Pis Paul

miossec, un drôle de mammifère

par Pascale Godin - 19 déc. 2016

la fureur de vivre

Ça ne saute pas aux yeux, mais Miossec est un optimiste. Et le poète écorché construit l’urgence de vivre sur des fissures. De passage à Annecy en novembre, il se déleste de ses maux avant de reprendre la route.

Son ami Gustave Kervern dit de lui qu’il est “rocailleux, broussailleux. Verdoyant comme une île de Bretagne”. La définition plaît bien à Miossec. Le côté verdoyant, surtout. Pour «Mammifères», son 10ème et dernier album en date, le Breton abandonne son rock écorché. L’écriture est limpide, lumineuse, les coups du sort tombent sous les assauts d’une rage de vivre festive. Les attentats du 13 novembre et la mort de son ami Rémi Kolpa Kopoul ont secoué son long squelette, il a pris chaire. Et quand la musique lui ouvre le ventre, il s’en échappe 20 ans d’amarres larguées, de crevasses, d’émotions simples et brutes. Il est timide, Miossec. Généreux, attachant. Le cinquantenaire parle en silences, son rire bute souvent sur des points de suspension.

 J’avais besoin de proximité, de chaleur, d’humanité, de retrouver ce côté un peu couillon du troubadour. 

Activmag : Vous avez dit que pour vous, l’interview était une purge. Vous n’aimez pas parler de vous ?
Miossec
: Ah non, non ! Bien au contraire ! «Purge» c'est dans le sens où on peut se purger... Quand on a fait un disque, ou réaliser quelque chose, c’est sympa d’avoir à faire à des gens dont le métier est de vous écouter. On peut se délester.

«Mammifères», votre 10ème album, que vous venez de présenter à Bonlieu Scène Nationale ce soir, est plus folk que les précédents, plus organique. Où est-ce que vous vous situez, aujourd’hui, dans le paysage musical français ?
Je ne me situe pas, en fait. J’ai plutôt l’impression que chaque chanteur est une petite boutique, que nous sommes de petits épiciers...

Cet album donne l’impression d’un sentiment d’urgence de vivre. Avec «la vie vole», vous faites notamment référence aux attentats du 13 novembre. Qu'ont-ils changé en vous, ces attentats ?
En tant que chanteur, j’ai eu l’impression que la réponse à tout ça était d’aller faire des concerts quelque part un peu militants et d’aller jouer partout. Comme une forme de thérapie, une façon de prouver l’utilité du chanteur... Ne serait-ce qu’à travers le sourire des gens après un concert. Ça fait un bien fou !

C’est la raison pour laquelle vous jouez aussi dans des endroits inattendus ? Un ancien bordel, une cours d’école ou le jardin d’une cathédrale ?
Oui... être en contact direct, sans barrières qui vous isolent. J’avais besoin de proximité, de chaleur, d’humanité, de retrouver ce côté un peu couillon du troubadour. Et nous avons joué dans des endroits où, d’ordinaire, il ne se passe pas grand-chose. Un public tout près, un accueil vraiment chouette...

Vous dites aussi de la mort qu’ «elle n’est pas si triste que ça». Vous pensiez au décès de votre ami, Rémi Kolpa Kopoul, à qui vous dédiez «Mammifères» ?
Oui. Et quand ce sont des amis qui décèdent et qu’ils ont eu une vie extraordinaire, ça ne rend pas forcément triste. C’est un mélange de tristesse et d’apaisement, c’est mieux que de nourrir le manque. Rémi a vraiment eu une belle vie !

Vous semblez plus apaisé. Votre haine du notable et votre désir de saccage ont-ils disparu ?
Non, ces sentiments sont toujours en moi. Mais par les temps qui courent, ça n’est pas prioritaire, les évènements récents les ont submergés. Ils nous ont changés. Nous ne sommes pas les mêmes qu’il y a 5 ans. Et puis, vous savez, cette vie de tournées, c’est plutôt quelque chose qui vous donne beaucoup d’occasions de rire... Une sorte de bulle. Humainement, c’est assez confortable.

La découverte de votre maladie a dû changer pas mal de choses...(atteint d’ataxie, une pathologie neuromusculaire, le chanteur ne boit plus une goutte d’alcool depuis 6 ans.)
Oh non, pas vraiment. Le médecin m’a expliqué ce dont je souffrais. Il m’a dit que je risquais la chaise roulante si je n’arrêtais pas de boire. Alors j’ai arrêté. Je n’ai pas eu peur, c’était juste un changement de programme, une autre vie. Et je l’aime, cette nouvelle vie ! J’aimais bien celle d’avant aussi, d’ailleurs. C’est plutôt drôle d’avoir les 2 !

Et votre vie dans 10 ans, vous l’imaginez comment?
Ah, je ne m’imagine pas ! En musique, l’improvisation est ce qu’il y a de mieux et dans la vie aussi. Mon métier me permet de vivre comme ça, de laisser aller les surprises. Autant en profiter ! Ce qu’il y a de bizarre, c’est que je suis un indécrottable optimiste... Si je n’avais pas fait de la musique, j’aurais probablement aimé être boulanger. C’est beau de faire du pain, tout le monde mange du pain. J’aurais été utile à quelque chose.

+ d’infos : www.christophemiossec.com

MIOSSEC SANS MUSIQUE

A quoi rêviez-vous à l’âge de 25 ans ?
...A tout, sauf être chanteur ! Ça n’était absolument pas au programme, je me voyais plutôt écrire un bouquin.

Que regrettez-vous de cette période ?
Je ne suis pas du genre à regretter, c’est assez atroce d’ailleurs...

Que diriez-vous aujourd’hui à votre moi de 25 ans ?
Ah, les conseils... Ça peut être quelque chose d’abominable, les conseils... Franchement, je n’aurais pas grand-chose à lui dire. Il faut en chier un peu par moment, c’est nécessaire, ça permet de connaîitre la société dans laquelle on évolue. J’ai fait plein de boulots différents et c’est plutôt bien. Côtoyer les autres, travailler avec les autres m’a construit, même dans les moments insupportables.

Si vous étiez un personnage de fiction ?
Je serais Petit Scarabée dans «Kung Fu», le héros d’une vieille série.

Et un personnage historique ?
(Il éclate de rire) Emmanuel Macron ! Parce que les dégâts qu’il va faire sont déjà historiques ! Non, je rigole... En fait, il y a toujours ce fantasme de la résistance... J’espère être du côté de ceux qui étaient résistants, pas du côté des miliciens... (Il rit encore) On ne sait jamais ce que la vie vous réserve !

Votre livre de chevet ?
Celui de François Hollande. C’est un livre vraiment drôle, on rigole tout le temps. C’est étonnant, la légèreté avec laquelle il a fait ça, une sorte de confiance absolue envers 2 journalistes qui, au final, ne l’ont pas ménagé. Qu’il leur balance des trucs de politique étrangère, comme ça, c’est vraiment hallucinant, les bras vous en tombent !

Quelle qualité aimeriez-vous avoir ?
En vieillissant naît une espérance d’être mieux, de s’améliorer, l’espérance d’avoir fait suffisamment de conneries pour s’ajuster, de reconnaitre ses défauts pour les atténuer.

Faites un vœu !
Ah, la paix dans le monde ! Sans rigoler ! Utopique ? Mais bon...

© Yann Orhan