toc toques !

thierry court derrière
l'écran de fumet

par Magali Buy - 29 janv. 2018

classe à court

Une qualification à l’arrachée, des émotions qui jouent les montagnes russes, des créations sous pression, le grenoblois Thierry Court est finalement sacré meilleur pâtissier professionnel sur M6, le 23 mai dernier, le jour de ses 40 ans. Sacré coup de fouet !

"La chaîne m’a contacté en septembre 2016. Elle voulait lancer une nouvelle émission, axée sur les professionnels, et cherchait des candidats…” Passé le premier effet de surprise, le pâtissier grenoblois, féru de concours, relève le défi, pourtant risqué : “quand tu te plantes devant des milliers de téléspectateurs, tu prends le risque de passer pour une brèle, et là adieu ta réputation! Tu joues gros…”.

Un rien téméraire, Thierry Court ne se démonte pas. Il lui reste quelques jours pour former son équipe de choc et choisit de s’entourer de copains. Pour lui, c’est une évidence, ce sera Franck Jouvenal, pâtissier chocolatier à la Côte-Saint-André et Martial Lecoutre, formateur à l’IMT de Grenoble : “l’intérêt de choisir des potes, c’est qu’on se connaît bien, on sait comment va réagir l’autre et on s’adapte sans souci. Et puis, comme on est tous les 3 du coin, c’était vraiment plus pratique pour les entraînements.” Et des rodages, pour du beurre, il y en a eu à la louche…

Ensemble, ils enchaînent les étapes, une par une, et s’envolent pour les qualifications finales à Evry. Entre pâtissage et enrobage, l’épreuve sésame pour participer à l’émission se déroule sans couac et sans craquage. Mais contre toute attente, ils vont finir enfarinés ! L’heure du verdict sonne. Le jury en garde 12. Ils sont… 13ème ! “On était super déçus, on n’a pas trop compris ce qui avait joué en notre défaveur. Quelle claque !”. Grenoble, terminus tout le monde descend…

Rentrés bredouilles, ils apprendront plus tard qu’ils ne correspondaient pas à certains critères recherchés pas l’équipe de casting, des facteurs qu’ils ne pouvaient absolument pas maîtriser. Zéro regret. Ils auront au moins tenté…

DEUXIÈME FOURNÉE

“Et puis le 22 décembre, coup de fil : suite au désistement d’une équipe, la production nous relance : «Si vous êtes partants, feu!». Et comment qu’on l’était!”

Cuisson minute, restait à se remettre dans le bain. Et à gros bouillon, s’il vous plaît! La pâtisserie ne laissant pas vraiment de place à l’improvisation, les sujets sont connus à l’avance. Temps imparti et chrono’ en main, Thierry et son équipe font, défont et refont inlassablement, boostés par l’enjeu : “Pas le droit à l’erreur. Pour la première épreuve des 100 gâteaux, on avait 3 heures imposées. Premier entraînement maison, 4h30! Il a fallu s’organiser!”

Après 3 semaines à veiller chaque détail comme le lait sur le feu, gourmands d’expérience, ils sont prêts à en découdre.

La couronne du Concours - M6
 Quand on déçoit le jury sur une recette, comme on a pu le faire sur l’entremet couronne, ça met un gros coup au moral. On avait réussi un glaçage miroir rouge brillant, on était fiers. C’était esthétiquement parfait, mais le goût, pour eux, n’y était pas. On s’est fait casser ! 

