Pis Paul

Guillermo Guiz

par Mélanie Marullaz - 4 nov. 2019

à votre Guiz !

AH, LA RADIO... À LA VOIX, JE L’IMAGINAIS CHÉTIF, MOUSTACHU, IBÉRIQUE - FORCÉMENT, PUISQU’IL S’APPELLE GUILLERMO - , SON DRÔLE D’ACCENT ET SES MOTS À MOITIÉ AVALÉS ME FAISAIENT BEAUCOUP RIGOLER. EN RÉALITÉ, IL EST GRAND - TRÈS -, BARBICHU ET BELGE. ET COMME, FINALEMENT, ÇA N’A STRICTEMENT AUCUN RAPPORT, IL ME FAIT TOUJOURS AUTANT RIRE...

Son père l’appelait «on a tout essayé». Avant de devenir «blaguiste contre rémunération», Guy Verstraeten, AKA Guillermo Guiz, a en effet tapé dans des ballons à Anderlecht, sur des claviers pour la presse bruxelloise, et sur des bambous -peut-être- en tant que directeur artistique pour des boîtes de nuit où se pressait la jet-set flamande. Ce n’est qu’en 2013 qu’il se met à raconter tout ça sur scène.
La diction saccadée dont il fait sa signature, ses vannes ciselées et son auto-dérision toute belge le portent alors rapidement jusqu’aux ondes et écrans français. Dans la Bande Originale de Nagui avec sa «Drôle d’Humeur», il devient donc, à l’instar de ses compatriotes Alex Vizorek ou Charline Vanhoenacker, une des voix familières de France Inter, et co-écrit ensuite, pour Canal+, la mini-série Le Roi de la Vanne, dont il joue le personnage principal. Début octobre, il est venu titiller le public du High Five Festival, à Annecy, nous en avons profité pour le coincer...

Activmag : Pour gagner sa vie en faisant des blagues, est-ce qu’il faut absolument avoir été footeux, journaleux et insomniaque ? Guillermo Guiz : Non... Mais ce n’est pas contre-indiqué non plus ! Le fait que je sois arrivé très tard à l’humour me permet peut-être d’avoir vécu des choses avant, d’avoir été sage, moins sage, et d’apporter ça. J’ai 37 ans...

C’est vieux...
Mais c’est vrai ! C’est vieux dans l’humour. Je suis légalement plus âgé que les gens de ma génération qui font la même chose et sont là depuis plus longtemps, les Kyan Khojandi, les Baptiste Lecaplain... Et donc ce n’est pas si mal d’avoir un bagage de vie. Par contre, c’est sûr que j’ai dû cravacher pour pouvoir arriver un peu plus vite ! Aujourd’hui, je peux vivre de mon métier, mais j’ai dû raccourcir le temps de progression.

Dans un des épisodes du «Roi de la Vanne», votre personnage dit qu’avoir de l’humour, c’est comme être poilu, c’est quelque chose qu’on ne choisit pas vraiment...
Et je ne suis pas peu fier de ce dialogue...

Mais du coup, quand avez-vous su que c’était par le biais de l’humour que vous alliez vous raconter ?
J’ai grandi dans un univers culturel riche en blagues : mon père me faisait découvrir l’humour anglo-saxon et les Monty Python, Canal Plus de l’époque Nulle Part Ailleurs et les Guignols de l’Info... Des blagues, j’en ai toujours fait, j’ai toujours vu le monde à travers le prisme de la dédramatisation et puis j’ai découvert le stand-up américain et la manière dont les humoristes se racontaient sans fard, sans artifices. Et quand les gens ont commencé à faire du stand-up à proximité de moi, et que les blagues ne me semblaient pas spécialement plus drôles que ce que j’aurais pu produire, à ce moment-là, je me suis dit pourquoi pas ? Il s’avère qu’en parallèle, j’ai eu des circonstances de vie qui font que je me suis un peu perdu, que j’ai eu besoin de me réinventer professionnellement. Ceci dit, c’est pas parce que je monte sur scène à ce moment-là, en 2013, que j’ai un cachet de 1000 euros à la sortie ! Ce n’est pas du tout certain que ça va devenir une carrière en fait, c’est complètement aléatoire, y’a pas encore Paris ou France Inter...

