Pis Paul

hélène darroze

par Magali Buy - 8 déc. 2019

cuisiner de bonheur

UN ACCENT QUI CHANTE LE SOLEIL, LE REGARD RIEUR ET LES CHEVEUX MIEL NOUÉS À LA VA VITE, ET HÉLÈNE DARROZE MET TOUT LE MONDE À SA SAUCE. INGRÉDIENT SECRET PLANQUÉ SOUS SA TOQUE, QUAND D’AUTRES FONT TOURNER LES SERVIETTES, LA CUISINIÈRE, ELLE, FAIT DANSER NOS ASSIETTES. SA RECETTE ? SI CE N’EST PAS LE BONHEUR, ÇA Y RESSEMBLE BIEN SÛR !

Des rires à s’en secouer la gargoulette, en bouchées gastro ou à la bonne franquette, Hélène Darroze est tombée dans les marmites dès la naissance. Dans son terroir landais, enfant, elle court les marchés et petits producteurs au bras de son père, déniche les bons produits parce que les bons produits, c’est la vie ! En famille, elle cultive générosité, gourmandise et madeleines de Proust, des racines indispensables pour garder les pieds sur terre. Et si Hélène n’en fait pas un adage, elle n’en est pas très loin. Son grand-père et son père aux fourneaux du Relais de Villeneuve-de-Marsan, sa grand-mère Charlotte main dans la main, du haut de ses 52 ans, elle puise encore les valeurs qu’ils lui servaient à la petite cuillère, celles qu’elle offre volontiers à la louche. Humilité, partage et cocotte remplie d’amour, sa cuisine à elle, c’est un cocktail de tout. On passe à table ?

AMUSE-BOUCHE

Et pourtant, là n’était pas son premier choix. 3 générations de restaurateurs en héritage, oui, elle est dans l’jus, mais elle voit son avenir avec un stylo, pas à cuire du gigot. Pour autant, elle a ça dans le sang et se plaît à tambouiller, c’est naturel et ça ravie les plus gourmands, mais ça s’arrête là. Ah bon ? Bien sûr que non ! Depuis les petits plats concoctés incognito pour ses camarades de sup de co, les années vont débouler comme des pochettes surprises ! Vous vouliez reprendre la direction hôtelière du relais château familial depuis un bureau, Hélène ? Et si l’atterrissage se faisait plutôt derrière un piano ? Et puis... Zorro est arrivé !

LE RALLYE MONTE CARLO !

Restaurant Le Louis XV, Monte Carlo, Alain Ducasse vient de décrocher sa 3e étoile, quand elle débarque dans ses murs en 1990. Attendue à un poste de responsable administrative, elle sonde d’abord la température comme commis, important de savoir de quoi on parle, non ? Elle y prend goût et en demande encore, mais la paperasse l’attend. Et si elle s’était trompée ? Elle n’a pas fait d’école, ça la gêne, mais Ducasse a l’œil, la pousse et fait tout basculer : “il y a une place dans la cuisine pour une femme, et vous pouvez la prendre.” Touchée en plein cœur et sous l’aile bienveillante de son père (chef deux fois étoilé), en 1995, elle prend les rennes de son restaurant et laisse éclater sa créativité, poussez-vous, j’arrive !!!

JE M’APPELLE HÉLÈNE

«Jeune chef de l’année» en décembre 1995, «Grand de demain» en 1996 par le Gault-Millau, Hélène cuisine à l’ins- tinct et façon terroir. Et ça plaît. Les produits toujours en avant, magret, cèpes, foie gras, tomme de brebis ou piment d’Espelette revisitent le Sud-Ouest à sa manière. Peu importe le style, tant que ça vient du cœur, c’est toujours bon. Beaucoup de goût et de féminité, elle impose sa touche et son caractère bien trempée, et avec le sourire, elle fait tout passer ! “Appelez-moi Hélène, je m’appelle Hélène! Je ne fais pas ce métier pour être chef, je suis cuisinière !”
Et si les poulets sont bien rôtis, les vaches elles, sont plutôt maigres. La jeune femme ne crache pas dans la soupe, mais, ici, c’est un petit village et pour sa nature généreuse, le rêve a gros appétit ! Elle part à la conquête du reste, et décide de fermer. Gros pincement au cœur, elle laisse derrière elle les murs de son en- fance, mais emporte ses origines et son garde-manger sous clé, et elle compte bien faire avec !

AAAHH... LA BELLE HÉLÈNE !

Elle s’installe à Saint-Germain-des-Prés, dans un lieu chaleureux et élégant qu’elle met à son image et à son nom. Un nappage sobre, des fleurs et une manière inimitable de dresser la table, des recettes au produit star et la cuisinière monte les marches jusqu’aux étoiles. 2001, un an après l’ouverture, elle décroche la première, suivie de près par une seconde en 2003 (perdue en 2010 et qu’elle compte bien récupérer !). Collaborations et projets multiples, Hélène est sur tout les fronts, même l’étranger adore son authenticité et la réclame ! Le 14 juillet 2008, à Londres Le Connaught** lui ouvre grand les bras, c’est fête nationale chez les Darroze ! Deux étoiles au compteur depuis 2011, un nouveau restaurant «Jòïa» à Paris, Le Marsan* à Saint Germain, l’aventure Top chef et j’en passe, Hélène arrose géné-reusement la gastronomie à la sauce montée ou crémée. “Parce que Cuisiner c’est vivre, vivre c’est cuisiner...”. Laissons-lui ce mot de la faim !

 

+ d’infos : http://helenedarroze.com

©Nicolas Buisson