PALAIS ROYAL

De bouchées en pièces montées, ils ont battu fer et fouet, mélangé grand bonheur et petites désillusions. “On est tous les 3 des compétiteurs, on a fait beaucoup de concours dans notre carrière, curieusement, on aime bien ça !” Un peu fou, quand on sait que les juges savent aussi parler à cru et ça n’a pas raté ! “Quand on déçoit le jury sur une recette, comme on a pu le faire sur l’entremet couronne, ça met un gros coup au moral. On avait réussi un glaçage miroir rouge brillant, on était fiers. C’était esthétiquement parfait, mais le goût, pour eux, n’y était pas. On s’est fait casser !” Egos déconfits, le soufflé retombe un peu, mais Thierry relativise vite…

“Etre jugés par Pierre Hermé, Philippe Conticini, Cyril Lignac et Frédéric Bau, c’est quand même une chance. Ce sont des pointures dans la profession, des gens qu’on ne croise pas tous les jours.” D’autant que les juges peuvent aussi se montrer dithyrambiques… “Sur l’émission, on se pinçait pour savoir si les compliments étaient bien pour nous. Quand Philippe Conticini dit qu’avec le baba, vous lui avez explosé les papilles! Qu’une étape plus loin, Cyril Lignac avoue que des fous, il en connaît, mais des comme nous, pas beaucoup… Quand on assoit comme ça des palais aiguisés et très pointus, quelle satisfaction!”

PIÈCE MONTÉE ET DÉMONTÉE…

Mauvais élève, «un peu glandeur» reconnaît-il, Thierry attendra d’avoir son bac pour s’orienter sur l’école hôtelière Lesdiguières. Là, c’est la révélation dans son plus simple appareil : “Je me suis enfin mis à bosser réellement et j’ai passé mon CAP en un an, à 23 ans !” Après un passage comme chef-pâtissier aux terrasses d’Uriage, maryse, moules et spatule au tablier, il s’installe en plein cœur de Grenoble. “J’avais très peu d’expérience et un tout petit niveau. J’ai progressé grâce à des concours et des stages. Comme je me suis fait tout seul, la reconnaissance de mes pairs, j’ai toujours couru après. Alors là, avec l’émission… j’étais servi!”

Quand la température monte et que la peur glace un peu, l’expérience des concours doit bien aider à gérer la pression. Et en finale, c’était pas du luxe! “On n'avait beaucoup moins préparé. Et pour tout dire, la pièce en chocolat sur le thème de Tim Burton, on ne l’avait jamais faite auparavant. Sur cette dernière épreuve, je m’étais mis une pression d’enfer. On n’était pas serein. Le chocolat, c’est notre domaine à tous les 3, on voulait vraiment taper fort. Quel stress ! Alors forcément, une fois fini, j’ai craqué. Je me suis effondré. Mais ce jour-là, le jour de mes 40 ans, il faut croire qu’y a eu un alignement idéal des planètes, ça n’arrive pas souvent dans une vie. J’en ai connu des grosses galères, mais là, tout était parfait. La victoire a été une belle libération !”

 

Tartes finger tout simplement... ©Thierry Court

COMPLÈTEMENT BABAS !

Ils ont beau avoir un peu douillé pendant ces semaines de tournage, ils sont repartis des douceurs plein les poches! Puis, plus vite que l’éclair, la vie reprend son court. Jusqu’à la diffusion. C’est à ce moment que Thierry prend la réalité de plein fouet. Dès le lendemain de la demi-finale, c’est l’explosion! “L’effet télé est irremplaçable, il n’y a rien qui ne soit aussi rapide et puissant. On a été totalement débordé! On a proposé les gâteaux de l’émission jusque fin juillet, 200 clients contre 500 pièces par jour, on était en rupture tout le temps! Impossible à suivre… Puis ça s’est un peu tassé… La notoriété est là, mais elle est tout à fait gérable, on n’est pas devenus des rock star’s non plus!”

Loin de s’arrêter là, Thierry convoite désormais le concours de MOF, récompense ultime : “je l’avais déjà tenté en 2014, et je m’étais inscrit pour la session de 2018, mais je n’aurai pas le temps. On verra la prochaine!”

+d’infos :
thierrycourt-creations.com

Boules baba à la Chartreuse ©Thierry Court
portrait © Aurélie Jeannette, pour M6 ©Marie Etchegoyen