Pis Paul

christophe lemaitre :
à vos marques, prêt, parlez !

par Nathalie Truche - 11 déc. 2016

le champion règne en mètres

Jeux olympiques de rio 2016. Défiant tous les pronostics, Christophe Lemaitre termine troisième à l’épreuve du 200 mètres. Le sprinteur français est aussi connu en tant que «premier blanc à avoir couru le 100 mètres sous dix secondes». A vos marques, prêt, parlez !

Activmag : Le déclic s’est produit à l’âge de 15 ans. Racontez-nous...
Christophe Lemaitre :
J’ai commencé très tôt les sports collectifs : hand, foot, rugby... Pendant les cours d’EPS, j’avais bien remarqué que je courais plus vite que les jeunes de mon âge, mais ça n’était pas allé plus loin. En 2005, j’ai participé à la Fête du sport à Belley, dans l’Ain. J’ai réalisé le meilleur temps de la journée. Le coach du club d’athlétisme m’a alors conseillé d’essayer ce sport. J’ai aussitôt pris une licence. Voilà comment tout a débuté.

Le bronze au 200 m des JO de Rio, ça fait quoi ?
C’est une médaille que je voulais très fort. J’avais conscience de ne pas être le favori, mais je me sentais capable de l’obtenir. Ça a été une grande joie.

Choqué par la formule «Premier blanc à courir le 100m sous dix secondes» ?
Au premier abord, la phrase m’a désolé car ma performance est passée au second plan. Mais cela reste un fait et je suis identifié comme ça.

A quoi pensez-vous avant le départ d’une course ?
A rien ! Je fais le vide, je me concentre sur la course, plus rien d’autre ne compte.

Est-ce qu’un champion peut faire des excès ?
En phase de compétition, je n’en fais jamais. Hors compétition, oui, mais je sais me poser des interdits. Je peux sortir boire un verre avec des potes, mais juste un verre, je ne rentrerai pas à 3 heures du mat’. J’arrive à me discipliner.

Vous faites attention à votre poids ?
Oui, obligé. Je varie entre 80 à 83kg, mais mon poids de forme est de 82kg.

Votre plus belle victoire ?
Ma médaille olympique, sans hésiter.

Et votre plus grand échec ?
Les championnats d’Europe de 2014. J’étais parti pour faire trois médailles d’or et au final, je suis revenu avec deux en argent et une en bronze.

Votre prochain défi ?
Les championnats du monde à Londres l’été prochain. Mon objectif est de rester sur le podium.

Un sportif que vous admirez ?
Je n’ai pas de modèle. Vous prenez deux personnes qui ont le même parcours sportif, le même entraînement, il y en aura toujours une qui courra plus vite que l’autre. Vous pouvez faire tout ce que vous voulez, vous ne l’égalerez jamais. C’est pour ça que je n’ai pas envie de m’identifier à quelqu’un.

Qu’est-ce qui fait la différence ?
Le talent. Un sportif de haut niveau, bien classé, est forcément doué. Le travail compte énormément et le talent, c’est le petit «plus».

CV VITESSE GRAND V

Christophe Lemaitre est né le 11 juin 1990 à Annecy. Le spécialiste du 100 m et du 200 m, vit et s’entraîne à Aix-les-Bains. Il a grandi à Culoz (Ain) où il a décroché un BEP Electro Technique puis un Bac Pro à Belley. Aujourd’hui, le sprinteur prépare un Diplôme Universitaire (D.U.) des métiers du sport à l’université de Savoie. “Je veux un bagage études à côté de ma pratique sportive. Le matin, j’ai mes cours à Technolac, l’après-midi est libre et le soir je m’entraîne. J’ignore encore ce que je ferai plus tard. Pas entraîneur, c’est sûr, je ne m’en sens pas capable. Mais il y a beaucoup d’autres métiers intéressants dans ce milieu : organisation de compétitions, communication, agent sportif...”

 Je suis mauvais perdant... C’est une qualité. Quand tu perds, ça fait tellement mal qu’il faut se battre encore plus pour éviter une nouvelle défaite. 

TOP CHRONO

Votre principal défaut ?
J’ai tendance à rester dans mon monde, à m’enfermer dans ma bulle. Mais je fais des efforts pour m’ouvrir.

Votre plus grande qualité ?
Je suis mauvais perdant ! Dans le sport de haut niveau, c’est une qualité. Quand tu perds, ça fait tellement mal qu’il faut se battre encore plus pour éviter une nouvelle défaite.

