Pis Paul

le père noël en hotte line

par Pascale Godin - 17 déc. 2016

Parce qu’il... le vœu bien !

On le croit pépère ? Raté. Elu «homme le plus sexy de l’année» par le magazine Playtoy, le Père Noël éclaire notre lanterne et taille un sacré costume aux traditions.

Il reste discret sur son enfance. D’ailleurs, personne ne connaît vraiment ses origines. Santa Claus pour les uns, Père Noël pour les autres, on lui donne parfois du Père Gel en Russie, du Kanakaloka à Hawaï. Et du Nicolas dans de nombreux pays. Nicolas, le père spirituel, le mentor. Le Père Noël est aujourd’hui fier de son entreprise. Baroudeur-aventurier-self-made-man, il impressionne.

Je l’attends en tenue officielle, un brin cérémonial, il déboule sur l’écran en chemise à fleurs. Via Skype. Pas question de le déranger dans sa résidence, il savoure ses derniers jours de tranquillité avant son prochain tour du monde. Mais se prête avec décontraction au jeu des questions-réponses. Parce qu’il le vœu bien.

Activmag : Père Noël, quel est votre parcours ?
Père Noël : Oh, j’ai fait pas mal de petits boulots. Des boulots de manutention, de livraisons, des jobs pas très palpitants, mais qui m’ont bien aidé quand j’ai rencontré Saint Nicolas. Il avait monté une boîte un peu vieillotte de distribution de bons points, de cadeaux crétins et de pain d’épice, en profitant de son statut de Saint Patron des écoliers et des enfants. Mais son fichier clients était limité : il ne s’adressait qu’aux chrétiens. Et il n’avait pas vraiment d’ambition internationale en se cantonnant aux pays d’Europe. Quant à son associé, Fouettard, il trimbalait toujours un martinet pour taper sur les gamins, c’était assez limite. Quand Nicolas a voulu prendre sa retraite, j’ai racheté ses parts, j’ai viré Fouettard et j’ai modernisé l’entreprise.

Comment ?
J’ai visé l’international, évidemment ! Au 17ème siècle, j’ai profité de la vague d’immigration hollandaise pour développer mon image en Amérique. J’ai repensé mon costume, remplacé la mitre par un bonnet pour des questions pratiques. Dans le même temps, j’ai racheté une fabrique tenue par des lutins, spécialisée dans les gros sabots et la langue de bois. Il fallait un produit d’appel et j’ai pensé au jouet. Leur fabrication est vite devenue l’activité principale des lutins. Côté marketing, mon partenariat avec Coca-Cola a boosté mon business au-delà de mes espérances. Le monde croyait enfin en moi ! J’ai pu créer l’ENA (Ecole de Noël Appliquée), qui forme des Pères Noël capables de faire correctement ma promo dans les spots de pub, dans les galeries marchandes... Par contre, pour la distribution, je me charge de tout. Ma confiance envers les énarques reste limitée.

Vous n'avez jamais pensé à faire autre chose ?
Je commence à penser à ma reconversion. Peut-être en ogre. Je supporte de moins en moins les gosses ! Ça braille, ça vous tire la barbe, ça vous pète les rotules en gigotant sur vos genoux, j’ai passé l’âge. Et quand ils grandissent, c’est pire. Tous des analphabètes ! Avant, je comprenais les lettres qu’ils m’envoyaient. Aujourd’hui, je perds un temps fou à les déchiffrer. La plupart commencent par «Slt chr pr NoL», c’est consternant. Pour faire un mauvais jeu de mots, je dirais que c’était mieux Avent.

Vous avez un hobby ?
Je joue de la conga, du triangle et de la scie musicale dans un groupe de death metal, les « Santa Claus Barbie ». Ça me détend. Nous nous sommes taillés un succès d’estime au pôle nord avec le hit «Highway to no Hell»... Sinon, je collectionne les boules à neige.

Et vous faites également du cinéma...
Ah oui ! J’ai obtenu le rôle principal du film «Renne man», l’histoire d’un autiste surdoué qui se transforme en renne pour aller faire des courses au casino avec Tom Cruise. Le pitch est un peu bizarre, mais à la fin, on comprend tout. J’ai beaucoup aimé cette expérience. Je vais d’ailleurs la renouveler dans «qui a peur du grand méchant houx ?», aux côtés de Jean Dunain- Dujardin. Un film d’horreur.

Le death metal, le cinéma d’horreur, vous ne craignez pas que ces activités desservent votre image ?
Vous savez, mon image ne veut plus dire grand-chose. J’ai bâti mon business-model sur une arnaque magique et les gosses découvrent la supercherie de plus en plus tôt. On ne peut plus leur faire prendre des vessies pour des lanternes. Et je me vois mal taper la belote en pantoufles avec des nains toute l’année.

Père Noël, qu’est-ce que ça fait d’être élu «homme le plus sexy de l’année» par «PlayToy» ?
C’est valorisant, évidemment. Mais vous savez, je reste lucide, c’est aussi un effet de mode. La barbe à la hipster et la tendance nounours séduisent, parce qu’en période de crise, les gens cherchent à être rassurés. Ils veulent croire en moi. Rajoutez le côté écolo du déplacement en traîneau et vous obtenez un pur produit de notre époque. Je ne suis pas dupe.

 La barbe à la hipster et la tendance nounours séduisent... Rajoutez le côté écolo du déplacement en traîneau et vous obtenez un pur produit de notre époque. Je ne suis pas dupe. 

AUX FÊTES, PÈRE NOËL...

A quoi rêviez-vous à 25 ans ?
Je ne croyais pas en moi à l’époque. Comme si j’étais inexistant. Et je rêvais d’acquérir une vraie personnalité, de m’incarner dans un combat. Le style anarchiste, le style «réveillons-nous !»...

Que regrettez-vous de vos 25 ans ?
Ma fraîcheur et mon tour de taille !

Aujourd’hui, que vous dirait votre moi de 25 ans ?
T’as pas un peu forci ?

Votre plus belle buche ?
Un vol de reconnaissance à la mi-novembre qui a mal tourné. Rudolph a dérapé sur une poussière cosmique et je me suis mangé un débris de l’espace. Ça commence à être bien encombré là-haut...

Votre nuit la plus hotte ?
Quand j’ai rencontré la Mère Noël. Je lui ai roulé un patin, elle n’est pas restée de glace.

Qu’est-ce qui vous barbe ?
Quand la Mère Noël m’enguirlande...

Qu’est-ce qui vous botte ?
Les cadeaux dématérialisés.

© Rafinade, © rastlily