Pis Paul

éric antoine : un humour magique !

par Virginie Bosc - 18 févr. 2019

ce mec est trop !

«ce mec est too much, ce mec est trop…» auraient pu fredonner les coco girls à son - sujet. Éric Antoine est comme ça. trop grand, trop expansif, trop jovial, trop chevelu, trop généreux… et, c’est avec la somme de tous ces trop que le magicien a su conquérir le cœur d’un public XXL, âgé de 7 à 77 ans !

Alors qu’il vient de publier aux éditions Robert Laffont un petit traité d’éternelle joie de vivre, intitulé Magic Optimystic, et qu’il achève la tournée de son «Best Of», le magicien humoriste prépare déjà son prochain spectacle, prend les rennes d’une nouvelle émission sur M6 (Together) et s’apprête à faire quelques apparitions au Magic Mont Blanc Festival de Chamonix qui se déroulera du 10 au 14 avril dont il est directeur artistique… TROP d’énergie, on vous dit !

Activmag : Quels avantages tirez-vous de votre grande taille ?
Eric Antoine : Une marque visuelle ! Quand j’étais peu connu et même pour ceux qui me découvrent aujourd’hui, si tu leur dis le grand magicien chevelu, ils savent tout de suite qui je suis. Ce corps est un label !

Chamonix et vous, c’est une vraie histoire d’amour ?
Oui, ma famille maternelle est savoyarde. J’ai passé une grande partie de mon enfance à Chamonix et les moments les plus délicieux de ma vie.

Dans Magic Optimystic, vous défendez les vertus de l’optimisme. Pour vous, l’optimisme est une philosophie, un sacerdoce ou une gymnastique mentale ?
Ça se rapproche de la philosophie, car c’est une manière de vivre, d’aborder le monde, de regarder les gens, d’écouter ce qui vient de l’intérieur comme de l’extérieur. C’est se dire que s’il y a une envie, on trouvera les moyens de la réaliser et que s’il y a un problème, il y a aussi une solution. Sans être naïf, l’optimiste est un curieux qui va chercher l’information, parfois cachée. Pour faire un parallèle avec la magie, on sait qu’un mouvement rapide cache un mouvement lent, qu’un bruit cache un silence et qu’un signal fort cache un signal faible. C’est comme ça que se construisent les tours de magie, mais aussi l’information ! Notre vision du monde ne se fait malheureusement que par des signaux forts. Tout le monde se souvient où il était le 11 septembre au moment de l’effondrement des Twin Towers, personne ne se souvient de la veille. Or, les signaux forts que nous envoient les médias sont presque toujours ceux du drame. On se construit un monde fait de tragédies, d’inégalités alors que les chiffres montrent tout le contraire. Je ne dis pas que le monde va bien mais, depuis 50 ans, la pauvreté diminue, l’accès à la santé augmente, les inégalités homme femme s’atténuent… Tout va mieux, mais on ne le perçoit pas, parce qu’on ne va pas chercher cette information.

 

Les 3 sésames de l’optimisme seraient : Acceptation, Confiance et Curiosité. Il n’en manquerait pas un, par hasard… L’humour peut-être ?
C’est juste ! Regarder le monde avec humour, c’est créer une distance qui engendre une certaine légèreté et la légèreté, ça facilite tout ! Traiter avec lourdeur ce qui est léger, traiter avec légèreté ce qui est lourd pour créer une vision décalée, c’est essentiel. C’est comme quand tu es face à un tableau. Si tu es tout près du tableau, tu seras envahi par une seule couleur. Si tu t’en éloignes, tu vas percevoir un tas de détails, d’autres possibilités et si tu t’éloignes encore, le tableau devient tout petit. Il perd de son importance et tu peux en rire. C’est ça, prendre de la distance avec les choses et trouver des solutions au monde.

Quel est le fil rouge entre humour et magie ?
Les 2 sont assez antinomiques ! Le magicien a tendance à se prendre au sérieux, alors que l’humoriste se fout de sa propre gueule. Et c’est ce paradoxe dans les 2 écritures que je trouve intéressant de faire interagir. Quand tu regardes un magicien, tu regardes vers le passé en te demandant comment il a fait. Quand tu écoutes un humoriste, tu es tourné vers le futur en te demandant quelle va être sa prochaine vanne. Ça crée des strabismes ! Ce sont 2 modes d’écriture qui engendrent 2 modes de réflexion de la part du spectateur.

