toc toques !

vin de savoie :
âge de raisin atteint chez les curtet

par Magali Buy - 20 oct. 2018

il faut savoir raisin garder !

Le moins que l’on puisse dire, c’est que du pep’s, ils n’en manquent pas ! De l’audace ? N’en parlons pas ! Liés comme les dix doigts de la main, Marie et Florian Curtet ont récolté expériences et savoir-faire avant de se lancer à chaud et sans filet dans leur première récolte 100% pur jus !

La petite trentaine et 4 hectares et demi de caractère bien trempé, s’ils ne sont pas des enfants de la terre, Marie et Florian Curtet en ont fait leur pied à terre. Curieuse de connaître le fin mot de l’histoire, j’avais hâte de rencontrer ces puristes du bio. Une bonne dizaine de kilomètres perdus dans la campagne, je suis arrivée à Motz, un peu ventre à terre, le cœur encore accroché aux falaises du Val de fier. Retour sur un parcours qui n’manque pas d’air.

ÇA, C’EST D’LA BIO !

Pour Marie originaire de Bretagne, l’environnement et l’agriculture ont toujours fait partie des bonheurs simples de la vie. Atterrie en Haute-Savoie dans le cadre de ses études en ingénierie de l’espace rural, c’est équipée d’un master en géographie et aménagement du territoire qu’elle déboule chez Denis et Didier Berthollier, puis Gilles Berlioz. Le vin ? Ça n’a pas été toute suite l’évidence, mais une fois les pieds dedans, impossible d’en sortir !

Pour Florian, Annécien pure souche, c’est un peu pareil. Sa passion du monde végétal l’oriente naturellement sur un BTS viticulture œnologie. Il fait ses classes, puis de belles rencontres dans l’agriculture biologique, pousse sa culture encore plus loin et tranche, il fera du bio et c’est tout : “Il y a 5-6 ans, on ne parlait encore pas trop de bio, à l’école encore moins. De fil en aiguille, je me suis rendu compte que les produits étaient beaucoup plus digestes, plus agréables et plus fins, qu’on arrivait à de belles profondeurs de terroir.”

Florian goûte, compare et aiguise sa sensibilité, dans le bio, le rapport au végétal n’est pas le même et ça, ça le botte ! Et lorsqu’il tombe sur Jacques Maillet qui cherche à céder son exploitation, inutile de tergiverser. Le vigneron est déjà «clean» depuis 2004, pas besoin de conversion, c’est déjà ça de gagné. Pendant 4 années à ses côtés, sa vie va prendre une tout autre saveur et lui réserver une surprise millésimée : “Gilles Berlioz et Jacques Maillet étaient amis et se donnaient un coup de main pour la taille et les vendanges, c’est là que j’ai rencontré Marie…” Coup de foudre dans les vignes, ils ne se quittent plus ! Ils font une cinquième année au domaine pour le passage du flambeau et en prennent les rennes. Un mariage et un bébé dans la foulée, y’ a pas de doute, c’est leur cuvée !

L’AMOUR DU RISQUE…

Le jeune couple a la même philosophie. L’essence est primordiale. Ils veulent un vin le plus pur possible, un retour au goût premier et authentique. Intègre et respectueux de l’environnement, il prend les couleurs du terroir et porte une robe unique. “Le vin est un produit plaisir qui prend une saveur particulière en fonction de son lieu d’origine. Prenez d’un côté une roussette qui a poussé en Chautagne sur une terre de molasse, et de l’autre, celle qui prend vie sur des éboulis d’Arbin, elles n’ont rien à voir ! Ça laisse un éventail de possibilités incroyable, à nous de les révéler !”

Pour Florian et Marie, la terre est la sève du vin. Il faut la travailler avec précaution, la nourrir et la garder la plus saine possible, c’est leur préoccupation première. Et pour y veiller, ils passent le plus clair de leur temps dans les vignes où ils remplacent définitivement la machine : “La manière dont on touche le végétal est sensibilité et énergie. Mécaniser est impersonnel, sans supplément d’âme. Un des aspects de la biodynamie consiste à traiter la plante comme un être humain. A partir de là, la gestuelle prend vraiment tout son sens.”

Raisin et œufs dans le même panier, ils prennent le risque de ne donner aucun médicament à leurs vignes ni à leurs vins, de ne jamais chercher à altérer le goût premier. Ensemble, ils osent, font un produit en accord avec leurs valeurs et touchent le fond des choses. Le fond ? Mais quel fond ?

AU FOND… LA FORME !

Pour Marie, c’est un vin le plus nature possible. Celui qui fait l’unanimité, où il n’y a rien à dire. “C’est un travail rigoureux et précis mais qu’on ne doit pas sentir quand on déguste. Seul le résultat et l’émotion comptent.”

Florian est moins tranché. Le résultat compte bien sûr, mais le travail de recherche prédomine : “On ne sait encore pas vers quoi on tend, à part toujours faire mieux pour sublimer le vin. C’est dans le cheminement que je vois plutôt le fond des choses. L’équilibre qu’on arrive à trouver quand toutes les conditions sont réunies, l’intuition qu’on écoute pour cueillir un cépage, l’harmonie entre maturité du fruit et acidité du vin… Pour garder le cap, il ne faut pas s’endormir ! C’est facile de monter, encore plus de redescendre !”

Balance parfaite entre terroir, alcool, amour et sacré tour de main, les prochaines cuvées sont attendues comme le messie. Du raisin et rien d’autre, pour une fois, on prendrait bien le jus !

LE MOT DE YVES BONTOUX

Ce jeune couple enthousiaste succède avec brio à l’un des précurseurs de la biodynamie en Savoie : Jacques Maillet. Il prouve qu’il est possible de créer, en ce territoire de Chautagne, des vins très intéressants. Au prix d’un travail acharné et méticuleux toute l’année dans les vignes. Les vins sont savoureux, nets et digestes, avec une belle fraîcheur, voire de la tension en finale. En témoigne la Roussette 2016, étonnamment aérienne. Et la Mondeuse 2016, joliment épicée, aux notes de petits fruits noirs et une touche florale. Un Domaine à suivre de près !

MARIE & FLORIAN CURTET SI VOUS ÉTIEZ...

Une saison ?
Les 2 à l’unanimité : Le printemps !

Une année ?
Les 2 : 2016

Un grand cru ?
Florian : Un vin jaune et même si ce n’est pas un grand cru, peu importe !

Une autre boisson ?
Les 2 : Une bière, mais locale.

Un accord met/vin ?
Florian : Une poularde aux morilles et au vin jaune.

Et si vous n’étiez pas vigneron ?
Marie : Je serais sans aucun doute éleveuse de vaches.
Florian : Vigneron et rien d’autre.

+ d’infos :
domainecurtet
.fr
Motz I 73

Photos : Floartphotography