seul à voir la piste. A moins qu’il ne l’ait si bien mémorisée qu’il n’ait plus qu’à la dévaler, à avaler une par une ces bosses qui le mèneront jusqu’au podium. Avec cette pompe, ce jeu de jambes ultra-rapide qui caractérise son ski. Le tout en à peine plus de trente secondes... deux fois quinze. Deux et quinze, ses numéros du jour.

En février 1992, Olivier Allamand est le dauphin d’Edgar Grospiron, le trublion favori des médias. Pourtant, au sein de l’Equipe de France, reconnue alors comme la meilleure du monde, Olive comme ses co-équipiers l’appellent, est sans aucun doute le skieur au style le plus pur et le plus félin. Sa capacité à rester collé à la neige, à franchir et avaler avec fluidité les bosses en inspire plus d’un. Et ce, malgré un genou au ligament manquant depuis 1990.

Si le vice-champion olympique parvient encore à skier à très haut niveau, ses douleurs au genou, l’instabilité de celui-ci, finissent par le rattraper. “Je ne voulais pas me faire opérer, mais ce fut une erreur. Ça m’a bouffé le genou. A l’issue de la saison, j’ai subi une ligamentoplastie, ainsi qu’une ostéotomie pour tenter de sauver mon articulation dont le cartilage était déjà fortement touché” se souvient-il. A 23 ans, un comble ! Olivier se rééduque et s’entraîne dur pour tenter de prendre sa revanche à Lillehammer deux ans plus tard. Il n’en sera rien. “J’étais tellement mal physiquement, j’avais tellement de douleurs que j’étais sous cachetons en permanence. Je termine sixième, puis je décide de mettre un terme à ma carrière”.

Olivier Allamand et son style pur, le plus félin du circuit...

LES JEUX AUTREMENT

Sa vie de skieur ne s’arrête pas là pour autant. Il s’envole en 1995 pour le Japon où il rejoint le canadien Jean-Luc Brassard, Champion Olympique de Bosses en 1994, pour encadrer des stages et développer la discipline en école de ski. L’hiver suivant, la Fédération française de Ski le sollicite pour accompagner les athlètes de l’Equipe de France de Bosses. “J’étais très proche des coureurs… J’intervenais en soutien du coach principal, Michel «Mitch» Salvi, sur la Coupe d’Europe et jusqu’aux Jeux de Nagano. C’est fou, mais c’est seulement à ce moment-là que j’ai vraiment réalisé à quel point les JO représentaient le Graal pour tout compétiteur. J’étais passé totalement à côté de ça en tant que coureur. Je les avais abordés comme une autre compétition. Et même par la suite, j’ai relativisé ma médaille d’argent, car pour moi, ce n’était que du ski. Je savais que ça ne durerait pas. En passant de l’autre côté, j’ai découvert les enjeux et les luttes de pouvoir. J’ai aussi compris que l’olympisme actuel est loin des valeurs promues par son fondateur. Même si ça continue à faire briller les yeux des gens.” Tout ça n’est guère du goût d'Olive.

Et puis, il avait promis à son père de le rejoindre dans la gestion des magasins dont ils sont propriétaires dans la station de la Plagne. Il quitte donc son habit de bosseur, pour bosser autrement : “J’ai vite tourné la page. Je ne suis pas du style à regarder le passé. Et puis il faut reconnaître que cette médaille n’a pas réellement changé ma vie, même si elle m’a permis d’investir plus rapidement avec mon père. En revanche, ce qui change, c’est le regard des autres sur toi. Mais ça me fait la même chose avec les sportifs que j’admire.”

Olivier Allamand, médaillé d'argent en ski acrobatique, juste derrière Edgar Grospiron.

SOUS LE CHOC

De ces jeux de 1992, Oliver garde peu de souvenirs réellement marquants. “Sportivement déjà, je n’étais pas bien cette saison-là. J’avais mal. Je ne m’épanouissais pas pleinement. Alors que le ski ça doit rester un plaisir avant tout. Même à haut niveau. Je dois reconnaître quand même que l’ambiance était incroyable à Albertville. Il y avait une telle frénésie.”

Ce qui est fou chez Olivier, c’est que ce sont les Jeux auxquels il ne participe pas en tant qu’athlète qui lui font vivre le plus d’émotions : “A Nagano, en 1998, deux événements m’ont marqué. D’abord, cet accident de voiture qui nous choque, le préparateur physique, les deux coureurs et moi qui étions dans l’auto, deux jours avant l’épreuve des bosses. L’un d’entre eux, Thony Hemery, souffre alors de contusions au visage et il est fort probable que cela ait eu une influence néfaste sur sa prestation, alors qu’il était parmi les favoris. Ensuite, nous avons subi un second choc, émotionnel cette fois, quand Candice Gilg chute lors de son run. Elle était la plus forte. Elle gagnait chaque course avec deux points d’avance. Ça devait être une simple formalité. Ce fut un véritable coup de massue. Heureusement, la quinzaine s’est mieux terminée avec la belle médaille d’argent de mon meilleur pote, Seb Foucras, en saut acrobatique. Celle-ci, je l’ai vécue à fond. Je commentais pour France 2 et ça a été un grand moment !”

D’ATHLÈTE À ESTHÈTE

Depuis près de 20 ans, le skieur gère ses magasins en famille. Mais son côté esthète, son hyper sensibilité, son sens du détail ne l’ont jamais quitté. Pas plus que sa poésie. Et pour les exploiter, il se met à la photographie. “J’ai commencé en 2006, pour moi, pour mes enfants. Et grâce aux possibilités infinies de Photoshop, j’ai commencé à retoucher les photos pour les interpréter à ma manière. En 2009, j’ai réalisé une première mission pour la Plagne, et depuis je continue régulièrement. Ce n’est pas un gagne-pain, je le fais parce que ça me plaît”.

Pour l’heure, celui qui reste accro à sa montagne espère plus que tout pouvoir rechausser ses skis la saison prochaine, lui qui en a été privé depuis 2 ans suite à une double greffe de ménisque et de cartilage. Une médaille oui, mais à quel prix ?

Trophées de shuss

Jeux Olympiques :
1992 : Argent

Coupe du Monde :
22 Podiums, 5 victoires
1990 : 2nd du classement
1992 : 3ème du classement

Illustration Joseph Brown - ©1992/CIO/Christian Haase - ©Agence Zoom