Pis Paul

Laurence Ferrari

par Delphine Guilloux - 12 juil. 2019

une blonde aux platines

APRÈS LA COMÉDIENNE CATHERINE FROT, L’HUMORISTE GASPARD PROUST, CETTE ANNÉE, VARIATIONS CLASSIQUES OFFRE UNE CARTE BLANCHE À LAURENCE FERRARI, JOURNALISTE ET MÉLOMANE AVERTIE. ET POUR CAUSE, ISSUE D’UNE FAMILLE DE MUSICIENS, MARIÉE À L’UN DES PLUS BRILLANTS VIOLONISTES DE SA GÉNÉRATION, LA MARRAINE DU FESTIVAL ANNÉCIEN CONNAÎT LA MUSIQUE ! AVANT DE LIVRER SA PARTITION DU 28 AU 31 AOÛT PROCHAIN, LA SAVOYARDE DONNE LE TEMPO !

Vis ma Vie, Sept à Huit, Dimanche +... Des plateaux télés aux studios de radio, Laurence Ferrari mène une vie tambour battant. La fille de l’ancien député maire d’Aix-les-Bains, Gratien Ferrari, a déjà plus de 30 ans de carrière derrière elle. L’ex star du JT de TF1 (de 2008 à 2012), passée ensuite par D8 pour y présenter Le Grand 8, a rejoint depuis janvier 2018, la chaîne d'info en continue CNews, où elle anime Punchline, une émission-débat entre éditorialistes et politiciens. Parallèlement, sa voix résonne depuis tout juste un an sur les ondes de Radio Classique. Avec « Entrée des artistes », elle met un coup de projecteur sur la nouvelle génération d’interprètes. Aussi, elle n’a pas hésité longtemps quand on lui a proposé de parrainer le festival Variations Classiques d’Annecy : “cela m’a paru comme une évidence !”.

Activmag : En tant que marraine, aviez-vous envie de donner une tonalité particulière à cette édition ?
Laurence Ferrari :
Oui, en accord avec Marianne Gaussiat, la directrice artistique du festival, j’ai tenu à mettre en valeur les nouvelles générations, tous ces jeunes talents, pour lesquels le festival est l’occasion de mettre le pied à l’étrier. Une édition ouverte au jazz également. Et au jeune public. Notamment à travers l’œuvre de Prokofiev, Pierre et le loup, que j’adore et dont je serai récitante. Une chance inouïe pour moi. Je l’ai tellement écoutée enfant... Elle sera complètement décalée grâce au «Amazing keystone big band», qui lui apportera une note jazzy. Il faut absolument venir samedi après-midi avec les enfants ! J’adore l’idée de faire découvrir les classiques aux plus jeunes de manière ludique.

Justement, quelle place a joué la musique dans votre vie ?
Les premiers rôles ! Je suis née dans une famille de musiciens ! Mon grand-père était violoncelliste au conservatoire d’Aix-les-Bains, ma ville d’origine, mon père était violoncelliste, son frère était violoniste, ce qui est drôle parce qu’il y a une résonance avec ma vie actuelle (rires). Nous sommes trois sœurs, et nous avons toutes fait de la musique. Moi, je fais du piano depuis que je suis toute petite. A la maison, nous écoutions beaucoup de classique, ou alors c’était Yves Montand, Jacques Brel... Evidemment, à l’adolescence, je me suis mise en rupture avec ça, j’écoutais les trucs de mon époque : Michael Jackson, U2, Madonna... Mais ça a toujours été balancé avec du classique, surtout lorsque j’ai besoin de travailler ou de me détendre, et là, c’est principalement Jean-Sébastien Bach ! Et puis, je me suis mariée à Renaud Capuçon, et quand il est là, il y a beaucoup de violon dans la maison. La maison résonne les week-ends des répétitions avec d’autres artistes merveilleux et c’est assez incroyable de pouvoir assister à cela. C’est un vrai privilège. Même nos voisins sont ravis, tout le monde ouvre les fenêtres pour écouter !

Quels sont les points d’orgue de votre carrière, les moments que vous n’oublierez jamais ?
Ils sont nombreux... Je pense notamment à mon arrivée à Europe 1, dans les années 90, c’est là que je suis née au métier de journaliste, le début d’une histoire d’amour qui ne se dément toujours pas. Je ferai ce métier jusqu’à la fin de mes jours ! Il y a bien entendu le 20h de TF1, parce que pour moi, en bonne montagnarde, c’était un Everest. Très peu le gravissent et j’en suis très fière. Et puis, il y a désormais ce mélange équilibré de ce que je fais aujourd’hui à Radio Classique le midi et le soir sur la chaîne toute info CNews. En gros, je me ressource le matin, un peu comme un bain d’huiles essentielles qui me prépare à monter sur le ring du plateau de l’info en direct.

