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roselyne bachelot

par Mélanie Marullaz - 10 déc. 2019

l'avis en rose

ROSE, QU’ELLE PORTE À LA SORTIE D’UN CONSEIL DES MINISTRES - PROMESSE FAITE AUX SPORTIFS FRANÇAIS S’ILS RAMENAIENT 40 MÉDAILLES DES JO DE PÉKIN -. ROSELYNE BACHELOT A TOUJOURS AIMÉ LES COUPS D’ÉCLAT, LES ÉCHANGES VIFS ET LES POSITIONS TRANCHÉES, DANS UN MONDE POLITIQUE, QUI LUI, EST TOUT SAUF ROSE.

Elles étaient deux à son entrée au Conseil général de Maine-et-Loire en 1982. Deux femmes seulement, à qui l’on réservait, lors des visites protocolaires, l’offrande des cadeaux ou le tea-time avec les épouses des invités. Pendant que ces messieurs discutaient sérieusement. Mais elle n’a jamais voulu s’y plier. “On a l’impression que la compétence coule dans les veines des hommes, mais que nous, les femmes, il faut faire nos preuves, montrer qu’on est capables”, s’indigne-t-elle encore. Ses preuves, elles les a faites, du Département à l’Assemblée Nationale, avant les ministères : à la tête de celui de l'Ecologie et du Développement durable sous Jacques Chirac, de la Santé et des Sports, puis de la Cohésion Sociale sous Nicolas Sarkozy. Elle n’a pourtant pas souvent nagé dans le sens du courant, prenant régulièrement des positions contraires à celles de sa famille politique, le RPR, sur le Pacs notamment.
Mais après 30 ans consacrés à la politique, elle raccroche en 2012, pour se lancer dans une carrière plus médiatique, aux côtés de Laurence Ferrari dans le Grand 8. A 73 ans, aujourd’hui, elle n’a pas franchement levé le pied. Elle balade toujours sa voix de soprano et ses convictions sur les plateaux de télé, de radio, et vient d’écrire un livre, Corentine, sur sa grand-mère, ouvrière impliquée dans la lutte syndicale et la protection des femmes. Bon sang ne saurait mentir... Celui de Corentine était-il rose ?

Activmag : Pour ma génération, ado dans les années 90, trop jeune pour avoir vécu les combats de Simone Veil, vous étiez celle, parmi les femmes représentées en politique, qui sortait du lot. Vous étiez haute en couleurs, à la fois par votre tempérament, votre franc-parler, et par votre garde-robe... D’où vient cette force joyeuse qui vous habite ?

Roselyne Bachelot : Elle a, à l’évidence, une origine familiale, avec deux parents Résistants qui m’ont élevée dans une ascèse joyeuse du service du pays, une très grande rigueur également. C’était pas facile d’être leur fille, la barre était effectivement très haute, mais cela m’a donné des fondamentaux tout à fait importants. Le 2e élément, c’est certainement un tempérament. Ma sœur Françoise dit toujours : “la vie est pour toi une coupe de fruits, tu te saisis des fruits tour à tour et l’important, c’est que le suc du fruit coule le long de ta bouche”. C’est aussi une éducation. Celle que j’ai reçue par la lecture, par la musique, par les vraies valeurs, qui fait que dans les mauvais moments de ma vie j’ai toujours un recours, en particulier dans la musique.

Enfant, vous étiez déjà comme ça ?
Ma mère disait de moi : “tu ne m’as jamais fait honte”. Cette rigueur affable, cette éducation complète et raffinée, tout cela fait qu’effectivement, j’étais déjà comme ça en tant que petite fille.

Et quand avez-vous su que vous entreriez en politique ?
J’ai toujours fait de la politique.

Même en ayant choisi une voie professionnelle...
Mais la voie professionnelle n’est pas antinomique avec la voie politique ! Je ne comprends pas les politiciens professionnels qui n’ont pas un métier. Politique, c’est un passage. Je suis docteur en pharmacie, c’est quelque chose qui me permet une vraie liberté.

C’est pour ça que vous vous êtes sentie libre de prendre des positions contre votre famille politique ?
Ce n’est pas pour cela que j’ai pris ces positions, pas non plus grâce à cela, mais c’est vrai que c’est un élément de ma liberté. J’ai souvent dit : “on est ministre et on ne l’est plus, on est député et on ne l’est plus, mais je mourrai docteur en pharmacie, personne ne pourra me retirer mon diplôme”.

Est-ce que votre père, qui avait lui aussi fait une carrière politique, ou quelqu’un d’autre d’ailleurs, a jamais essayé de vous dissuader d’entrer en politique ?
Je n’ai pas arrêté d’en être dissuadée, je n’ai pas arrêté d’avoir des bâtons dans les roues, je n’ai pas arrêté de subir des discriminations ! Elles existent toujours, mais vous pensez bien qu’il y a presque 40 ans, quand j’ai commencé, j’étais dans la période où il y avait moins de 6% de femmes à l’Assemblée. J’ai vécu ma vie politique comme un oiseau rare, les humiliations, les frustrations ont été dès le départ... Quand je suis arrivée au Conseil général de Maine-et-Loire, par exemple, nous étions 6 nouveaux conseillers et la tradition voulait qu’on rentre tour à tour, de façon cérémonieuse, dans la salle des séances. Tous mes collègues masculins ont été présentés par leur fonction, leurs tâches associatives, professionnelles, leur engagement politique... Et moi, j’ai eu droit à cette phrase incroyable : “Madame Bachelot, dont chacun connaît le charmant sourire”...

