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femmes
made in pays-bas

par Béatrice Meynier - 22 juin 2018

les pays-bas un modèle du genre

Sur l'échelle des droits des femmes, les Pays-Bas sont plutôt en haut. Esprits pragmatiques et carrés, les Hollandais veillent au respect des libertés et font en sorte que ça tourne rond entre les filles et les garçons.

Dénicher des dérives sexistes sur le territoire hollandais s'avère un peu compliqué... Et ce n'est pas Belinda, installée en Savoie depuis 2003, qui le contredira !

Née il y a 42 ans dans une petite ville proche d'Amsterdam, elle a eu le temps d'apprécier la position des femmes dans la société néerlandaise. Un père dans les finances, une mère au foyer comme cela est courant à l'époque, deux sœurs aînées ; des vacances d'hiver dans les montagnes françaises, et une enfance éclairée par un séjour de trois ans sur l'île de Curaçao dans les Caraïbes. Au retour, la vie reprend son cours, jusqu'au divorce des parents lorsque la petite a dix ans. Un père loin du foyer, il faut apprendre à se débrouiller...

D'âme artiste et vagabonde, l'adolescente se projette aux Beaux-arts ou rêve d'être hôtesse de l'air. Sous l'impulsion maternelle, ce sera finalement la «sécurité d'un vrai métier» promise par un cursus en école de comptabilité. “L'enseignement aux Pays-Bas est réputé pour sa qualité et facile d'accès. Il y a par exemple diverses formules qui permettent aux femmes d'étudier à domicile pendant qu'elles sont mères au foyer. Cela leur donne plus de liberté et davantage de perspectives d'évolution professionnelle ensuite”, souligne Belinda.

Belinda Martin

LES INÉGALITÉS EN HOLLANDE : PAS DE QUOI EN FAIRE UN FROMAGE !

A l'issue de ses études, la jeune femme intègre un cabinet d'expertise comptable. Même dans cet univers empreint de masculinité, elle ne perçoit pas de traitement inégalitaire: “Aux Pays-Bas, les femmes peuvent avoir la même place que les hommes. Il y a sans doute moins de femmes à des postes élevés, surtout dans les grosses entreprises. Mais je pense que c'est plutôt dû au fait que beaucoup de ces emplois s'obtiennent par réseau, en particulier grâce aux relations nouées dans le cadre d'associations étudiantes qui sont majoritairement composées de garçons. Je reste persuadée qu'en étant volontaire, on peut tout à fait évoluer professionnellement quel que soit son sexe”.

Mais elle, Au final, c'est «le ciel» qui l'appelle ! Belinda endosse pour quelque temps l'habit d'hôtesse de l'air, puis effectue des missions d'intérim le temps de rejoindre sa sœur installée en Tarentaise.

A son arrivée dans l'hexagone, la pétillante Hollandaise travaille dans le domaine du tourisme et du ski. Et se heurte au machisme. “Ici, j'ai vraiment ressenti du sexisme, l'impression d'être moins bien considérée et traitée, uniquement parce qu'on est une femme. La seule fois où j'avais constaté une forme d'injustice dans ce domaine aux Pays-Bas fait plutôt sourire : quand j'étais hôtesse de l'air, on avait une prime sur nos salaires pour acheter des bas. Elle était égalitaire, donc identique pour les hôtesses et les stewards qui eux n'avaient pas ce besoin ! Je ne trouvais pas ça normal, mais ça n'a rien à voir avec ce à quoi j'ai été confrontée en France”

MÈRES AMÈRES ?

Le destin conduit pourtant Belinda à rester en Savoie. Après sa rencontre avec Grégory, elle donne naissance à un premier garçon en 2005, puis un deuxième en 2007. Durant quelques années, la jeune femme travaille dans l'entreprise de son mari. Il y a 5 ans, Belinda Martin quitte son emploi et se consacre à sa famille (agrandie avec une petite fille en 2014). Un schéma caractéristique de son pays d'origine ? C'est en tout cas ce que peuvent laisser penser les statistiques. Les Néerlandaises sont en effet celles qui travaillent le moins en Europe : 77% sont à temps partiel (31% en France). Certaines théories évoquent une pression sociale poussant les femmes à abandonner leurs ambitions professionnelles dès qu’elles deviennent mères. “Pas du tout !” s'exclame Belinda. “Cette situation résulte surtout du coût élevé des crèches qui sont privées (NDLR : de l'ordre de 1500 € par mois). Et il y a aussi beaucoup d'hommes qui travaillent moins pour s'occuper de leurs enfants.”

Des mâles parties prenantes dans la lutte contre les inégalités ? “Bien sûr que les hommes ont un rôle à jouer dans l'égalité entre les sexes. Mais je pense que ce sont les femmes qui ont vraiment le pouvoir de faire changer les choses. Car ce sont quand même elles qui élèvent majoritairement les enfants, et qui peuvent éduquer leurs petits garçons dans le bon sens...”. Pour que les femmes ne soient plus sans fin au four et au moulin...

EN CHIFFRES

> Le droit de vote a été accordé aux femmes en 1919 (1944 en France).

> Entre 1980 et 2013, les Pays-Bas ont été dirigés par une femme, la reine Béatrix.

> Le Parlement néerlandais compte 40% de femmes.

> L'écart de rémunération entre les hommes et les femmes aux Pays-Bas est estimé à 16% (Donnée Eurostat 2016. Cette statistique concerne les entreprises de plus de 10 salariés et ne prend pas en compte certains secteurs d'activités).

> Aux Pays-Bas, le délai légal pour l'avortement est de 22 semaines (12 semaines en moyenne en Europe).

> Le pays vient de se doter d'une nouvelle loi contre le harcèlement de rue. Ceux qui suivent, sifflent ou harcèlent une femme dans la rue pourront avoir une amende s'élevant jusqu'à 4100 €.

> En 2001, les Pays-Bas sont les premiers au monde à avoir reconnu le mariage homosexuel.

> En 2017, les Néerlandaises sont descendues dans la rue et ont mené des actions devant les urinoirs pour dénoncer le manque de toilettes publiques adaptées aux femmes ! (A Amsterdam 35 pour les hommes contre 3 dédiés aux femmes).

Photos : Guillaume Desmurs