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bruno salomone raconte
son spectacle «euphorique»

par Mélanie Marullaz - 11 janv. 2019

gol-ri de portraits

Igor d’Hossegor, Caïus Camillus ou Denis Bouley… Avec sa belle gueule et son large sourire, Bruno Salomone, star du petit écran, est une galerie de portraits à lui tout seul. Une galerie aux accents chantants, dans laquelle vient de prendre place un nouveau venu : gol-ri, l’enfant né en riant.

La journée a été bousculée. Pensant échapper aux barrages routiers jaune fluo, Bruno Salomone et son équipe ont préféré le train… et ses problèmes techniques. C’est donc avec plus d’une heure et demie de décalage sur son planning que je le retrouve dans le lobby d’un hôtel annécien. “Un nounours en guimauve pour reprendre des forces ?” - en grande professionnelle, j’ai lu toutes ses dernières interviews, notamment celle dans laquelle il confessait une quasi-addiction à cette confiserie - “Non, non, hors de ma vue l’ourson ! Je ne sais pas ce qui m’a pris d’en parler, depuis, tout le monde débarque avec son paquet… Vous voulez vraiment que je devienne obèse ?” Faux départ. Reprenons à zéro pour un échange en 20 minutes top chrono.

Bruno, on l’a connu presque ado, aux côtés de Jean Dujardin, puis il a explosé à la télé, en Papa déjanté, avec Isabelle Gélinas au sein du couple Bouley, dans la série «Fais pas ci, Fais pas ça». Aujourd’hui, à deux pas de la cinquantaine, il est là seul, ou presque. Parfumé, cheveux mi-longs, regard direct et inesquivable, à quelques heures de monter sur les planches de Bonlieu, l’homme est tout entier à son spectacle. «Euphorique» est un seul en scène écrit avec Gabor Rassov, dans lequel il raconte, à 43 voix, l’histoire de Gol-Ri, un personnage qui manifeste la moindre de ses émotions par le rire.

Activmag : Quelqu’un qui rit tout le temps, ça n’est pas toujours très bien perçu, n’est-ce pas ?

Bruno Salomone : Dans l’idée, rire tout le temps, ce serait le bonheur absolu, comme jouir tout le temps, ce serait l’apothéose totale. Mais si vous êtes trop heureux, ça énerve les autres, surtout quand c’est pas le moment. Rire à un enterrement, par exemple, c’est pas le moment. C’est de toutes ces nuances-là que traite le spectacle, de tout ce que ça provoque chez les autres. Et de cet enfant, un mystère, qui va même intriguer la médecine, à tel point qu’on va le torturer pour savoir où sont ses limites… et il n’y en a pas.

 Les grimaces, c’est sympa 10 minutes, mais après, j’ai envie qu’on m’emmène quelque part. 

Du coup, on ne le prend pas au sérieux, comme les humoristes, finalement ?

C’est exactement ça. Quand il veut entrer dans la vie active, on lui dit : “vous n’êtes crédible en rien. Médecin ? Vous annoncez à quelqu’un qu’il a un cancer du sein ah ah ah… Flic ? Hi hi, même braqueur, même mendiant… On ne va pas donner d’argent à quelqu’un qui rit”. Et c’est vrai que c’est un peu la vision qu’ont les gens des humoristes. C’est arrivé qu’on me dise : “dans votre métier, on rigole tout le temps !” Cette phrase a fait tilt dans ma tête, et comme cette histoire d’enfant né en riant me hantait depuis un petit moment, je me suis dit, tiens pourquoi pas ne pas créer un personnage qui rit tout le temps?

Sur scène, vous jouez 43 personnages, lequel parmi eux a le plus de Salomone en lui ?

Comme c’est moi qui les joue, déjà, physiquement, ils me ressemblent tous, forcément. Mais l’idée n’était pas de faire un record. Quand on voit le spectacle, on ne se dit pas qu’il y en a autant d’ailleurs, parce qu’il y a plein de petites interventions. Certains sont plus proches de moi que d’autres, ils ne sont pas vraiment moi… mais un petit peu quand même…

Parmi eux il y a des nanas aussi. Quel genre de femme auriez-vous pu être ?

Je ne sais pas… Une femme genre Penelope Cruz, parce que je la trouve très très jolie, mais en même temps, je me dis une femme drôle, ça peut être sympa. Blanche Gardin, par exemple. Mais en fait, je crois juste que j’aurais aimé être moi… avec des couettes.

Vous êtes plus Desproges ou de Funès ?

Comique de mots ou de situation ? En fait, j’étais fan d’humoristes, donc je les collectionnais tous. De Funès me pète en deux de rire. Desproges, c’est un autre rire, je l’ai découvert après sa mort, parce que je ne comprenais pas très bien «la Minute de M. Cyclopède» quand j’étais petit. Mais je pense que son sens de l’absurde et son écriture m’ont inspiré plus tard. Je suis réceptif un peu à tout, mais j’avoue que s’il n’y a que du texte, pas de jeu, je m’ennuie très vite. A l’inverse, si ce n’est pas écrit, je m’ennuie aussi. Les grimaces, c’est sympa 10 minutes, mais après, j’ai envie qu’on m’emmène quelque part.

Est-ce que l’actualité est source d’inspiration ou pas du tout ?

Quand j’ai écrit ce spectacle, on était en pleine période post-attentat, grosse dépression générale, obscurantisme absolu… et un personnage qui rit tout le temps devenait une sorte de messie anti-obscurantisme, de personnage hyper positif, carrément solaire. Un moment dans le spectacle je dis : “n’ayez pas la main lourde avec la légèreté”, je trouve ça assez joli. On a tendance à être dur avec les gens simples, légers, naïfs, mais moi, je les trouve beaux. Ce spectacle parle d’ailleurs de la différence aussi : mon personnage est très différent et on a envie de le normaliser, de le formaliser, on veut qu’il soit comme nous, parce que ça nous angoisse qu’il ne le soit pas.

A quand remonte votre dernier fou rire ?

Mes amis me font rire, mais je n’ai plus ce rire où je me contorsionne, où j’ai envie que ça s’arrête, où c’est limite une torture. On voit toujours les ados se marrer, ça doit être les hormones, le circuit de la récompense qui est déréglé, il y a un truc qu’on perd peut-être après. Je suis nostalgique de ce fou rire là.

+ d’infos :
«Euphorique» en tournée dans toute la France - Prochaine date dans la région : Espace Ecully à Ecully - le 26 Janvier 2019.

Photos : Renaud Corlouër