toi+moi+eux

parent thèse

par La rédaction - 11 sept. 2019

éduquer n'est pas dresser

« ATTENTION, JE COMPTE JUSQU’À 3, ET ÇA VA TOMBER ! » OUH LÀ... MALHEUREUSE ! DEPUIS LE 2 JUILLET DERNIER, AU MOMENT MÊME OÙ LA MAÎTRESSE EN MAILLOT DE BAINS RENDAIT SON TABLIER ET NOS ENFANTS AU PORTAIL, LA « LOI ANTI FESSÉE » (INTERDISANT TOUTES VIOLENCES ÉDUCATIVES ORDINAIRES) EST PASSÉE EN FRANCE, 40 ANS TOUT DE MÊME APRÈS LA SUÉDE... OPPORTUNISTE, LA PAREN- TALITÉ POSITIVE FAIT SON COMING OUT. ALORS NOUS Y VOILÀ !!! IL FAUT DONC ÊTRE POSITIF AVEC SES ENFANTS... EUH... TOUT LE TEMPS????

Allez, avouez : vous avez sûrement vécu cette scène, vous aussi : mon enfant de 5 ans reste scotché devant le rayon des jouets au supermarché et réfléchit à la stratégie qu’il va adopter pour m’obliger à lui acheter la dernière toupie Beyblade. Son plan est diabolique, il ira jusqu’a hurler, se rouler par terre, s’accrochant à la gondole comme une moule à son rocher.
Cette situation, mon grand-père ne l’aurait certainement pas vécue. Non seulement car à son époque, les toupies Beyblade ainsi que les rayons des supermarchés n’existaient pas, mais aussi car son enfant (en l’occurrence mon père) n’aurait jamais osé se comporter ainsi de peur d’affronter des représailles trop sévères et douloureuses.
Dans ce cas de figure, ma mère aurait usé de la stratégie du haussement de ton, des gros yeux et fini par une menace bien pesée. Et comme il est encré dans ma mémoire qu’on ne discute pas les ordres des adultes, j’aurais probablement lâché mon rayon et remis mon envie de toupie à plus tard.

LA FESSÉE CONSIGNÉE, ET DU COUP... ?

Et moi, dans cette situation, je fais quoi ? Comme certaines choses importantes de la vie, élever ses enfants n’est pas enseigné à l’école. Pas plus qu’apprendre à se connaître, à changer, à aimer, à développer sa curiosité, prendre soin de soi, des autres, bien utiliser son temps... Nous sommes donc tous en la matière des autodidactes et ne partons pas égaux dans l’aventure. Notre histoire personnelle et l’éducation que nous avons reçue sur lesquelles nous avons fondé nos croyances et nos peurs vont bien sûr peser.
Et ce ne sont pas les conseils de tata Jacqueline ou des bonnes copines qui vont clarifier le débat : «tu devrais...», «tu ne devrais pas...», «les enfants, c’est comme ça !», «il ne faut pas l’habituer...», «il faut l’habituer...». Initiations rapides et contradictoires selon les interlocuteurs.
Mon instinct me pousserait bien à reproduire le modèle éducatif que j’ai reçu. Et pourtant, pour l’avoir testé, je sais bien que cela n’aura aucun résultat sur l’attitude de mon enfant. Et là, je vous le demande : pourquoi mon dernier de 5 ans entre systématiquement dans une négociation digne du Brexit pour aller prendre sa douche ? Pourquoi, quand il s’agit de vider le lave-vaisselle, mon ado de 15ans trouve enfin l’énergie de se désincarcérer du canapé, mais pour fuir la cuisine ? Pourquoi mes enfants prennent les rayons du supermarché pour un terrain d’athlé jusqu’à finir sur une épreuve, encore non homologuée à ce jour, de lancer de boîtes de céréales ? Assortie inéluctablement du regard consterné d’une vieille dame : “Bravo la nouvelle génération de parents ! On ne sait plus qui commande de nos jours !”.

PAREN’PATHIE

Il semblerait qu’en une génération, notre société ait largement évolué. Nous sommes passés d’un modèle d’autorité verticale où les minorités obéissaient aux majorités, les élèves aux enseignants, les patients aux médecins, les salariés aux employeurs, les femmes aux hommes, les enfants aux parents -mais ça c’était avant...-, à un modèle plus horizontal où chaque décision génère remise en question et discussion, et ce, dans toutes les strates de la société. Quand, pour la dernière fois, nos enfants ont-ils vu un adulte obéir sans discuter à un autre adulte ?
«Tu obéis parce que c’est comme ça !», cette injonction ne leur parle pas ! Et c’est plutôt une bonne nouvelle. Car est-ce que je préfère que mon enfant m’obéisse au doigt et à l’œil, ou est-ce que je veux qu’il réfléchisse de lui-même, qu’il prenne confiance en lui, qu’il développe son sens des responsabilités, qu’il fasse preuve d’empathie ?
C’est là qu’intervient la parentalité positive. Loin d’être le berceau d’une éducation laxiste, cette approche éducative prend en considération le ressenti émotionnel de l’enfant et du parent. Atteindre le cœur avant la tête. Voilà toute la différence !!! Croyez-vous vraiment que votre enfant se soit levé ce matin avec l’idée de pourrir votre corvée de courses au supermarché ? Non, il a simplement eu cette envie soudaine de jouer avec cette toupie qui lui faisait de l’œil. Un peu comme quand vous passez devant ce pull en cachemire si craquant... La différence, c’est que vous avez acquis la capacité à vous raisonner et ne pas succomber au besoin immédiat de satisfaction. Le cerveau de nos enfants fait preuve d’une grande immaturité et il se retrouve dans l’incapacité à gérer les émotions qui viennent envahir tout son corps. Il est alors du rôle du parent de l’accompagner dans cette tempête émotionnelle.

TOUPIE OR NOT TOUPIE ?

Alors je fais quoi, moi, dans mon rayon de supermarché ? Pas de solutions magiques, ça ce saurait. Dans un premier temps, je peux commencer par respirer profondément et faire abstraction des autres clients, pour entrer en contact avec mon enfant. Avec un peu de chance, ma sérénité pourra être contagieuse. Je peux alors lui exprimer que je vois bien que cette toupie lui fait super envie. Je me mets à sa place, je valide son émotion, j’atteins son cœur. Je vais lui rappeler la règle que nous avions validée ensemble avant de partir faire les courses. «La liste, et uniquement la liste...». Je peux ensuite essayer de rediriger son attention sur autre chose en lui demandant de l’aide pour choisir les pâtes par exemple ou en lui soumettant l’idée de prendre une photo de la toupie pour qu’il puisse la demander à son anniversaire qui approche.
Bien évidemment, tout ceci risque de ne pas fonctionner la première fois... ni la deuxième. Mais c’est en lui offrant l’opportunité de s’entraîner à comprendre et à gérer ses émotions que vous pourrez avancer dans cette éducation bienveillante et ferme à la fois.
Qu’on se le dise, le parent parfait n’existe pas et bien heureusement. L’enfant parfait non plus d’ailleurs. Une famille idéale n’est pas une famille parfaite, c’est une famille connectée...

 

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Par Anne-Laure Bonny
La rédaction