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jean-michel jarre : le plein d'oxygène !

par Delphine Guilloux - 16 déc. 2016

rendez-vous à l'équinoxe

Artiste lyonnais engagé, Jean-Michel Jarre est une légende vivante, cumulant les records mondiaux. Son concert à Moscou, en 1997, serait même le treizième plus grand rassemblement d’êtres humains de tous les temps et de toutes natures confondues (religieux, funérailles, politique ou culturel), avec quelque 3,5 millions de spectateurs. Rien que ça.

Avec plus de 60 millions d’albums vendus, il fait partie du club très fermé des 2 artistes français les plus connus dans le monde avec Michel Aznavour, et des 10 artistes français ayant vendu le plus grand nombre de disques. Il bat également le record d’audience pour son concert aux Pyramides de Gizeh, lors du passage à l’an 2000, rassemblant plus de 2 milliards de téléspectateurs, via les satellites !

A 68 ans, l’artiste semble avoir bloqué le chrono sur ses 25 ans : trois albums en deux ans, une tournée intense dans le monde entier, Jean-Michel Jarre est éternellement jeune, et ne semble pas prêt d’arrêter sa course.

Activmag : Vous êtes né à Lyon et y avez passé toutes les vacances de votre enfance. Qu’avez-vous conservé de ces années ?
Jean-Michel Jarre : J’ai passé mon enfance dans la région parisienne, mais toutes mes vacances à Lyon et dans la région. Lorsque j’étais enfant, la grande ville, c’était Lyon, car bizarrement, nous n’allions pas beaucoup à Paris ! J’aimais beaucoup aller voir mes grands-parents à la Chapelle d’Abondance. Nous allions à Evian, Thonon ou Châtel, où j’ai beaucoup de bons souvenirs. Mon grand-père était un personnage fort. Il a certainement été le premier à m’initier aux différents instruments de musique. Il jouait du hautbois, et fut surtout l’inventeur du premier tourne-disque baladeur, le Teppaz dans les années 60 !

Quelle part de votre enfance avez-vous emporté avec vous ?
Des souvenirs gourmands ! La cuisine lyonnaise, avec notamment ses quenelles et les chocolats Bernachon.

Que gardez-vous de vos 25 ans ?
Comme beaucoup de gens, mes 25 ans marquent véritablement mon entrée dans la vie professionnelle. Ce sont des années très riches, et déterminantes pour ma carrière. Je compose les «Mots Bleus» et «Paradis Perdus» pour Christophe, c’est également l’époque de ma rencontre avec Charlotte (Rampling), puis la composition d’Oxygène.

Vous voyagez à travers le monde depuis de nombreuses années. Vous arrive-t-il de vous ressourcer dans la région ?
Chaque année, je viens m’aérer à Courchevel pour un séjour de ski en famille. C’est un rituel auquel je tiens plus que tout. Un moment unique avec tous ceux que j’aime, où nous avons nos habitudes depuis des décennies.

Vous êtes définitivement le pionnier de la musique électronique dans le monde. Des artistes comme Massive Attack, Air, Moby et bien d’autres collaborent à vos albums. Quel artiste regrettez-vous ne n’avoir pas côtoyé ?
J’aurais adoré rencontrer et travailler avec la chanteuse égyptienne Oum Kalsoum. Une voix et une carrière inégalées !

A l’occasion de votre tournée mondiale de The Electronica Tour, vous avez donné un concert au Zénith de Lyon le 24 novembre dernier. Cette date revêt-elle une consonance particulière ?
Bien sûr ! Jouer à domicile, c’est toujours une belle émotion. Je n’aurais pas pu imaginer ne pas m’y produire pour cette tournée.

Vos concerts sont toujours spectaculaires. Dans quel esprit les préparez-vous ?
J’adore ce moment de création, celle de l’élaboration des concerts. Je travaille toujours avec l’esprit de faire voyager le public, de leur offrir un moment que j’espère mémorable et en dehors du temps.

Lorsque vous ne faites pas de musique, que faites-vous à vos heures perdues ?
Oh, rien de très original : une expo, un cinéma, du ski... Du moment que c’est en famille, je suis le plus heureux des hommes !

Quelle image de vous aimeriez-vous laisser sur cette terre ?
L’image d’un explorateur de sons. Un peu comme un chercheur qui consacre sa vie à un but : découvrir de nouveaux sons.

Votre mot préféré ?
Liberté

Quelle est votre plus grande réussite ?
Mon indépendance, ma liberté...

Et votre plus grand regret ?
Le divorce de mes parents.

Vous êtes un homme tourné résolument vers le futur, mais si vous aviez le pouvoir de remonter le temps... A quelle époque vous rendez-vous ?
Au début du 20ème siècle. Etre le témoin de toutes les inventions de l’homme en si peu de temps, c’est extraordinaire...

UN HABITUÉ DU GUINNESS

Le 14 juillet 1979, son concert rassemble 1 million de personnes sur la Place de la Concorde ce qui lui a valu une première entrée dans le Livre Guinness des records pour le plus grand rassemblement de personnes jamais réunies à un concert.

Le 5 avril 1986, à Houston il en réunit 1,5 million battant son ancien record et le record mondial.

Le 14 juillet 1990, il rassemble 2,5 millions de personnes pour son concert «Paris la Défense», l’inscrivant une 3ème fois dans le Guinness et qui restera l’un de ses concerts le plus marquant.

