toc toques !

vignes : les amateurs y mettent les pieds

par Cécile Boujet De Francesco - 30 oct. 2018

savez-vous planter les ceps

Amateurs ou professionnels, raisin de table ou de cuve, projets commerciaux ou s’inscrivant dans une démarche patrimoniale ou environnementale… plusieurs domaines viticoles ont (re)vu le jour en pays de Savoie depuis une quinzaine d’années. Bonne nouvelle, cette tendance est à la hausse !

Aussi petit soit-il, environ 2200 hectares(1), le vignoble savoyard est très ancien. Si Astérix n’avait pas été un vaillant Armoricain, mais un robuste Savoyard, il aurait tout à fait pu en déguster les millésimes. En fouillant dans les archives, on peut en effet retrouver des traces de vignes sur les rives du lac d’Annecy qui remontent à la fin du VIème siècle av. J.-C. Au fil des ans, les domaines se sont développés pour atteindre plus de 3000 hectares avant que le phylloxéra, les vins du Midi, le tourisme ou encore l’urbanisation n’aient raison de nombre d’entre eux. Mais de téméraires agriculteurs ont décidé de replanter une partie d’un vignoble qui s’étend aujourd’hui du sud de l’Ain au nord de l’Isère.

A Menthon-Saint-Bernard

RAISIN DE TABLE

En 2008, l’association Vignes de Tarentaise voit le jour. Elle entend sauvegarder et réhabiliter le vignoble de la vallée. Plus concrètement, outre des opérations de sensibilisation, l’association encourage les «autochtones» à reprendre des parcelles et propose des formations, des commandes collectives et met à disposition des outils dont un pressoir construit en 2012. Deux ans plus tard, lors de la troisième campagne de vendanges, près de six tonnes de raisin y ont été apportées. 3660 litres de vin ainsi que 300 litres de jus en sont ressortis.

En 2010, L’arche à Gojon est créée à Margencel par une «bande de copains», vignerons amateurs. Parmi les raisons d’être de l’association : la replantation de la vigne “afin de retrouver les traditions d’antan”. Les premières vendanges ont été réalisées en 2013, sur environ 1000m2 /980 pieds. Ce qui ferait du domaine le plus petit de France. A l’instar de Margencel, à Epagny-Metz-Tessy, les 850 pieds plantés par l’association Grain’up en avril 2017 sur le versant sud des Crêts (1400 m2) produiront eux du raisin de table. Les premières bouteilles seront vendues en 2020.

Les Vignes du lac à Veyrier

RAISIN DE CUVE

Dernièrement, deux autres projets ont été lancés sur les rives du lac d’Annecy. A Menthon-Saint-Bernard, l’idée est venue des nouveaux propriétaires du château, Maurice et Pierre-Henri de Menthon. Faute de budget, c’est une association qui a pris le relais, en 2017 : Clos du château, du nom de la dernière dénomination connue sur le domaine. “On était 6 membres au départ, on s’est finalement retrouvé à 24”, raconte Renaud Veyret, son trésorier. Chaque adhérent a investi 1500€ pour aider Florent Héritier sur le terrain et financièrement. Les propriétaires, adhérents eux aussi, ont signé un bail agricole à long terme avec le vigneron adepte de biodynamie.

Deux week-ends ont suffi pour nettoyer le terrain. “C’était vraiment la forêt vierge !”, se souvient Renaud Veyret. Au printemps 2018, ce sont ainsi 5900 pieds qui sont replantés sur 1,2 hectare (Altesse, Viognier, Mondeuse et Gamaret). “On a travaillé en association avec l’école d’œnologie suisse de Changins. Le bail prévoit qu’à terme on puisse aller jusqu’à 4,5 hectares. C’est beaucoup moins qu’au XIXème siècle, mais quand on arrivera à ça, ce sera déjà une belle parcelle !” Moins d’un an après sa création, Clos du château compte 340 adhérents et les premières vendanges sont prévues d’ici deux ou trois ans.

Les Girondales à Villaz

PREMIÈRES VENDANGES

Le projet de Veyrier est quant à lui né chez un célèbre caviste d’Annecy-le-Vieux. “J’ai entendu parler de beaucoup de projets auparavant, se souvient Bruno Bozzer, mais ils n’avaient jamais vraiment abouti. Quand Pierre Lachenal et son équipe se sont lancés, tout est allé très vite !” Le plus compliqué a été de trouver les terrains ! Créée en 2014, l’association Vignes du Lac a confié le travail de la vigne à Bruno Lupin, vigneron de Frangy. Les premiers pieds d’Altesse ont été plantés début 2015, grâce aux dons des 65 adhérents, désormais parrains d’un ou plusieurs rang (500€ le rang). “On arrive aujourd’hui à la quatrième feuille et à la première récolte !”, se réjouissent Pierre Lachenal et Bruno Bozzer. Conformément à la législation, le vin qui sera produit ici, environ 1900 bouteilles, rejoindra celui de Menthon sous l’appellation Vin de France. “On ne revendique pas le label bio, mais l’idée est d’être dans cette démarche”, annonce Bruno Bozzer. “Nous projetons d’agrandir l’exploitation pour atteindre un hectare, soit 4000 plants”, ajoute son ami président.

A Villaz, Francis Rousset s’est quant à lui lancé dans l’aventure des Girondales en 2016 - “mais sur le papier en 2011” - après avoir repris le chemin de l’école en 2012. “Durant l’hiver, j’ai commencé la préparation du sol, ensuite j’ai fait les plantations, le tout en parallèle de mon travail”, raconte le lauréat d’Initiative Grand Annecy. “Je pars en bio sur trois hectares/18000 plans(2) d’un coup, ce qui est assez rare dans le métier.” Cette année, François Rousset dit qu’il n’aura pas assez de raisin pour proposer du vin, mais trop pour du jus. Il lui faudra attendre le printemps 2021 pour vendre sa première bouteille.

(1) Environ 2200 hectares contre plus de 240 000 pour celui du Languedoc-Roussillon, le plus grand.
(2) Altesse, Jacquère, Roussanne, Chardonnay, Gamaret, Mondeuse, Romain, Persan et Douce noire.