S’il y en a, quelles sont les fausses notes de votre carrière, celles que vous regrettez ?
Heureusement il y en a... J’ai forcément fait des erreurs, commis des maladresses, mais j’assume tout et ça c’est une de mes grandes forces, je revendique tout. Je ferais à peu près tout pareil, je me connais, je suis quelqu’un qui fonctionne beaucoup à l’instinct, je suis très entière et capable de me remettre en question et de me « challenger ». Je trouve que c’est ça qui est merveilleux, de sans cesse se renouveler, ne pas se dire : ça y est, j’y suis arrivée. Le défi, c’est celui de demain, voire celui d’après-demain.

Après un tel parcours, qu’est-ce qui vous semble aujourd’hui hors de portée ?
Vous voulez dire que ça reste un rêve ? Je suis très, très gâtée. J’ai accompli tellement de choses, pas des moindres, avec ce parcours journalistique et personnel aussi : j’ai trois enfants, ils sont mon socle, ce qui fait que je suis aujourd’hui équilibrée avec mon mari évidemment qui vient solidifier l’ensemble. Mon rêve, c’est que tout se poursuive sans accroc. Je pense que je suis à un moment de sérénité dans ma vie qui est très agréable.

A l’image de « balance ton quoi » d’Angèle, est-ce que, quand on est une femme de médias, on se doit de ne pas la mettre en sourdine ?
Ah oui ! C’est très important pour moi, je suis féministe dans l’âme, je revendique l‘égalité totale entre les hommes et les femmes. Le combat n’est jamais terminé dans ce domaine.

Avez-vous eu, au cours de votre carrière, à vous battre particulièrement sur ce point-là ?
Je dirais pas plus que les autres... Par contre, je suis également une vraie militante des droits de l’enfant, au sein de l’association SOS Village d’enfants. Mais bien entendu, les droits des enfants sont intimement liés à ceux des femmes. La lutte contre la maltraitance des enfants, c’est vraiment ma cause. C’est quelque chose qui me révulse, et tant que je pourrai agir, je le ferai.

Aujourd’hui, qu’est-ce que vous enverriez volontiers valser ?
Rien ! Parce que j’ai la chance de choisir tout ce que je fais. Ne pas subir, ça a toujours été un des grands moteurs dans ma vie. J’ai eu la chance d’anticiper les moments où j’allais subir et pu prendre les décisions en conséquence. Cela veut dire prendre des risques aussi, car on quitte parfois des situations confortables pour aller vers quelque chose de plus fragile.

Y a-t-il des moments dans votre vie où vous avez eu la sensation d’aller plus vite que la musique ?
Non... En tout cas j’ai souvent eu l’impression de faire accélérer les choses ! Je porte en moi une énergie très forte, j’ai un tempo, un débit rapide, vous l’entendez dans ma façon de parler, qui correspond à mon propre rythme ! Je prends mes décisions très rapidement. D’ailleurs, ça correspond aussi à mon métier, je dois réagir à chaud, au 1⁄4 de seconde. Je n’aime pas le sentiment d’aller plus vite que la musique parce que cela veut dire qu’on est à contretemps, un peu déséquilibré. Je préfère dire que je suis dans mon tempo, qui n’est pas forcément le tempo des autres.

A quoi ressemble pour vous la mélodie du bonheur ?
Au son du violon de mon mari, avec le rire de mes enfants !

La musique qui vous émeut ?
Celle du Rachmaninov, par exemple le 2e concerto pour piano, le concerto d’Elgar interprété au violoncelle par Jacqueline Dupré, qui me met immédiatement les larmes aux yeux.

Celle qui vous donne des ailes ?
J’adore Daphnis & Chloé de Ravel, elle me remplit d’énergie. Je suis beaucoup sur le répertoire romantique. Par contre, au réveil, c’est du jazz : Mélodie Gardot, Stacey Ken, Norah Jones, Diana Krall sont les femmes qui m’accompagnent au saut du lit ! Cela me met en route.

La dernière que vos enfants vous ont fait découvrir ?
Mon petit garçon de 8 ans est fan de Vianney. Il connaît toutes ses chansons par cœur et j’aime bien cet artiste. Les grands, c’est trop pointu pour moi, j’avoue que j’ai un peu de mal avec ce qu’ils écoutent. Par contre, ce qui est très drôle, c’est qu’ils ont dans leur playlist des classiques comme Cabrel, Michel Berger... qu’ils ont écoutés avec moi. Du coup, je me dis, tiens, je n’ai peut-être pas tout raté ! En tout cas, tous mes enfants pratiquent un instrument, surtout du piano. Je leur ai toujours dit que la musique, cela n’était pas négociable, ça fait partie de leur vie au même titre que l’école. Le petit dernier ne s’est pas encore vraiment fixé sur son instrument, mais il chante beaucoup, il assiste à tous les concerts de son père, c’est un enfant de la balle, il baigne dedans depuis qu’il est tout petit.

+ d'infos : http://variations-classiques.com

© Héloise Philippe
Delphine Guilloux
Naturopathe et Iridologue