toc toques !

la tige :
le maraîcher d’intérieur

par Estelle Coppens - 15 févr. 2019

qui sème une graine, récolte une ferme urbaine

Dans la catégorie «pourquoi ne pas faire autrement», voici la tige. L’histoire de Romain Jeanniot, maraîcher d’intérieur, et de sa micro-ferme éco-verticale qui a poussé en plein Lyon. Et dont les chefs s’arrachent les jeunes pousses.

Ainsi va la vie… Un jour, on exerce comme ingénieur d’affaires dans l’industrie et quelques années plus tard, on se retrouve à cultiver des micro pousses de bourrache, de haricots mungo ou de moutarde japonaise.

Cette trajectoire avec virage à 180 degrés, c’est celle de Romain Jeanniot, 29 ans, créateur de La Tige, une mini ferme verticale et écologique du centre-ville de Lyon, il y a un an. Du type monomaniaque, puisqu’elle ne biberonne que de micro pousses d’herbes aromatiques et de légumes. Une petite entreprise au service du goût et du circuit court, repérée fissa par plusieurs chefs lyonnais (La Mère Brazier, La Bijouterie, Le Kitchen Café), à l’affût de saveurs végétales inédites. Car ce natif de la côte basque aime donner dans la tige méconnue : “J’expérimente pour proposer des choses peu vues.” Et à son tableau de néo-agriculteur des villes, déjà une petite centaine de variétés. Des pousses récoltées tôt, après avoir pointé leurs premières feuilles.

PETITES, MAIS PUISSANTES

Comment expliquer cette nouvelle vocation quand on n’a jamais rien fait pousser auparavant ? Sportif, le garçon se passionne pour l’alimentation et la nutrition. Or, malgré des dimensions lilliputiennes, ces tiges renferment force nutriments, vitamines A, B C, K, magnésium, fer, calcium… Le hasard et les rencontres font le reste. Peu après avoir quitté son dernier poste, Romain Jeanniot tombe sur l’offre d’emploi d’un fournisseur de matériel de culture en intérieur. Le poste ne l’intéresse pas, mais la technique de culture qu’il ne connaît pas, si. Sa curiosité éveillée, lui, le mordu d’innovations, attiré par l’entrepreneuriat, se renseigne. Et visite même une installation au cœur de New York. “Des fermes en pleine ville, il en existe beaucoup aux Etats-Unis, en Scandinavie, au Japon, mais peu en Europe et encore moins en France”. Son projet de maraîchage d’intérieur prend forme.

PLUS NATUREL QU’ON NE LE CROIT

“Quand on parle d’hydroponie, les gens se crispent. Ils ont en tête ces tomates sans goût cultivées hors-sol et de manière peu naturelle. Or, l’absence de goût n’est pas imputable à l’hydroponie, mais plutôt à la culture intensive. Comme, pour ma part, j’offre à mes plantes des conditions idéales, température, humidité, PH, elles sont en pleine forme, y compris et surtout gustativement”, assure Romain.

Question cultures d’intérieur, d’autres images mentales surgissent, celles de plants de cannabis inondés de lumière par des spots dévoreurs d’électricité. “Je ne prétends pas être neutre écologiquement, mais avec un matériel pro adapté, la facture énergétique est faible, comparée à l’énergie et aux ressources nécessaires aux cultures de plein champ. Les fermes urbaines garantissent un circuit court proche du consommateur, se passent de pesticides et affichent des besoins en eau jusqu’à 90 % inférieurs à la culture classique, l’eau utilisée pour alimenter les végétaux en nutriments tournant, en grande partie, en circuit fermé.”

A l’image des plantes qui poussent plus vite indoor qu’ailleurs, la croissance de La Tige est rapide. “Je ne m’attendais pas à un tel démarrage”. Les particuliers peuvent désormais aussi craquer pour ses herbes tendres grâce au réseau «La ruche qui dit oui». De sorte que son local de 45m2 est déjà trop riquiqui. Point non négociable, son prochain jardin intérieur doit pouvoir recevoir clients et curieux qui, comme lui, pourraient s’enticher de cette méthode de culture raisonnée, et pourquoi pas en faire leur métier…

+ d’infos :
la-tige.business
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