toi+moi+eux

en roues libres
- lazareth -

par Mélanie Marullaz - 6 sept. 2019

fou du volant

LUDOVIC LAZARETH AIME TOUT CE QUI ROULE ET VROMBIT. RIEN NE LE RAVIT PLUS QUE LE RÂLE RAUQUE ET PUISSANT D’UN V12, FLIRTANT AVEC LES AIGUS À MESURE QU’IL MONTE DANS LES TOURS. DESIGNER AUTO ET MOTO COMPLÈTEMENT ALLUMÉ, CET ANNÉCIEN RÊVE MAINTENANT DE VOIR SA DERNIÈRE CRÉATION QUITTER LA TERRE POUR JOUER LES FILLES DE L’AIR...

"Ça ne me gêne pas qu'on me traite de fou, c'est gratifiant.” Le timbre est posé, le t-shirt noir et le regard décidé. Si Ludovic Lazareth n’a pas l’allure déjantée du Doc qui transporte Marty McFly dans le futur, son cerveau bouillonne certainement autant. Depuis l’adolescence, il en sort de drôles d’engins, dont un aéroglisseur, avec des moteurs de tondeuse à gazon, pour traverser le lac : “j’étais feignant, pas du tout sportif, il fallait trouver n’importe quel moyen de propulsion...” Le corps au ralenti, mais l’esprit à plein régime, il pousse donc dans le garage familial, entouré de modèles réduits, de mobylettes et de l’Austin Mini que sa mère laisse pourrir pour qu’il y fasse ses premières armes. Il la restaurera entièrement pour ses 18 ans.

AU FUR ET À DÉMESURE

Petit génie de la mécanique, il en fait évidemment son cursus, en s’accordant ensuite un détour par l’école du constructeur suisse de prototypes et de concept-cars Franco Sbarro, puis en participant, au sein d’Aixam, à la conception de la 1ere MegaTrack, la voiture de la démesure. Prototypes, démesure... la tendance de Lazareth pour le hors-norme a trouvé de quoi carburer. En 1998, quand il lance sa propre entreprise, il part donc pied au plancher sur une route qu’il balise lui-même, laissant libre cours à son inspiration : “J’ai toujours fait les choses en imaginant ce que serait le futur de l’auto et de la moto, j’aime la spéculation sur les véhicules d’avenir et les séries limitées.”

LA MÉCANIQUE DU CŒUR

Résultat ? Des silhouettes puissantes, un brin agressives, dont il dessine le squelette au fil de fer, “comme les carrossiers d’antan” et auxquelles il associe les moteurs qui l’ont envoûté. “J’aime les femmes, mais mes histoires ne durent pas. Ma passion pour la mécanique est dévorante, elle occupe mon esprit et toutes mes journées, de 5h15 à 20h : je suis habité par ce que je fais, c’est ma façon de vivre... Par contre, je peux tomber amoureux de la sonorité ou de l’esthétique d’un moteur.” Comme le V12 de la Jaguar XJ6 de son oncle, qu’il a replacé, il y a 20 ans déjà, au cœur d’un Hot Rod - voiture de collection américaine d’avant-guerre restaurée et tunée - ; ou plus récemment, ce moteur V8 Maserati, posé sur une chaise chez son ancien maître Sbarro, dont la partie supérieure ressemblait à un réservoir de moto. Un véritable coup de foudre. Il a donc acheté 12 voitures complètes, “c’était finalement plus facile de les démonter pour récupérer les pièces” et greffé leur moteur sur sa LM 847, une moto pendulaire à 4 roues - assemblées par 2 à l’avant et à l’arrière.

CINÉMA-TIQUE*

*partie de la mécanique qui s’intéresse au mouvement

Tous homologués pour la route, ces hybrides uniques, monstrueux par leur taille et leur anormalité, ne sont ni tout à fait Mad Max, ni vraiment Batman, mais vous y font penser. Et le cinéma les a repérés. En se baladant sur un Salon du Tuning, Matthieu Kassovitz caste donc les engins de Lazareth pour son film de science-fiction Babylon A.D. (2008) : 13 véhicules, dont un quad que les cascadeurs refuseront de conduire, c’est donc le constructeur lui-même qu’on voit à l’écran. Il réalise également des modifications sur les véhicules de Taxi 4, intervient sur le Sky Jet de Valérian, puis sur la berline incontrôlable de A fond, avec José Garcia et André Dussolier.

 

YES, WE (BÉ)CAN

Mais celle qui pourrait être un personnage de film à part entière, c’est sa dernière folie, sa dernière lubie, la LMV 496, sa moto volante. Construite à 5 exemplaires seulement, elle est immatriculée, roule à l’électricité, se penche dans les virages comme tout deux-roues qui se respecte, mais... se transforme en quadricoptère pour s’élever dans les airs ! Imaginée sur le modèle de la moto pendulaire, ses 4 roues, équipées en leur centre de turbines, basculent de la verticale à l’horizontal pour cracher une puissance totale de 1300 chevaux !

“Pour la faire décoller, il aurait fallu aussi de l’électricité et des hélices, mais comme je suis passionné par la sonorité des moteurs, on a opté pour des turbines de modèles réduits. Quand on les a mises en route, avec le sifflement, j’ai eu des frissons, les poils dressés sur la peau, c’était incroyable ! Jamais je n’avais vécu ça avant, c’est comme un jet privé au décollage, avec un son super aigu, dont on sent le souffle à 10 mètres.” La machine a donc déjà décollé, mais en mode téléguidé et stationnaire pour le moment, elle attend encore textes de réglementation et autorisations pour passer à l’étape supérieure : le transport de personnes. “Mais la suite n’est qu’une question de temps, on ne peut pas ne pas y arriver”. Elle sera, quoi qu’il en soit, le clou du spectacle d’un des plus gros salons de l’innovation, aux Emirats Arabes à l’automne prochain.

LAZ’ARRÊTE ?

Et après ? “Je n’aime que la fabrication, après ça ne m’intéresse plus. Bien sûr j’ai la sensibilité du fonctionnement de la machine, je suis très attentif au bruit, à la moindre vibration, mais je ne le fais plus par plaisir.” Plusieurs accidents de moto, dont un très violent, ont émoussé sa passion pour le pilotage, mais pas son envie de repousser les limites. Le quinqua réparé n’est pas rassasié. Ses modèles se nomment Elon Musk, le fondateur de Tesla, ou Franky Zapata, qui vient de tra- verser la Manche sur son Flyboard Air, et il se verrait bien tenter la fabrication d’un sous-marin de poche amphibie, sur la base d’une voiture. Ça vous paraît impos- sible ? Alors il le fera.

http://lazareth.fr

Cédric Collao