Pis Paul

ne dites surtout pas
«les» brigitte !

par Mélanie Marullaz - 15 juin 2018

à claires voix

Câlines ou mutines, guépières ou guerrières, amoureuses ou boudeuses, les voix parfaitement accordées du duo Brigitte ensorcellent la scène musicale française depuis 10 ans. Après avoir beaucoup ri et dansé, elles se posent aujourd’hui pour souffler un peu et soupirer… Allez «viens on pleure, on pissera moins» !

Longtemps jumelles sur scène, impossibles à distinguer, elles s’affichent désormais toujours ensemble, certes, mais différentes. Deux visages pour un même prénom. Mais ne les appelez surtout pas «les» Brigitte : “parce qu’un déterminant devant un nom propre, c’est moche ! Parce qu’on ne vous appelle pas «la» Mélanie, Vous ? Et parce que ce n’est pas le nom de notre groupe, tout simplement ! On ne dit pas «les» Téléphone, mais Téléphone, non ?” C’est Aurélie Saada qui précise ce premier point.

Aurélie, l’aînée, la plus grande, celle dont les graves jouent avec les envolées cristallines de sa partenaire, Sylvie Hoarau, et qui a écrit, dans la solitude californienne, la majeure partie des chansons de «Nues», leur nouvel album. Le duo parisien a repris la route en début d’année pour défendre cet opus plus intime, et sera notamment à Lyon ce mois-ci… Un moment que les deux filles adorent particulièrement…

Activmag  :  Quel est votre meilleur souvenir sur scène, d’ailleurs?
Aurélie Saada : La 1ère fois qu’on a joué à l’Olympia peut-être… Je me souviens de nous deux à la fin du concert : on chantait un titre qui s’appelle «Oh La La» et on a une espèce de chorégraphie pendant laquelle l’une d’entre nous tourne le dos au public pendant que l’autre lui fait face, et à ce moment-là, on peut se regarder sans que personne nous voie. Et je me souviens que je lui ai lancé: “tu kiffes?”, elle m’a regardée et ça disait: “mais tellement !” On avait les larmes aux yeux, parce que c’est incroyable de vivre ce qu’on vit ensemble. Cette complicité, notre histoire... On a fait 3 albums, des tournées de plus de 200 dates à chaque fois, en France et dans le monde… On a vraiment de la chance de vivre des expériences pareilles.

Justement votre dernier fou rire à deux?
Certainement il y a deux jours en rentrant de la Réunion. De toute façon, on rigole tout le temps !

Est-ce qu’il vous arrive de vous engueuler aussi?
Ça fait 10 ans qu’on est ensemble, alors oui, on s’engueule comme deux sœurs, comme un couple qui s’énerve, qui se vexe et qui se réconcilie tout de suite… Parce qu’on s’adore !

Quelles sont les qualités de Sylvie qui vous touchent?
J’adore son calme, elle est toujours très détendue et extrêmement séduisante.

Ce que vous n’êtes pas, vous?
Moi, je suis une hyperactive, je dors très peu, je relève les manches tout le temps. Dès qu’il y a un truc à faire, à dire, à régler, c’est moi qu’on envoie au front. Parfois, j’aimerais avoir un peu de sa décontraction.

Et a-t-elle un défaut?
La flemme ! Qui va avec son calme, je pense. Et moi, du coup, c’est mon sale caractère qui va avec ma grande énergie. Ou le bruit que je fais, plus que mon mauvais caractère… C’est ça : je fais du bruit!

Et quand vous ne jouez pas?
On part en vacances ensemble ! Là, on vient de partir en famille au mois de février, on est aussi parties l’été dernier… Et puis le reste du temps, on partage beaucoup de choses, en tournée notamment, on visite les musées, beaucoup de musées. On a une passion commune pour l’art et les antiquités.

Et en termes de musique, quelles sont vos références communes?
Des références communes ? On a que ça ! Il n’y a pas vraiment un artiste en particulier qui nous inspire, mais un mélange. C’est vrai que pour cet album, on a surtout beaucoup écouté Paul Simon et Elton John.

Dans cet album, beaucoup de titres parlent de blessure et de résilience… Assumer votre part de vulnérabilité, c’était vraiment une intention?
Le 2ème album, que j’ai adoré faire, était très disco, très paillettes, avec les perruques, la séduction, le côté sexy dans les rythmiques… Mais je crois que là, j’avais envie d’autre chose, de retirer la perruque, le masque, la robe à paillettes, la 1ère couche pour montrer l’intérieur. C’est vraiment lié à la solitude que j’ai vécue en Californie, ces chansons-là sont celles que j’ai écrites seule. Ce qui m’a permis de me dévoiler un peu plus. A deux, on cherche des ponts communs, on arrondit les angles. Seule, on dévoile ses contours sans rien cacher. C’est important de pouvoir se donner cette liberté, ce droit d’être plurielle, d’être profonde et légère, d’être la maman et la putain, la garçonne ou l’ultra maquillée. Je crois en la pluralité, la complexité des humains, des femmes comme des hommes.

Est-ce que vous avez un plaisir musical coupable, comme du Nutella qu’on boulotterait en cachette?
Un guilty pleasure, oui ! On adore danser sur Ophélie Winter sur «Dieu m’a donné la foi», avec nos musiciens, nos techniciens. A chaque fois qu’on met Ophélie Winter, c’est la fête!

Est-ce que vous êtes heureuses en ce moment?
Oh oui ! Oui, on est heureuses, parce que la tournée se passe tellement bien, on joue à guichets fermés partout, on rajoute même des dates, c’est inouï ! Qu’après un 3ème album, l’histoire continue de la sorte.

Le bonheur, ça ressemble à ça à vos yeux?
Le bonheur, c’est être capable de voir la vie du bon côté, parfois de se rendre compte qu’on a la chance d’être là où on est, de savourer ce qu’on a, de croquer le fruit qui nous est offert. On a la chance de vivre quelque chose de merveilleux et je crois qu’on a les yeux grands ouverts dessus. On sait que peut-être tout va s’arrêter demain et si tout s’arrête et bien au moins, on en aura profité !

+ d’infos :
brigitteofficiel
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  • 6 décembre // Halle Tony Garnier //LYON
Photos : Sophie Ebrard