Pis Paul

25 ans plus tard...
philippe goitschel

par Fanny Caspar - 27 déc. 2017

Philippe Goitschel Le nettoyeur

Lorsque Philippe Goitschel s’élance sur la piste des Arcs 2000 ce 22 février 1992, personne ne le sait encore, mais ce sera sa dernière descente olympique. Le ski de vitesse ou kilomètre lancé est en démonstration. Il ne sera jamais officialisé. Mais les «fous glissants» ont bien d’autres cordes à leurs arcs… 2000.

Le ski de vitesse est cette épreuve impressionnante durant laquelle les participants, équipés d’un harnachement spécifique et profilé, se lancent dans une piste préparée, rectiligne et extrêmement raide, à la recherche de la vitesse maximale.

DRÉ DANS L’PENTU

En 1992, les Français sont les seigneurs de la discipline et s’adjugent pas moins de quatre places dans les cinq meilleurs de ces JO. Tous à plus de 223 km/h, sans guère plus de protection qu’un casque aérodynamique. L’épreuve demande sans nul doute un sacré caractère. Et ça, Philippe n’en manque pas. Le neveu des deux championnes (Marielle et Christine Goitschel) ne manque pas non plus d’amis sur le circuit, avec qui il a gardé le contact encore aujourd’hui. Certainement car le danger et l’engagement sont tels qu’ils lient les hommes à tout jamais.

De l’épreuve olympique, le KListe (prononcez kaéliste) se rappelle bien sûr de cette entente avec les autres coureurs. Mais cet événement lui a surtout ouvert les yeux. “Quand j’étais minot, j’ai beaucoup rêvé des Jeux Olympiques. Puis, quand j’ai découvert ce que c’était vraiment, ça a radicalement modifié ma vision des choses. J’ai compris que les jeux, ce n’était pas cette fraternité entre peuple qui m’émerveillait jusque-là, mais qu’ils étaient prétexte à la défense d’autres intérêts, bien moins reluisants. C’est aussi le seul moment de ma carrière où j’ai perdu des amis. A cause de ce que l’intégration du Ski de Vitesse dans le système sportif international impliquait.” Après 1992, d’un commun accord, les skieurs décident donc de sortir du giron de la Fédération Internationale de Ski, de se passer du CIO et de ses anneaux, et de retourner vers un système indépendant. “Plus sain… ”.

A Albertville, Philippe Goitschel remporte l'argent. Dix ans plus tard et sur la même piste, il est le premier à passer la barre des 250km/h.
 J’ai compris que les jeux, ce n’était pas cette fraternité entre peuple qui m’émerveillait jusque-là, mais qu’ils étaient prétexte à la défense d’autres intérêts, bien moins reluisants. 

AUSSI VITE QUE L’ÉCLAIR

C’est dans celui-ci que Philippe poursuit sa carrière à la recherche de la plus grande vitesse. Quatre fois Champion du Monde, autant de fois vainqueur de la Coupe du Monde, il atteint le Graal en 2002 lorsqu’il devient l’homme le plus rapide du monde. Dix ans après les jeux et sur la même piste. Son objectif est atteint, il est alors le premier à passer la barre des 250km/h.

Pourtant, paradoxalement, cet exploit si durement atteint ne l’épanouit pas. “Aller plus vite encore, pour quoi faire ? Quel sens donner à tout ça ? Je ne me sentais utile à rien ni à personne, et ça ne me convenait plus du tout. Ni même le principe de la compétition qui tend à diviser les gens. Je ne m’y retrouvais plus.” Il met alors un terme à sa carrière. S’il donne des cours de golf et de ski près de chez lui pour gagner sa vie, Philippe le fait avec un nouvel état d’esprit. “Je n’enseigne plus par rapport à la gagne, mais pour que mon élève connaisse son corps, sache bien l’utiliser, le protéger et le préserver.”

Le temps est venu pour Philippe de mener une vie plus en phase avec ses valeurs profondes de fraternité, de respect des autres et de l’environnement. C’est d’ailleurs la protection de ce dernier qui va désormais mobiliser toute son énergie.

L’écologie, Philippe y a été sensibilisé dès l’âge de dix ans. C’est en classe de CM2 à Aix-les-Bains, où il habite toujours, que son institutrice, Christiane Carbo, propose un travail sur le thème de la pollution. “On était dans les années 70, comme René Dumont, elle était très en avance sur son temps. Elle nous a fait prendre conscience de la fragilité de notre planète face aux hommes.”

C’est ainsi qu’il commence à ramasser les déchets lors de ses sorties en montagne, même s’il se sent souvent honteux et raillé de le faire. En 2007, il crée le collectif Respect Planet et se lance dans des opérations de nettoyage de plus grande envergure, pour agir face à l’urgence, sensibiliser l’opinion et informer les gens.

En 2007, il crée le collectif Respect Planet
 Je voulais agir pour la planète. J’ai donc décidé d’utiliser mes compétences et mon énergie pour réparer les sites naturels pollués. 

HOMME DE MÉNAGE

Certes, il est alors loin de la voie qu’il avait choisie. “Au départ, je voulais être entraîneur, j’ai d’ailleurs passé les diplômes pour ça. Mais je ne me reconnaissais plus dans les valeurs du sport, la course au record, la glorification de l’individualisme. Je voulais agir pour la planète. J’ai donc décidé d’utiliser mes compétences et mon énergie pour réparer les sites naturels pollués.”

S’il a commencé par la montagne, il réalise en 2010, au cours d’une sortie sur le lac du Bourget, que les plans d’eau méritent également d’être soignés. Il s’initie alors à la plongée pour pouvoir être en mesure de réaliser des opérations de ramassage lacustre efficaces. Avec ses partenaires de Respect Planet, Philippe a décidé “d’agir là où ce n’est pas facile, là où tout le monde ne va pas, là où les déchets ne se voient pas. Sur terre, sous terre et sous l’eau”. Soutenu et aidé par des associations comme Mountain Wilderness, 90% des collectes organisées par le collectif le sont dans l’arc alpin. Mais pour intéresser les médias, pour avoir plus d’impact, les destinations «exotiques» sont parfois utiles.

En juillet 2018, c’est donc en Chine, sur la voie normale (la plus fréquentée, celle où on trouve le plus de déchets) du MustaghAta, à plus de 7500m d’altitude, que Philippe veut se rendre avec son fidèle compagnon de ramassage, l’ingénieur et ami Breffni Bolze. Pour nettoyer bien sûr, mais également pour informer, former la population locale et l’aider à mettre en œuvre des solutions de collecte et de tri. Le rêve de Philippe Goitschel aujourd’hui serait que les choses puissent aller plus vite encore, à bien plus de 250km/h !

 

Trophées de shuss

Records du Monde :
2002 : Premier homme à passer la barre des 250km/H avec un record de 250,7 km/h
De 1993 à 1995 : Recordman du Monde avec 233,625km/h

Jeux Olympiques :
1992 : Argent en KL

Championnats du Monde :
Or en 1995, 1999, 2000 et 2002

Coupes du Monde :
4 fois Vainqueur de la Coupe du Monde : 1989, 1992, 1993 et 2000.

Illustration Joseph Brown - @ Afp Pascal Pavani