Quelles sont les personnes qui vous ont inspirée ?
Curieusement, très souvent, on me parle de mon père, puisqu’il a été Député, Résistant, mais la personne la plus importante, c’est à l’évidence ma mère, militante féministe, qui m’a construit un féminisme intellectuel. On n’aurait pas l’idée de parler de l‘industrie du nucléaire ou du déficit de la sécurité sociale, sans avoir un tout petit peu de connaissance des sujets, mais tout un chacun s’arroge le droit de parler de l’égalité homme-femme comme si le fait d’avoir une épouse, une fille, une mère, vous donnait une science. Evidemment, c’est quelque chose qui se travaille, sur le plan historique, philosophique, éthologique, ethnologique et ma mère m’a donné ces fondamentaux, qui m’ont permis de déjouer les pièges de ce sexisme discret, courtois, beaucoup plus dangereux que le sexisme grossier et gras, celui-là, on le connaît.

Une fois lancée, quelles ont été les rencontres déterminantes dans votre parcours ?
Chacun des hommes, chacune des femmes que j’ai rencontrés m’ont apporté quelque chose. Philippe Séguin, Jacques Chirac, à l’évidence Michel Rocard, qui était un ami personnel. Et même, d’une certaine façon, François Mitterand. Je n’ai jamais oublié le discours à la Sorbonne, début 1989. J’avais emporté l’adhésion de mon groupe pour voter le revenu minimum d’insertion qu’il ne voulait pas voter. J’étais devenue, grâce à cela, l’orateur du groupe. Et François Mitterand nous avait invités à la Sorbonne. Là, j’ai vu peut-être le plus grand orateur que j’ai jamais rencontré, cette façon de prendre la salle comme s’il parlait à chacun, les silences, où personne ne pouvait penser qu’il avait un trou de mémoire. En une heure, j’ai pris une leçon d’éloquence politique de première grandeur.

Vous parliez tout à l’heure de Philippe Séguin, vous avez partagé avec lui des positions en faveur du Pacs...
Je n’ai rien partagé avec lui sur le Pacs, il ne l’a pas voté ! Simplement, quand j’ai pris ces positions sur le Pacs, Philippe Séguin était président du RPR. Il a donc vu mon discours et il a dit : “je te demande une chose, c’est que dans l’introduction, tu dises que le RPR t’a laissé parler”.  Voilà sa seule et unique contribution à mon discours. Je l’ai fait avec grand plaisir en disant que c’était l’honneur d’un parti politique de laisser parler une voix qui n’était pas la sienne.

Et justement, parmi ces positions qui n’étaient pas celles de votre famille politique, est-ce qu’il y en a que vous regrettez ?
Je ne peux pas le regretter, puisque les positions que je prends ne sont jamais dictées par un effet de mode. Je ne m’accoude pas sur ma cheminée en disant : “tiens, si je faisais ça, ça m’apporterait de la renommée ou de la publicité”. Les choix que je fais sont éminemment structurés, réfléchis de longue main. Je fais partie des quelques personnes qui ont imaginé le Pacte civil de solidarité, avec Jean-Paul Pouliquen, Gérard Bach-Ignasse... Je le regrette d’autant moins que chaque fois que j’ai pris des positions en dehors de ce qu’on me disait, j’ai toujours été rejointe à terme. Quand Chirac, Balladur, Bernard Pons disent : “on vote contre le RMI”, et moi, petite Députée fraîchement élue dans cet aéropoage RPR, je lève le doigt et dis : “vous allez faire une erreur historique”, je me souviens de leur regard... Chirac écrivait toujours pendant les réunions du groupe RPR, et là, il pose son stylo et il dit : “Roselyne a raison”.

Du quel de ces combats êtes-vous la plus fière ?
Je ne veux pas choisir dans mes combats... Dans tous ceux que je mène et que j’ai menés, je ne veux pas mettre de hiérarchie, tous sont importants, et tous se répondent. Le fil rouge, c’est toujours, toujours, le refus de la discrimination, le respect de l’intégrité humaine.

Quels ont été les sacrifices les plus douloureux ?
En tous cas, je peux dire que je n’ai jamais sacrifié mon intégrité à une quelconque obéissance, ou une volonté d’échapper à quelque chose de désagréable. Ceci étant, j’ai un regret, ce sont les souffrances que j’ai imposées à mon entourage. Parce que soyons clairs : en politique, il y a beaucoup de difficultés, de sacrifices, mais aussi énormément de satisfactions de tous ordres. Ma vie est peuplée de satisfactions. Mais je suis assez lucide pour savoir que mes proches eux, ont eu les souffrances sans avoir les satisfactions. Et ça, c’est une chose que je n’ai pas résolue, cette souffrance que j’ai imposée à ceux qui m’aiment, qui m’ont aimée...

 

+ d’infos : Corentine, Roselyne Bachelot Editions Plon

 

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Quelle femme de l’histoire admirez- vous ?
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