Le théâtre vous apporté la poésie et l’humanité. Que vous a donné la magie ?
Le théâtre m’a aidé à accoucher de moi-même à travers les personnages et la littérature. La magie, elle, m’a permis d’entrer chez les gens et de côtoyer des milieux très différents. Il n’y a pas beaucoup de métiers qui permettent ça. Et ça, ça t’apporte une autre compréhension du monde. La célébrité, épreuve ou félicité ? Elle permet quoi finalement ? Elle permet de rêver plus grand ! Aujourd’hui, j’ai peut-être les moyens de réaliser mes rêves de gosse, des œuvres à la hauteur de cet imaginaire. Après, le côté sombre, c’est l’intrusion dans ta vie privée.

Dire «oui» à tout est votre principe de vie… Ça ne vous met jamais en danger ?
Si continuellement ! Je me retrouve dans des situations pas possibles, mais c’est toujours là qu’il se passe des choses intéressantes. Genre un mec qui te dit «viens demain, il y a un festival, c’est pas grand-chose, mais ça nous ferait tellement plaisir de te voir». OK ! J’arrive et je me retrouve chez l’habitant à vivre un truc surréaliste avec des mecs complètement bourrés. L’aventure, par définition, c’est qu’il peut t’arriver des trucs pourris ou super biens, mais si tu ne la tentes pas, tu ne vis rien !

Si la réincarnation existe, que serez-vous dans votre prochaine vie ?
Je serai dans le soin, la médecine. Pour moi, il y a 2 grands métiers dans la vie : la pédagogie et le soin. Juste après, il y a les artistes ! Alors, si je devais faire un mix des 3, je serais un chercheur, prof d’université, qui créerait des nouvelles inventions pour soigner le monde. Y a du boulot !

Vous êtes justement le parrain de l’association Magie à l’hôpital. Faire entrer la magie dans les maisons de retraite et les hôpitaux, ça vous permet de garder les pieds sur terre ?
Non, c’est plutôt un engagement que j’ai depuis l’âge de 18 ans. Ça répond à ta question concernant la réincarnation. Si j’avais cette chance, je serais soignant… Et dans cette vie-là, je sens que c’est une part de ma fonction, qui va bien au-delà des impacts émotionnels que ça génère.

A quelle époque aimeriez-vous vivre ?
Dans le futur ! J’adore les romans d’anticipation et j’ai très envie de voir de quoi demain sera fait. Ça colle à cette dynamique de l’optimiste qui va voir ce qu’il y a derrière la colline ! L’inconnu, c’est quand même l’endroit où la création est la plus forte, aussi bien physiquement qu’émotionnellement. Tu découvres de nouvelles parties de toi, de nouvelles réactions. Demain étant plus inconnu qu’hier, j’irais vers demain.

Si vous étiez un livre …
Un livre… Je serais Narcisse et Goldmund de Hermann Hesse pour la dualité qui existe entre ces 2 personnages.

Un film ?
Je serais Brazil, parce que c’est maintenant, sans être tout à fait maintenant. J’aime bien la notion du «presque».

Un personnage ?
Je serais une manipulation génétique de Garcimore, Michael Jordan et Albert Einstein. Je laisse à chacun le choix des proportions… Il y a peut-être 99% de Garcimore, et 1% des deux autres !

La qualité que vous aimeriez avoir ?
Etre beaucoup plus intelligent… L’intelligence, à mon sens, c’est la faculté de s’adapter au monde. Alors je m’en sors pas mal, mais être plus intelligent, ce serait dépasser cette faculté d’adaptation et que le monde s’adapte à toi. Pour moi, le génie, c’est celui qui génère le nouveau monde, une nouvelle forme de pensée. Avant et après Léonard de Vinci, ce n’est pas la même chose !

Votre plus grande illusion ?
C’est de croire qu’il est possible d’avoir du génie.

Votre plus grande désillusion ?
Savoir que je n’en ai pas !

+ d’infos :
ericantoine
.com
Magic Mont Blanc Festival, Chamonix : 10 au 14 avril

Photos : Renaud Corloue