Pis Paul

margaux motin

par Magali Buy - 12 déc. 2019

l'arène margaux !

LE BAC APPROCHE, RDV DÉSESPÉRÉ AVEC LA CONSEILLÈRE D’ORIENTATION, MARGAUX MOTIN DÉCOUVRE ALORS QU’ON PEUT FAIRE DU DESSIN UN MÉTIER. OUF !!! SAUVÉE PAR LE GONG, ELLE CROQUE RAMETTES SUR RAMETTES ET TRACE SA ROUTE... ET ÇA DÉGOMME ! 20 ANS PLUS TARD, L’ILLUSTRATRICE CRIE SON BONHEUR DISJONCTÉ À L’UNIVERS ENTIER, ET PLUS ELLE EST À BLOC, PLUS ON CRAQUE !

Qu’on soit déjantée, drôle, râleuse et/ou super rêveuse -comme moi, en fait-, comment ne pas avaler les tasses d’autodérision qu’elle nous sert sur un plateau ? Femme, mère, belle-mère, princesse cabossée ou complètement perchée, à 41 ans, entre maturité et béatitude planante, Margaux exorcise tout haut ce qu’on planque tout bas derrière des culottes gainantes et des BB crèmes collantes, et quelle délectation ! Quotidien dégénéré et rigolade immodérée, levez les bras et faites la ola avec moi, pas besoin de vous faire un dessin, vive l’humour Motin !

 

Activmag : Est-ce que tu es la femme libre et déjantée de tes dessins ?

Margaux Motin : Oui ! Je suis parfois même plus déjantée, mais je fais un tri pour que ce soit approprié, ce n’est pas toujours entendable !!! Tout fait partie de moi, de ma vie, de ma personnalité. Il m’arrive d’exagérer pour la drôlerie de la situation, mais globalement, c’est très fidèle.

D’où vient cette autodérision ?
J’ai quitté ma campagne natale pour Paris à l’âge de 8 ans, et j’en ai longtemps gardé l’esprit. Ça a compliqué ma scolarité et mon rapport aux autres, en fait, je l’ai plutôt mal vécu. Au moment d’entrer au lycée, je suis repartie à zéro et j’ai changé mon fusil d’épaule. Je ne voulais plus me laisser marcher sur les pieds ! J’ai décidé de rire de moi-même et de faire en sorte que ça ne se retourne plus contre moi. Mon personnage est devenu une habitude. J’ai développé cette capacité à voir qu’on a tous des trucs un peu tarés et que tout va bien. Ne plus avoir honte de mes travers et en jouer, m’a permis d’être appréciée pour ça. Découvrir cette part déconneuse m’a en quelque sorte sauvée.

Quel enfant étais-tu ?
Si j’écoute ma mère, j’étais très bavarde et très contemplative... Mais surtout très bavarde ! Les trajets en voiture avec l’enfant qui parle sans cesse à l’arrière, tu vois le genre soûlante ? Au final, je crois que l’enfant que j’étais est toujours là et bien là. Comme une source d’imagination, d’amusement et d’émerveillement infini. On peut me perdre dans la nature. Je vais jouer avec les insectes, regarder les fleurs et les gouttes de rosée pendant des heures... Ça peut durer des plombes et des plombes !

Quels étaient tes rêves d’avenir ?
Petite, j’ai vite pris conscience que la mort était pour l’éternité et ça me terrassait. Je n’arrivais pas à me projeter, ça m’angoissait. Je n’avais pas très envie de creuser dans le monde des grands. Et quand je rêvais à l’avenir, c’était à l’amour avant tout. Ado, mon kiff était d’imaginer un appart’ avec l’homme dont j’étais éperdument amoureuse, ils vécurent heureux et blablabla...

Tu crois au conte de fées alors ?
Oui bien sûr ! Le mien raconte l’histoire d’une petite fille victime d’un sortilège. Un envoûtement maléfique qui lui a fait oublier qui elle était, l’empêchant de trouver le grand amour, de s’épanouir et de se connecter à elle. A force d’un travail acharné, elle réussit à lever le sort pour devenir pleinement elle, et être capable de trouver, enfin, son grand amour.

Ton plus grand kiff ?
Souvent, je me fais des fausses interviews dans la douche : «Alors Margaux Motin, quel est votre truc préféré dans la vie ?» Et j’en reviens toujours au même. J’aime trop la vie, c’est trop bien ! J’aime être une mère, avoir une fille et une belle-fille, je trouve ça fantastique de les voir grandir. J’adore vivre dans la nature, source inépuisable de kiff... Regarder un petit oiseau faire son nid, et l’amour ! La relation que j’ai avec mon chéri est la plus ouf qui me soit arrivée...

Ce qui t’énerve le plus ?
Les fantômes à qui je n’ai pas encore totalement réglé leurs comptes. Il y a en moi une enfant, et une ado extrêmement rebelle qui ne supporte pas l’autorité. Dès qu’elle se manifeste, je deviens folle ! Et c’est mon mec qui essuie les plâtres dès qu’il emploie un ton un peu autoritaire. Ça prend le dessus comme dans l’exorciste !!

