toc toques !

#balancetonrégime

par Magali Buy - 17 févr. 2019

Le diable s’habille en pas gras !

Sucre, lactose, glucose, gluten… ou pas ? Entre intolérances ou effets de mode, les diktats alimentaires nous mènent à la baguette. Des emplettes jusque dans l’assiette, publicités et réseaux à la diète, on se bat à coup de #manger bien, #manger sain et tout le tintouin ! Tout le monde veut bien faire, et pourtant…

"C’est pas compliqué de bien manger !” Ah oui ? Vous êtes sûrs ? On dirait plutôt le contraire : Quoi !? Tu ne manges pas du blé complet ? Tu mets du sucre dans ton café ? Et le lait, on en parle du lait ? Tu sais ce qu’il fait à ta santé ? Tes enfants, tu y penses ?

De l’info à l’intox, et sans même parler du bio, le consommateur, noyé dans un flot d’injonctions culpabilisantes, peine à garder la tête hors de l’eau, minérale. Entre ce qui tord les boyaux, brouille le cerveau et bouche les tuyaux, la névrose est à la fête, on ne sait plus où planter sa fourchette.

RAYÉ DE LA LISTE !

“Je ne peux manger aucun laitage, aucun agrume, pas d’œuf, ni gras ni sucre ni alcool, et pour le gluten, je suis obligé de peser tous les jours pour ne pas dépasser la dose recommandée. Si je devais manger comme tout le monde, on me dégusterait avec des toasts à Noël !” Stéphane, 44 ans, est atteint d’hépatite B et n’a d’autre choix que d’adopter un régime alimentaire strict. Et il est loin d’être le seul. Nombre de pathologies, allergies ou intolérances, entraînent une hygiène alimentaire restrictive : troubles digestifs, risques vasculaires, migraines ou encore douleurs articulaires, les symptômes sont nombreux et tapent sur le système : “en toute honnêteté, j’essaie de garder la notion de plaisir de manger, mais j’ai vite fait de tourner en rond, ce n’est pas le bonheur dans l’assiette tous les jours !” confie le quadra.

Alors comment expliquer que certains s’imposent le même comportement alimentaire, sans même une contre-indication médicale ? Restriction et éviction à tout va, depuis quelques années ça mijote… On mange à la sauce veggie, détox, healthy, même sains de corps et d’esprit. On supprime des aliments par peur du danger et on se laisse cuisiner. Pour Noémie Combremont, coach sport & alimentation à Lausanne et fondatrice du blog Petit Criquet Healthy, c’est assez tranché : “Aujourd’hui, je pense que le problème vient en grande partie de l’industriel et des produits transformés. Les gens ne savent plus ce qu’ils mangent et en ont assez.” Mauvais gras, colorants, additifs, conservateurs, acidifiants, la liste est longue et nous laisse sur notre faim. Les premières applications Mata Hari scannent et épluchent nos étiquettes, la psychose s’installe, le frigo crie famine. Alors la toile s’en mêle et nous emmêle : influenceurs, blogueurs, nutritionnistes, diététiciens, chercheurs, coaches, copains et fils du voisin… Sans beurre, sans crème, sans viande, sans sucre, et bientôt sans rien, on finit par manger des tutos : c’est l’indigestion mentale…

UN P’TIT RÉSOTTO ?

Noémie tire la sonnette d’alarme : “Les réseaux sociaux ouvrent la voie, on s’intéresse à plein de choses, on partage le quotidien du monde entier. Mais les gens s’identifient, et dans le cadre de l’alimentation, ne tardent pas à vouloir faire du copier coller. On a eu le même problème avec les pubs et les magazines, il y a quelques années. Mais avec les réseaux ça va encore plus vite, l’impact est immédiat.” Et pour certains, attention danger ! Entre virtuel et réel, difficile de voir clair. Admiration, comparaison et esthétique, le bien manger prend les commandes, la peur le dessus, c’est la descente aux enfers vers les troubles du comportement alimentaire (TCA).

Comme l’explique Virginie Delestrade, diététicienne nutritionniste à Annecy, il ne faut pas laisser la peur dépasser la notion de plaisir de manger. Aujourd’hui, au même titre que l’anorexie, la boulimie ou l’hyperphagie, l’orthorexie ou l’obsession du manger sain inquiète. Maladie encore peu connue, mais véritable fléau, elle marque au fer rouge : “l’orthorexie entraîne une vraie psychose. Pour un orthorexique, il est impossible de manger quelque chose qui n’a pas été préparé par ses soins, sous peine de se salir et de s’encrasser d’aliments impropres. Tout ce qui ne rentre pas dans sa charte crée un stress incontrôlable. J’ai une patiente qui a récemment été hospitalisée et qui a préféré ne pas manger pendant trois jours plutôt que de s’alimenter avec les repas de l’hôpital ! On a dû lui apporter les siens de l’extérieur. Ce sont des réactions extrêmes, mais bien réelles.” Alors comment éviter la machine infernale et manger, tout simplement ?

EAT HIP HIP !

Il faut cuisiner au maximum, et éviter les plats industriels dont la composition laisse à désirer, écouter ses envies et ne jamais, oh grand jamais, culpabiliser, le plaisir avant tout ! Comme le souligne Ariane Grumbach diététicienne et nutritionniste anti régime : “Il n’y a pas «meilleure» façon de bien manger, chacun ses choix, je ne suis pas pour les injonctions. Mais si on parle de prendre soin de soi, il s’agirait de manger le plus varié possible, en cuisinant des aliments bruts de saison, en savourant sans se presser et avec attention, en écoutant son appétit et ses besoins. Quant à l’excès, il ne doit pas être condamné, il est ponctuellement normal de trop manger parce qu’on fait un super repas, ou parce qu’on en a émotionnellement besoin. Le corps sait très bien se réguler en retardant le retour de la faim. Mais on a aussi «le droit» de trop manger, de ne pas y voir de problème et de se sentir bien. Cela devient difficile car la société veut nous imposer des normes, on n’est juste pas obligés de les suivre !” Et si c’était le mot de la faim ?

+ d’infos :
Noémie Combremont : petit-criquet-healthy.com
Ariane Grumbach : arianegrumbach.com
Auteure de La gourmandise ne fait pas grossir ! Editions Carnets Nord.

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