Pis Paul

Olivier Ciappa
& ses couples imaginaires

par Magali Buy - 1 juin 2017

à contre clichés

Des casquettes, le marseillais Olivier Ciappa en a toute une collection. Metteur en scène, réalisateur, illustrateur ou romancier, c’est l’œil du photographe qui est aujourd’hui dans l’objectif. Lui, pour qui la discipline artistique n’est qu’un outil, au service de sa vision du monde et des mentalités à faire bouger. Tentative renouvelée mi-juin à Meythet...
Olivier Ciappa, et photo plus haut : «Couples imaginaires» Francois Xavier Demaison et Antoine De Caunes

Autodidacte de 38 ans, Olivier Ciappa ne travaille qu’à l’intuition, au ressenti, à l’empathie. “Rien n’est prévu ni contrôlé, tout est vécu. Quand je fais une séance photo, ma seule priorité, c’est la vérité de la scène et des émotions.” En 2012, une photo de lui endormi auprès de son compagnon et d’un bébé inonde la toile et devient l’égérie d’une bataille contre les clichés : homophobie, inégalité, droits à la parentalité pour tous. Plus qu’un espoir de paix et de sérénité, l’impact donne naissance aux «Couples Imaginaires», exposition où de nombreuses personnalités tombent amoureuses, l’espace d’un instant et d’une image, d’une personne qu’elles ne connaissent pas forcément et dont la sexualité n’est pas forcément la leur. “Désormais, ce n’est plus moi qui parle, ce sont elles. Et à travers elles, les Français qui plébiscitent.” De là, naîtront comme une évidence d’égalité, «Les Couples de la République», clichés de familles mono-parentales ou non, couples de tous horizons, âges, religions, origines ou sexualité, des gens comme vous et moi.

Le 18 juin prochain, au Météore de Meythet, l’école «Les Arts de la Scène» (basée, elle, à Cran Gevrier) produira «des visages & moi», un spectacle musical qui mettra également à l’honneur des clichés d’Olivier Ciappa. L’occasion d’un entretien à l’œil avisé.

«Couples imaginaires» Anne Marivin et Axelle Laffont

Activmag : Pourquoi parrainer le spectacle «des visages & moi» ?
Olivier Ciappa :
J’ai été contacté par le directeur de l’école, Stéphane Trapani, qui m’a exposé son projet artistique et l’envie d’utiliser certaines de mes photos des Couples Imaginaires et des Couples de la République. Le spectacle parle d’amour, d’égalité, de vivre ensemble, de respect, de différences acceptées. Ce sont des valeurs qui me parlent et que je partage. C’est donc avec plaisir que je parraine cette production porteuse d’un message de liberté pour tous.

On connaît le vandalisme dont ont été victimes vos photos en 2015 à Toulouse. Comment avez-vous réagi ?
S’en prendre à des photos, casser, taguer des images d’enfants, écrire des insultes sur des images de couples du même sexe, ce n’est pas simplement s’attaquer à l’art. C’est une manière métaphorique de s’attaquer à ces enfants, à ces familles et à ces couples. C’est dire clairement sa haine. Quand quelqu’un se bat contre l’amour, contre l’égalité, ça me donne envie de me battre encore plus. Pour l’anecdote, je n’en ai jamais parlé, mais la destruction des photos a été commanditée par des responsables de la mairie de Toulouse, on trouve d’ailleurs les résultats d’enquêtes menées par les journaux locaux aisément sur internet.

«Couples imaginaires» David Baiot et Grégory Questel de Plus Belle la Vie

Aviez-vous été confronté à des difficultés avant même d’avoir exposé ?
Vous n’avez pas idée à quel point ! Quand on veut installer une exposition dans une ville où la plupart des responsables de la Mairie sont aussi les piliers qui ont créé la Manif pour Tous, vous imaginez à quel point les difficultés peuvent être grandes, surtout quand une partie des photos est pro PMA - procréation médicalement assistée - ou que l’on voit tant de couples de lesbiennes avec des enfants. Même après les destructions, j’ai eu un bras de fer avec eux, comme jamais je n’aurais cru. Pendant toute une semaine, ils m’ont piégé, essayé de me manipuler pour me faire payer moi-même les frais de ré-impression des photos et fait de fausses conférences de presse sur des accords trouvés. De ce que j’ai cru comprendre des journalistes, ces personnes ont été dans l’obligation de démissionner suite à cette affaire.

«Les couples de la République» Olivier Ciappa et son compagnon
 Certains partis n’existeraient pas sans la peur, la haine, le rejet des différences et des minorités. 

Vous êtes également parti à la conquête de pays européens et américains en adaptant votre exposition. Avez-vous rencontré les mêmes barrières et la même violence qu’en France ?
Il y a toujours des difficultés avec ce genre d’exposition. Au Pérou par exemple, le gouvernement a exposé les photos sur des panneaux publicitaires à Lima. Quelques jours plus tard, l’organisation religieuse la plus extrême a loué tous les panneaux face «aux miens» en exposant des photos en sépia, dans la même pose, la même typographie, avec des couples hétéros et un texte expliquant qu’un vrai couple est hétéro. Même le logo était quasi à l’identique, c’est vous dire...

Pourquoi l’homophobie est-elle encore si présente dans notre société ?
A chaque avancée humaine, il y a une régression. Nous avons le mariage pour tous, mais encore beaucoup de haine. Quand je vois le chemin à parcourir pour la PMA, nous sommes loin du but. Quant à la GPA - gestation pour autrui -, il me semble que les personnalités politiques favorables se comptent sur les doigts de la main et uniquement dans les partis minoritaires. Nous sommes en période de crise. Nous avons peur de ce que nous ne connaissons pas et sommes entourés de personnalités politiques qui nourrissent cette peur. Certains partis n’existeraient pas sans la peur, la haine, le rejet des différences et des minorités.

«Les couples de la République»

Etes-vous engagé dans d’autres causes ?

 

Oui, je suis autant engagé pour les droits des femmes, même si c’est moins médiatisé. L’égalité homme/femme est tellement loin d’être une réalité. Certains ne comprennent pas pourquoi ça me tient autant à cœur parce que je suis un homme. Et ça me rend fou. L’envie d’égalité ne devrait pas exister uniquement quand on veut un avantage pour soi-même, mais quand on le veut pour tous. Sinon, c’est un privilège et non une justice. Je me suis battu pour le mariage, l’adoption, la PMA. Malgré ma sexualité, je n’ai ni le désir de me marier, ni d’avoir des enfants et encore moins d’être enceinte !!! En revanche, je veux que les autres aient l’opportunité de pouvoir le faire. On ne peut être heureux du monde dans lequel on vit qu’en étant tous égaux.

+ d’infos :
www.olivierciappa.com
www.lesartsdelascene.com

«Couples imaginaires» Vahina Giocante et Jenifer
Photos : Olivier Ciappa