Quelle Desperate Housewife serais-tu ?
Bree, évidemment ! A fond ! J’ai aussi un côté Monica Geller très prononcé. Dans l’organisation, le contrôle, le rangement. Les choses sont pensées, prévues, gérées, «stratégifiées» de façon à ce qu’il n’y ait pas de galère. Du cadre et après on s’éclate ! Si tu déconnes sans limite, tu te retrouves dans des situations ingérables et destructrices. Le border line, je l’ai pratiqué entre 25 et 35 et c’est trop compliqué à vivre !

Si je veux devenir ta copine, je fais comment ?
(rires) Aujourd’hui, il faudrait surtout que je développe de vraies qualités d’amitié parce que ce n’est pas un domaine où je suis très bonne. Mon mec est tout, ma meilleure amie aussi ! Mais même si ces dernières années, j’ai mis l’accent sur l’amour, j’aime les gens vrais qui disent ce qu’ils font et font ce qu’ils disent. Ceux qui font du cinéma me fatiguent.

T’es plutôt paillettes bling bling ou Manon des sources et chapeau de paille ?
J’étais très paillettes et j’ai pris un virage total depuis que je vis à la campagne. D’ailleurs, je n’arrive même plus à dessiner des nanas en talons hauts.

Qu’est-ce que tu as commandé au Père-Noël ?
Il ne le sait pas encore, mais des beaux couteaux de cuisine, des livres sur la nature, un drone pour photographier, un stabilisateur pour faire de jolies vidéos. un K-Way® qui va jusqu’aux pieds et du nouveau matériel de jardinage. Ben maintenant, il est au courant !

FAN DE...

Quelle est ton actrice préférée ?
Julia Roberts. Elle me donne l’impression d’être en contact direct avec les personnages qu’elle incarne, elle éclaire tout. Qu’elle soit ma fée clochette ou Erin Brokovitch, je la trouve dingue.

L’artiste dont tu adorerais avoir une création chez toi ?
Ines Longevial. Je suis émue par ses femmes peintes, immenses et architecturales presque perdues dans leurs pensées. Sur insta, elle poste des vidéos d’elle en train de peindre, je pourrais la regarder des heures. J’ai l’impression de voir une sœur dans l’artiste. Elle me touche beaucoup.

Ta chanteuse préférée ?
Jill Scott ! Sa musique me suit depuis des années. J’y ai puisé de la force dans des moments difficiles. Elle m’envoie toujours joie et puissance. Je suis fan !

Et question mode, tu as une styliste coup de cœur ?
Je ne suis plus très branchée mode, depuis que je vis à la campagne, au Pays Basque. Je sais, ça fait sacrément cliché ! Mais je ne croise que ma factrice, et je ne vais pas aller faire mon marché avec mes talons Prada. Je suis en short et tee-shirt l’été, en legging et grand pull l’hiver. Mais à choisir, j’aime l’audace d’Isabel Marant. Ses codes mixtes, la façon dont elle casse et extrêmise les formes. Ses silhouettes sont un régal à dessiner.

L’humoriste qui te fait mourir de rire ?
Team Florence Foresti for ever ! Je suis fan absolue. J’ai eu la chance de bosser avec elle. C’était un heureux hasard, mais c’était top ! Le jour où je partais la voir sur scène, j’ai reçu un mail de son agent qui disait : “Bonjour je suis l’assistante de Florence Foresti, elle voudrait t’inviter à voir son spectacle, elle a un boulot à te proposer.” J’ai cru que c’était un gag ! Je suis allée en coulisse, c’est là qu’elle m’a expliqué qu’elle adorait mon univers et qu’elle voulait une illustration pour le DVD Mother Fucker. J’ai balbutié pendant tout le rdv, mais c’était génial ! J’aime beaucoup aussi Berangère Krief avec qui j’ai parfois l’occasion de discuter. Elle a une façon hilarante de raconter ses expériences. Elle prépare d’ailleurs un nouveau spectacle qu’il me tarde de voir !

La championne que tu admires ?
Jeanne dans Jeanne & Serge ! Ma connaissance du milieu sportif s’arrête aux dessins animés de mon enfance !

L’auteure que tu dévores ?
J’ai lu tous les Barbara Kingsolver, avec un grand coup de cœur pour «Dans la lumière».

La femme politique qui te fascine le plus ?
Parce que j’ai aimé ce qu’elle montrait de leur couple, son rôle de soutien et de copilote, digne, drôle, intelligente, classe et toujours soutenante : Michelle Obama.

Quelle femme de l’histoire admires-tu ?
J’ai une tendresse infinie pour Jane Goodall (mais si... cette primatologue britannique qui a consacré une grande partie de sa vie à observer les chimpanzés, vous voyez ?).

Quelle est ton héroïne préférée ?
Neytiri dans Avatar. Volant à dos de dragon, communiquant avec la nature, courageuse, sage, aventurière, amoureuse, drôle...