Ce n’est un secret pour personne, Guillermo Guiz est un nom de scène, mais vous avez dit qu’il vous avait aidé à accepter Guy Verstraeten. C’est un peu schizo comme démarche...
C’est juste. Et je suis assez d’accord avec moi-même sur ce coup-là ! Il y a un double mouvement là-dedans : s’appeler Guy, ça n’a jamais été facile à porter. Avec ce nom, c’est un miracle que je ne sois pas devenu expert comptable ! Mais c’est vrai que j’ai toujours eu du mal à l’assumer. Même sur Facebook, je me suis inscrit en tant que Guillermo Guiz, c’est d’ailleurs mon pseudo Facebook qui a donné mon pseudo tout court. Donc pouvoir en rire aujourd’hui (ndlr : il a fait un sketch sur son nom) et en faire une force, ça permet de dépasser tout ça. Avec Guillermo Guiz, je dépasse aussi le Guy Vestraeten que j’étais, qui était quelqu’un de beaucoup plus insécure, dépressif, pas bien dans sa tête. Il m’a donc vraiment permis de m’accepter à la fois sur ma carte d’identité et dans ma vie de tous les jours...

En même temps, ce Guy Verstraeten est votre source d’inspiration, puisque c’est de Vous/Lui, de votre vie, que vous parlez sur scène...
Ça devient très schizophrénique ! Il y a des tas de gens qui m’appellent Guillermo, c’est une sorte de double peau.

Vous répondez aux deux prénoms ?
Oui... je vous le dis, c’est totalement schizophrénique. Les deux se rejoignent, s’auto-alimentent, se confrontent, c’est riche d’avoir un alter ego avec lequel ça fonctionne bien, tout en étant fondamentalement Guy Verstraeten. L’autre jour, j’étais dans le train, après 2 mois de vacances, et le barman du wagon-bar me demande : «vous revenez d’un spectacle ?» et je ne voyais pas de quoi il parlait ! Et le fait de remonter sur scène, ça fait toujours bizarre, je me dis : «ah ouais en fait, mon métier c’est de faire marrer les gens», ce qui n’est plus du tout évident après un laps de temps que j’ai passé à lire ou être avec mes amis. C’est en ça que c’est riche, ça s’entremêle, y’en a un qui prend le pas sur l’autre, c’est marrant à vivre !

Abandonner le foot a été très douloureux pour vous. Vous étiez conscient d’avoir un talent, vous aviez l’intelligence du jeu... Est-ce que vous retrouvez certaines sensations dans la manière dont vous travaillez maintenant ? Finalement, c’est aussi une question de trajectoire, on va de vannes en vannes, on rebondit...
En foot, on dit : «j’ai une bonne lecture du jeu, j’arrive à comprendre plus vite que le copain, qui va aller dans quelle trajectoire, etc.», et en ça, à l’époque, j’ai l’impression que j’étais intuitif dans le foot. Quand on fait des vannes, l’humour aussi est intuitif, on rebondit de manière inattendue à quelque chose qu’on nous dit, et aujourd’hui, c’est devenu une espèce d’automatisme, mais ça ne l’était pas au début. Quand je suis monté sur scène avec mes premiers textes, je n’avais pas encore la science de l’humour... Je ne dis pas que je l’ai aujourd’hui, mais je sais plus ou moins, quand j’écris une blague, comment je peux la rythmer, comment il faut la muscler, si je dois rajouter un mot... Mais je n’aurai jamais le même talent que ce que j’avais de manière innée au foot, ça je ne pense pas. Il y a des gens qui l’ont... Baptiste Lecaplain par exemple...

Le rire français a été colonisé par les humoristes belges ces dernières années: est-ce que c’est une vengeance, un juste retour des choses, ou tout simplement parce que les humoristes français ne sont pas assez bons ?
Je pense que vous n’avez encore rien vu, que la nouvelle génération va arriver et que vous allez pleurer des larmes de sang, ça va être terrible ! Vos humoristes seront relégués en Suisse...

C’est pas sympa pour les Suisses...
C’est pas ce que je veux dire : c’est que les Français ne pourront plus jouer en France ! J’adore les Suisses, moi, ils sont formidables ! Et pour le coup, s’il y en a qui nous aident à coloniser le rire, ce sont bien les humoristes suisses ! Vous n’êtes pas au bout de vos peines avec nous !

 

+ d’infos : www.guillermoguiz.com
Spectacle « Guillermo Guiz a un bon fond » :
27 nov. : Théâtre de la Madeleine / Genève - 17 déc. : Radiant-Bellevue / Caluire (69)

©Louis de Caunes / Olympia Prod