Pis Paul

Serena Giuliano

par Magali Buy - 6 mai 2019

sous son Elle...

AVEC 110 000 FOLLOWERS, SUR LES RÉSEAUX, CETTE NANA, C’EST D’LA BOMBE ! C’EST À LYON QUE LA BLOGGEUSE NOUS REÇOIT À L’OCCASION DE LA SORTIE DE CIAO BELLA, SON PREMIER ROMAN. DU FÉMINISME, DE L’AUTO DÉRISION ET UN CULOT MONSTRE, SERENA GIULIANO ÉCOUTE AVEC LE CŒUR, PARLE AVEC LES MAINS, LA BASE POUR UNE ITALIENNE !

Elle m’attend dans sa robe jaune fleurie, assise entre un coussin perroquet et sa timidité sans filtre, pendentif piment autour du cou, seul petit indice qui trahit son tempérament de feu.
Abonnée de la première heure, je connais bien la femme qui se planque derrière l’écran, celle qui chante à tue tête les tubes italiens, bombe de laque à la main, celle qui défend avec ferveur le droit des femmes l’œil menaçant, qui pleure parce que trop de sentiments, qui s’extasie sur un cadeau moche d’enfant... Celle qui finalement, entre tendresse et ironie, nous montre bien ce qu’elle a envie.

COME PRIMA

Bloggeuse depuis 2013, elle vient de fêter les 6 ans de son arrivée sur la toile avec sa page « Wonder mum en a ras la cape » dédiée aux mamans imparfaites, angoissées et un peu freestyle ! “Au départ, c’était vraiment pour désacraliser le rôle de mère. Pour dire qu’on a le droit de ne pas vouloir lire l’histoire du soir, que ce n’est pas bien grave, que ça ne fait pas de nous des monstres ! Pour dire que je n’ai pas aimé être enceinte... Que oui, je pense à ma carrière, que du coup, je partage les tâches ménagères avec mon mari... Ça ne fait de moi, ni une mauvaise mère, ni une épouse imparfaite. J’ai lu tellement de blogs de mamans dans la bienveillance, le bio, la zen attitude, qu’à force ça en devient pesant, limite culpabilisant ! Alors je me suis dit que peut-être, il existait des femmes comme moi, qui pètent les plombs et se barrent en week-end entre copines pour décompresser... Et c’est comme ça que tout a commencé !”
Dans la bonne humeur contagieuse, sa page devient vite virale, et pour une hypocondriaque comme elle, c’est un peu le comble ! Elle invente les mercredis confession où elle raconte son dernier truc honteux, elle organise le concours du cadeau de fêtes des mères le plus moche, le concours de la femme parfaite la mieux parodiée, elle s’amuse et diffuse de l’air frais en pagaille, et fait boule de neige : toutes se prennent au jeu, partagent et étalent leur quotidien, et ça fait du bien. Des aventures de son blog naissent trois recueils des meilleurs moments, mais la jeune femme n’a pas dit son dernier mot, capito ?

