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école
- les anti-conformistes -

par Mélanie Marullaz - 9 sept. 2019

school yourself !

ALLEZ HOP ! UN CAILLOU DE PLUS DANS LA CHAUSSURE DE L’ÉDUCATION NATIONALE : CHAQUE ANNÉE, LES ÉCOLES CRÉÉES EN DEHORS DE SON CADRE SONT PLUS NOMBREUSES. ON EN DÉNOMBRE PLUS DE 1400 AUJOURD’HUI EN FRANCE, UNE TRENTAINE SUR LES SAVOIE. BILINGUES, MONTESSORI, À LA FERME... OUBLIÉES LES LIGNES D’ÉCRITURE, L’HEURE EST AU SUR-MESURE.

Même si le gouvernement a consenti de gros efforts pour que cette rentrée 2019-2020 soit plus sereine, en France, la scolarisation des enfants handicapés reste problématique et rarement adaptée à leurs besoins réels. Déception, impuissance, colère... De leur frustration, certains parents ont fait le carburant d’une dynamique nouvelle, pour dessiner les contours d’une école répondant aux besoins de leurs enfants. C’est notamment le cas de Félicie Petit, à l’origine de «Mon Ecole Extra-ordinaire» qui accueille à Annecy des enfants présentant un autisme léger, des troubles de l’apprentissage ou un haut potentiel intellectuel. Comme elle, de plus en plus de parents et d’enseignants s’émancipent du système traditionnel : effet de mode ou d’émulation, 157 écoles dites «indépendantes» ou «hors contrat» ont ouvert l’année passée dans notre pays. Un chiffre en constante augmentation depuis 2014.

ECOLES EN FORMATION

En Haute-Savoie, le phénomène est très marqué : sur les 22 écoles indépendantes que compte le département, la moitié a ouvert dans les cinq dernières années. Mais toutes ne s’adressent pas à des enfants porteurs de handicap. Ce sont les écoles confessionnelles qui ont très tôt ouvert le bal, à l’image du Lycée Adventiste Maurice Tièche, créé en 1936 à Collonges-sous-Salève. A l’échelle nationale, elles ne représentent plus que 12% des ouvertures en 2018, détrônées par les pédagogies alternatives -une dizaine d’écoles Montessori a d’ailleurs ouvert sur les deux Savoie en 10 ans- ; les écoles éco-citoyennes, comme l’école à la ferme des Quatre Saisons à Challes-les-eaux ; ou les écoles bilingues, très en vogue sur notre territoire. Pour preuve, l’Ecole Bilingue de Haute-Savoie d’Annecy-le-Vieux, qui s’est lancée en 2010 avec 19 enfants, accueille aujourd’hui plus de 370 élèves et envisage l’ouverture d’une annexe sur les bords du Léman l’année prochaine.
La plupart sont accompagnées dans leurs démarches par la Fondation pour l’Ecole, organisme de soutien aux établissements indépendants, interlocuteur principal de l’Education Nationale sur le sujet : “nous nous intéressons aux écoles qui ont une dimension sociale, explique Anne Coffinier, Directrice générale, proposons des formations aux professeurs et aux directeurs, attribuons un label de qualité et finançons celles qui peuvent correspondre à nos canons. Nous sommes également là pour faire comprendre l’intérêt, pour tous, des écoles indépendantes : apporter des solutions à des enfants qui n’en trouvent pas ailleurs.”

L’ENFANT-VOIX

Gwénaëlle et Alexandre ne sont pas enseignants. Ils ne sont pas parents non plus. Mais il y trois ans, ces deux jeunes Annéciens ont parcouru l’Amérique du Sud à pied. “Au cours de nos rencontres, l’éducation était souvent le sujet de discussion centrale, on nous demandait comment ça se passait en Europe, on comparait les moyens et on a réalisé que chez nous aussi, le système scolaire ne répondait pas à tous les besoins, ne permettait pas à tous les élèves de s’épanouir.” Ils se renseignent donc sur les alternatives, se passionnent pour les «écoles démocratiques», le modèle qui fait le plus d’émules en ce moment, représentant 1/3 des écoles créées en 2018. “Rien n’est mis en place tant qu’il n’y a pas d’élèves, décrit Gwénaëlle, ce sont eux qui vont décider, à la majorité, du règlement intérieur, du fonctionnement de l’école et des horaires d’ouverture. L’objectif est de faire prendre conscience aux enfants qu’ils peuvent être acteur du cadre qu’ils ont envie d’avoir et assumer les responsabilités de ce qu’ils ont décidé.” Pas facile à mettre sur pied... Soutenue par des parents et des enseignants, l’école démocratique d’Annecy n’est donc encore qu’un projet, à horizon septembre 2020 peut-être.

ÇA SCHOOL PAS DE SOURCE

A Aix-les-Bains, Céline, elle, visait la rentrée 2019 pour son école démocratique, mais elle a jeté l’éponge. Pour le moment. Parce qu’on n’ouvre pas une école comme on ouvre un kebab* : il faut l’accord du recteur d’académie -qui pour toute réponse à nos sollicitations nous a renvoyés aux textes de loi- , de la mairie, de la préfecture, un bâtiment aux normes, des professeurs, un budget... “Ici, les loyers sont élevés, on a donc du mal à trouver des locaux, et puis le modèle économique basé uniquement sur les frais de scolarité payés par les parents, c’est assez précaire. On visait 250par mois maximum, mais on n’arrivait pas à couvrir nos charges. Même si on a rencontré beaucoup d’instits et de profs qui n’en peuvent plus, ils n’étaient pas prêts pour autant à quitter l’Education Nationale parce qu’on ne pouvait pas suivre en terme de salaires.” 
Certaines initiatives subissent également le courroux de parents d’élèves craignant qu’elles ne siphonnent les effectifs des écoles traditionnelles. Elles préfèrent donc ne pas faire de vagues, au point, comme cette école d’Annecy en lien avec la nature qui vient de faire sa 1re rentrée, de ne pas vouloir témoigner dans nos pages. Le danger, si c’en est un, n’est pourtant pas si grand : les 70 000 enfants scolarisés dans les écoles indépendantes représentent encore moins d’1% des élèves français... Mais ils dessinent, en creux, les défaillances de l’école de la République.

*Dans l’émission politique de France 2 du 16 février 2018, une interlocutrice interrogeait le ministre de l’Education Jean-Michel Blanquer sur le contrôle des écoles hors contrat, notamment confessionnelles, affirmant qu’il était plus facile d’ouvrir une école qu’un kebab ou une laverie automatique.

UNE ÉCOLE HORS CONTRAT qu’est-ce que c’est ?

C’est une école privée, indépendante, qui possède une certaine autonomie en ce qui concerne les programmes et une grande liberté quant à la méthode pédagogique. Elle n’a pas signé d’accord avec l’Etat, ne reçoit donc aucune subvention, mais doit garantir l’acquisition d’un socle commun de connaissances. Pour en encadrer l’ouverture, la loi Gatel d’avril 2018 a allongé les délais d’opposition des autorités (mairie, préfecture...), imposé des contrôles annuels et la nécessité, pour le directeur, de justifier d’une expérience de 5 ans, en tant que professeur ou surveillant dans le 2nd degré.

https://www.fondationpourlecole.org/

https://www.creer-son-ecole.com/