toi+moi+eux

nichons
ni soumises

par Mélanie Marullaz - 22 juin 2018

te-nue de combat

Le nu est une arme de communication massive. Quand il s’agit de vendre du parfum ou de la bière, la nudité féminine est donc globalement tolérée. Mais quand une femme fait de son corps un étendard, de sa poitrine un dra-peau, elle est rapidement et parfois même violemment, invitée à se rhabiller.

27 avril 2017, Conseil Municipal de Genève. Depuis plusieurs mois déjà, Ariane Arlotti, représentante d’Ensemble à Gauche, dénonce la réduction des financements que subit la culture en arborant un t-shirt «Culture en lutte». Ses adversaires et le président lui ont régulièrement demandé de le retirer, elle finit donc par le faire voler, une fois cette séance de printemps achevée, la salle se vidant, pour dévoiler le même message écrit sur sa poitrine. Le vêtement atterrit sur les bureaux du Conseil Administratif, elle le récupère sous les drapeaux. La scène est immortalisée, élus, hommes et femmes, crient au scandale. “La photo est sortie dans la presse et ça a eu le même effet que si je l’avais fait en séance plénière. Mais pourtant, ce qui était scandaleux, ce n’était pas mes seins, mais les coupes budgétaires!”. Les uns ont pourtant fait parler des autres.

“L'effet de contradiction entre la douceur du corps féminin et son utilisation comme une arme crée un effet de surprise toujours utile pour attirer l'attention”, analyse Christophe Colera, chercheur indépendant, auteur de «La Nudité, pratiques et significations». “D’autre part, l'exposition de la nudité féminine dans une revendication est saluée comme une revanche des «dominées» qui se réapproprient leur liberté face à un ordre patriarcal qui les réduisait, par le passé - et encore de nos jours avec le harcèlement sexuel -, au statut d'objet.”

MESSAGE PEAU-LITIQUE

Aujourd’hui, le nu revendicatif est indissociablement lié aux Femen, le mouvement né en 2008 en Ukraine. Pendant les deux premières années, militantes «classiques» et habillées, ces féministes à fleur de peau ne sont pas entendues. Elles se radicalisent alors et enlèvent leurs t-shirts. “C’était notre réponse : si je suis nue aujourd’hui, ce n’est pas une nudité passive, mais active, qui n’a pas vocation au plaisir, mais à l’agression, qui n’est pas pour les hommes, mais contrôlée par les femmes”, explique Inna Schevchenko quelques années plus tard. “C’est un uniforme politique, qui envoie un message pour dire que je suis libre, que je lutte pour cette liberté. C’est mon arme pacifique.” Malmenées, voire tabassées, jugées pour blasphème ou exhibition sexuelle, les réactions que suscitent les Femen, elles, sont rarement pacifiques.

DANS LE CORPS DU TEXTE

Support du message pour certaines, le corps en est, pour d’autres, l’objet. Si, autour du 26 août, journée de l’égalité des femmes, les militantes GoTopless défilent sans le haut, c’est justement pour revendiquer le droit de déambuler torse nu. “Aussi longtemps que les hommes auront droit d’être topless en public, les femmes doivent pouvoir le faire aussi”, résume Lucie Barathieu, coordinatrice genevoise du mouvement GoTopless suisse. “Il y a, derrière, l’idée que les femmes aient plus de pouvoir, qu’il y ait un équilibre entre le féminin et le masculin.”

Mais alors que la nudité engagée s’interdit d’être sexy, le mannequin Emily Ratajkowski rebat les cartes. Elle poste régulièrement, sur les réseaux sociaux, des clichés de sa plastique parfaite en exhortant les femmes à se réapproprier leur corps et leur sexualité. Et là, étonnamment, personne ne lui demande de se revêtir…

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