Un péché mignon ?
Les desserts en chocolat sous toutes leurs formes : tarte, fondant, marbré... j’adore ça.

Un plat que vous détestez ?
J’ai horreur des légumes et du poisson.

Votre dernier cadeau ?
Un billet pour aller voir du catch à Lyon.

Votre livre de chevet ?
Je n’ai pas la patience de lire ou alors il faut que l’histoire me saisisse dès les premières pages.

Alors le dernier qui vous ait « saisi » ?
« Je suis l’homme le plus beau du monde » de Cyril Massarotto. Il m’a tellement absorbé que je continuais de le lire pendant mes parties de poker avec les copains.

Le don que vous voudriez avoir ?
Voler. Pas dans un avion, hein ! Je parle de voler pour de vrai, ça doit être génial.

Votre dernière colère ?
C’est difficile, j’essaie de me maîtriser. Mais je me souviens qu’ado, je pouvais péter un câble sur un jeu vidéo. J’avais horreur qu’il me résiste, ça me mettait dans des colères folles.

Votre groupe préféré ?
Je ne suis fan de rien ni de personne. Je peux aimer, mais ce n’est pas dans mon tempérament d’idolâtrer.

Petit, vous pensiez faire quel métier ?
Rien ne m’intéressait, mais vraiment rien du tout. C’est ce qui m’a posé des problèmes dans mon orientation scolaire. Le choix de l’électro technique s’est fait par défaut total.

Un regret ?
J’aurais aimé savoir jouer du saxophone, je trouve le son incroyable. Mais devoir apprendre le solfège avant de pouvoir toucher l’instrument, ça me coupe l’envie.

Quelle question n’aimez-vous pas qu’on vous pose ?
Je n’aime pas qu’on me demande mon opinion sur des thèmes qui peuvent susciter des polémiques, sur des sujets qui sortent du contexte sportif.

Do you sprint english ?
(Souvent sollicité par les médias, le triple champion d’Europe se souvient d’un moment gênant... ) En 2009, aux championnats du monde, des journalistes m’ont interviewé en anglais et je ne comprenais rien à ce qu’ils me disaient. J’étais tellement mal à l’aise - autant pour moi que pour eux - que j’ai décidé de me mettre plus sérieusement à l’anglais. Aujourd’hui, ça va beaucoup mieux. Et même s’ils parlent vite, j’arrive à reconstituer les questions. En règle générale, ce sont toujours les mêmes qu’on nous pose...

Palmarès

Triple champion d’Europe à Barcelone en 2010 (100, 200 et 4×100 m).

Le 9 juillet 2010 à Valence, il passe le 100m sous la barre des 10 secondes (9’’98). Cette performance lui vaut une renommée internationale. L’année suivante, il porte son record à 9’’92 aux championnats de France d’athlétisme à Albi.

Médaille de bronze aux Mondiaux à Daegu sur 200m en 2011, avec la deuxième performance européenne de tous les temps (19’’80).

Troisième titre consécutif de champion de France dans les épreuves de 100m et de 200m (2012).

Christophe Lemaitre conserve son titre de champion d’Europe du 100m (10’’09), à Helsinki en 2012.

Médaille de bronze au 200m des JO de Rio en 2016.

Le sprinteur est l’actuel détenteur du record de France du 200 m (19’’80).

LA REVANCHE DU GRAND BLOND

C’est le titre d’un livre que l’athlète a écrit avec le journaliste Christophe Peralta. On y apprend notamment qu’il était le souffre-douleur de ses camarades de classe. “Je garde de très mauvais souvenirs de mes années au collège, dit-il. J’ai espéré que ça s’arrange au lycée, mais j’y ai vécu les pires moments de ma vie. J’étais une cible facile, timide, je ne parlais pas beaucoup. A cause de mon défaut de langage - mon zozotement - on me traitait d’attardé.” En 2013, Christophe Lemaitre a parrainé la campagne nationale contre le harcèlement à l’école lancée par le ministère de l’Education nationale. Dans un clip vidéo, le champion explique l’importance de briser la loi du silence, ce que lui n’a jamais osé faire, préférant intérioriser son calvaire. Une rage folle qu’il a exprimée plus tard sur les pistes d’athlétisme.

à lire : La revanche du grand blond. Editions Jacob Duvernet.

© F. Peaquin - fck-images - ASA