A BOUCHE COUSUE

Serena se bat un peu depuis tout le temps. Arrivée en France à l’âge de 12 ans suite à la séparation de ses parents, c’est ébranlée que la jeune fille aborde les remous de l’adolescence. Arrachée à son Italie profonde, sa nonna, les odeurs de café et de citronniers, elle abandonne sa naïveté derrière elle, les petits mots qu’elle griffonnait en secret, enfermés dans un cahier. Ses racines bien planquées au fond des tripes, elle adopte la France et fait son deuil en mode accéléré : “Il a fallu s’acclimater le plus vite possible. Apprendre le français, gommer mon accent pour qu’on arrête de se moquer de moi. Le monde de l’enfance était sans pitié et d’une telle violence. Depuis, j’adore la France et je pense que je ne partirai jamais d’ici, mais pour autant, je suis profondément italienne, si je pouvais faire moitié-moitié, ce serait parfait !”
Installée dans l’Est, Serena va mener sa barque et faire sa place, sans jamais bien savoir où poser ses fesses. Puis rencontre son mari, donne naissance à deux garçons, sa vie de famille est comblée, mais côté pro, ça tangue. Elle sait qu’elle veut être utile, mais comment ? “Après la naissance de mes enfants, j’avais envie d’aider les femmes. J’ai commencé à travailler comme conseillère en image, utiliser les vêtements comme excuse pour leur redonner confiance. Si vous saviez le nombre de femmes blessées que j’ai vu renaître face au miroir. Je voulais leur faire prendre conscience qu’elles étaient belles.”
Fragilité mise à nue, toujours avec humour, elle partage les aventures depuis la cabine d’essayage, en gros plan, disjoncte pour un sourcil mal fait, mais jamais sur un bourrelet mal placé ! Elle se lance dans un marathon du look of the day, seule derrière son miroir, partage bonnes adresses et mauvais plans, lance des tutos beautés complètement déjantés et décomplexe son monde ! Et si la dérision à plein temps peut en agacer certaines - gentiment conviées à dégager à l’italienne -, les compteurs explosent et un choix s’impose. “Je n’avais envie de bâcler ni le conseil en image ni le blog, alors je suis allée là où je pouvais aider le plus de monde.” Tiraillée, elle fait celui de l’écriture et développe les réseaux. Elle met sa plume grisante et fraîche comme le limoncello au service des marques, crée du contenu, écrit pour un site de parents, sans jamais lâcher son grain ! ”Je suis ce qu’on appelle une influenceuse. Mode, beauté, voyage, c’est très life style et c’est génial ! Je dis toujours si j’aime ou pas et j’adore le faire, c’est une forme de liberté très enrichissante et ça me va très bien !” 
De fil en aiguille - plutôt à tricoter l’aiguille - elle s’agrippe à la toile et ne la lâche plus, elle envahit Insta et nous couvre de photos ratées, de week-end en famille ou d’un selfie parfait, comme une vieille pote de lycée : “Mon réseau, c’est une grande bande de copines, elles sont importantes pour moi. La Serena que j’étais il y a 6 ans n’est plus la même aujourd’hui. J’ai renforcé mes combats, on évolue ensemble et c’est génial !” Vos combats ? Mais après quoi vous battez-vous Serena ?

LA MIA VITA !

Question sensible, son visage prend un regard d’enfant, un mélange de souvenirs doux et âcres, ceux de l’amour et de l’incompréhension, du non choix et de la révolte : “Dans l’Italie du Sud, j’ai grandi dans une famille où l’homme était le roi et la femme, juste là pour lui faire à manger et se taire. Ce n’est pas propre qu’à eux, mais dans la région, c’était comme ça et c’est encore le cas. J’ai toujours détesté la différence faite avec mon frère, mais je ne disais rien. A mes deux garçons, je veux absolument apprendre le respect et faire comprendre qu’on a tous les mêmes droits et devoirs. Ça me révolte de voir que dans certains pays, les petites filles n’ont pas le droit à l’éducation, qu’une femme meurt encore tous les trois jours sous les coups de son mari, je n’en peux plus de me taire!” Alors Serena essaie à son échelle de mobiliser sa communauté pour faire bouger les choses, c’est toujours mieux que rien comme elle dit !
Depuis son cahier gribouillé, son roman sort, riche de sa vie de femme disjonctée, à l’ombre de la petite fille, qui a peut-être bien trouvé sa place finalement... Arrivederci et... Ciao Bella !

CIAO BELLA, UN PREMIER ROMAN À SON IMAGE

Anna a peur, de la foule, du bruit, de rouler sur l’autoroute, de la maladie, ou encore des pommes de terre qui ont germé... Elle est aussi enceinte de son deuxième enfant. Pour affronter cette nouvelle grossesse, et surmonter ses angoisses, elle décide d’aller voir une psy. Au fil des séances, Anna livre avec beaucoup d’humour des morceaux de vie. L’occasion aussi, pour elle, de replonger dans le pays contradictoire des joies de son enfance, l’Italie, qui lui fut arraché trop tôt.

 

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