Le 6 septembre 1997, il bat un nouveau record de rassemblement, à Moscou avec 3,5 millions de spectateurs. Il s’agit à ce jour, du plus grand concert jamais réalisé dans le monde.

VOUS REPRENDREZ BIEN UN 3ÈME BOL D’OXYGÈNE ?

Vous fêtez vous aussi un anniversaire important : les 40 ans d’Oxygène. Le chapitre final de la trilogie sort le 2 décembre, « OXYGENE 3 », pourquoi ce 3ème volet?
Pendant l’enregistrement d’Electronica, il y a deux ans, j’ai composé un morceau de musique (aujourd’hui Oxygène 19) qui m’a fait me demander à ce que pourrait être Oxygène si je le composais aujourd’hui. J’ai pris comme prétexte la date du 40ème anniversaire pour voir si je pouvais composer ce nouveau chapitre en six semaines, comme je l’avais fait pour le premier album : sans doute pour éviter de trop penser au fait que ce soit une bonne idée ou non ! Et aussi pour enregistrer le tout d’un seul trait... l’idée étant de ne pas copier le premier album, mais de garder le dogme d’embarquer les auditeurs dans un voyage, du début à la fin de l’album avec différents chapitres, tous reliés les uns aux autres.

Comment expliquez-vous le succès monumental d’Oxygène à l’époque ?
Ce qui rendait le premier Oxygène si différent à l’époque est probablement son aspect minimaliste, et le fait qu’il n’y a presque pas de «drums»... Un son venu d’ailleurs, totalement nouveau. Pour Oxygène 3, j’ai d’ailleurs souhaité garder cette approche, en créant le groove principalement avec les séquences et la structure des mélodies à travers une suite d’architectures sonores. Le premier Oxygène a été conçu à l’époque du vinyl et j’avais à l’esprit, de ce fait, une structure divisée en deux parties pour respecter les durées des faces A et B. J’ai voulu faire la même chose aujourd’hui avec une face A plus sombre et une face B plus lumineuse. Si bien que quand j’y pense aujourd’hui Oxygène 3 a en fait, deux faces.

Vous avez également repris le visuel mythique de la pochette d’Oxygène...
Oui, il était important que le visuel d’Oxygène 3 soit en harmonie avec les deux précédents... Il y a 40 ans, j’ai découvert l’univers de Michel Granger et j’ai immédiatement senti qu’il était en totale adéquation avec la musique que j’étais en train de composer. Depuis, le visuel de la pochette est devenu célèbre, signal d’alerte écologique à la fois sombre et surréaliste, évoquant aussi bien l’espace intersidéral que notre espace vital. Il est aussi devenu pour moi indissociable de la musique. Je souhaitais que le visuel d’Oxygène 3 reprenne l’œuvre originale de Michel Granger, simplement décalée, comme «photographié» sous un autre angle à l’image de ce nouveau chapitre. Je lui ai donc demandé l’autorisation d’effectuer une modélisation 3D de sa création afin de changer l’angle de l’image, ce qu’il m’a fait l’amitié d’accepter.

JEAN-MICHEL JARRE EN 15 DATES CLÉS :

1948 : Naissance à Lyon, dans le quartier de la Croix Rousse, d’un père, Maurice Jarre, grand compositeur de musiques de films (Lawrence d’Arabie, le Docteur Jivago, Paris Brûle-t-il ?) et d’une mère, résistante à Lyon, France Pejot.

1953 : Ses parents se séparent. Son père part pour les Etats-Unis. Jean-Michel vivra dès lors avec sa mère à Vanves, en banlieue parisienne. Il n’aura pas de relation avec son père pendant plus de 40 ans.

1971 : Collaboration avec le chorégraphe Norbert Schmucki. Il se voit confier la composition de la partition du ballet Aor pour l’inauguration du nouveau plafond de l’Opéra de Paris, devenant le plus jeune musicien à jouer en live dans cette salle mythique, en y introduisant ainsi pour la première fois la musique électroacoustique.

1974 : Composition de la chanson «les mots bleus» interprétée par Christophe.

1976 : Sortie de Oxygène.

1978 : Mariage avec Charlotte Rampling et naissance de son fils David. Sortie de l’album Equinoxe en novembre.

1979 : Pour le 14 juillet, il organise son premier concert en extérieur gratuit place de la Concorde à Paris, intitulé Paris Bleu Blanc Rouge, qui attire un million de spectateurs. Il entre pour l’événement dans le Guiness Book, tout en inaugurant le concept du méga-concert qui deviendra sa signature : un spectacle mêlant musique, lasers, effets pyrotechniques et projections géantes.

1981 : 1er artiste occidental autorisé à se produire en République Populaire de Chine.

1990 : Onze ans exactement après son premier méga-concert, Jean-Michel Jarre revient à Paris pour un concert gigantesque : La Défense en concert. Le Guiness Book officialise 2 500 000 spectateurs, un record de plus.

1996 : Il se sépare de Charlotte Rampling.

2000 : Concert spectacle aux Pyramides de Gizeh.

2004 : Concert en Chine pour l’album Aero dans la Cité Interdite.

2005 : Après avoir défrayé la chronique lors de sa rupture avec l’actrice Isabelle Adjani, il épouse Anne Parillaud. Leur mariage durera 5 ans.

2015 : Sortie de l’Album «Electronica 1 : The Time Machine».

2016 : Sortie le 2 décembre de l’album «Oxygène 3».

© M.Kuenste, © FFJM - Mehdi Benkler
Delphine Guilloux
Naturopathe et Iridologue