toi+moi+eux

une sacrée bonne raison
de danser le slow...

par Emmanuel Allait - 16 août 2018

voulez-vous toucher avec moi ce soir ?

Depuis plus de 10 ans, le slow a déserté les platines. Finis les corps à corps dans la pénombre sur still loving you, place à «love me tinder». «le tactile s’efface au profit du virtuel», regrette le philosophe Bernard Andrieu, «notre société actuelle se touche de moins en moins». Pourtant, de nombreuses études le montrent, le contact corporel diminue le stress et l’agressivité. Exigeons donc, à corps et à cris, le retour du slow et du quart d’heure américain !

Cette danse langoureuse, parade sexuelle des baby-boomers ne fait plus recette chez les DJ, ou juste sous forme de blague, insérée par surprise dans un flow de beats à 120 bpm. Pourtant, pour plagier Léo Ferré, le slow, «c’est extra» ! Même Julien Doré s’y met : le 9 mars dernier, il a posté sur sa page Facebook un tuto pour apprendre à danser le slow.

300 SECONDES DE SLOW, ÉMOIS ÉMOIS ÉMOIS…

En fait, il est toujours dans les têtes à défaut d’être sur les pistes de danse. Jane Birkin raconte ainsi un jour à Match sa rencontre avec Serge Gainsbourg : “Je l’ai entraîné sur la piste de danse, et là tout intimidé, il m’a marché sur les pieds. Comme c’était charmant !”. L’empreinte (dans tous les sens du terme !) émotionnelle du premier slow reste donc indélébile, à l’instar de ces instants clefs qui structurent notre vie et s’ancrent dans nos mémoires, un premier baiser, une rencontre, un voyage... Interrogez vos proches ! La musique… - peut-être Aline de Christophe ou Dreams Are My Reality, le tube incontournable de La Boum - le cœur qui bat au moment de l’invitation, la tenue vestimentaire, le souffle, l’odeur, les mains moites sur les hanches... Eveil sexuel garanti pour le nul en danse ou une fille.

Et même si elle ne s’appelait pas Fernande, elle pouvait tout de même immédiatement percevoir les fermes intentions de son cavalier. Cette danse de contact à la technique ultra-minimaliste, donc accessible à tous - une évi/danse démocratique en somme -, permettait à chacun de se concentrer sur le moindre geste, dans une sorte de dialogue muet, les sens aux aguets. Une main qui descend plus bas que les hanches, une tête qui se pose sur l’épaule, le signe le plus infime pouvait être (mal) interprété. Avec une stratégie habile, le Graal tant espéré était à portée. “Sur le premier couplet, je lui effleure la nuque ; sur l’entrée de la batterie, je l’enlace ; sur le solo final, je lui roule un patin”.

 APRÈS DES ANNÉES DE PELLES ET DE RÂTEAUX, LE SLOW A FINI PAR S’ENSABLER. 

#BALANCETONSLOW

Mais après des années de pelles et de râteaux, le slow a fini par s’ensabler. Les adeptes du frotti-frotta en libre-service sont retournés s’asseoir. Qui est le «salow» qui a eu la peau du slow ? Non, Joe Dassin n’y est pour rien, même si son tube de 1979, «Le dernier slow», est étonnement prémonitoire. Plutôt la faute à une image hétéro-beauf, incarnée à merveille par Guy Bedos dans son sketch avec Sophie Daumier. “Pour une fois, j’ai pas hérité de la plus moche… vas-y Jeannot attaque, emmène-la au ciel…, je vais lui griffer le dos, elles adorent ça les chiennes!”. Une danse jugée ringarde, trop simple, sans intérêt donc ; le degré zéro de la danse justement, réservée aux losers. La faute aussi, plus généralement, à l’époque actuelle qui fuit les contacts physiques, et exacerbe l’individualisme jusque sur le dance-floor. La faute enfin aux nouveaux lieux de rencontre, Tinder, Adopt et autres Meetic, qui rendent inutile le rapprochement des corps en boîte. Swipe à gauche, swipe à droite, le râteau est moins douloureux à distance.

THE SLOW MUST GO ON !

Pourtant, remettre le slow «En Marche» devrait être aujourd’hui un impératif gouvernemental. Qu’attend Marlène Schiappa pour encourager une des rares danses dans laquelle hommes et femmes sont à égalité ? Point de guidage ou de technique sophistiquée ici, chacun peut prendre l’initiative. Et à l’heure où les démographes s’inquiètent du recul de la fécondité française, qui est passée de 2 enfants par femmes en 2014, à 1.8 en 2017, le slow, danse érogène et autoroute à hormones, ne serait-il pas l’outil idéal pour perpétuer l’espèce ?

Et puis, tout comme le service national qu’Emmanuel Macron a promis de rétablir, le slow est lui aussi un rite de passage émancipateur. Danser collé-serré fait passer le jeune de l’enfance à l’âge adulte. Il quitte ses Pokémon prépubères pour découvrir de visu les choses de la chair. Et que le Ministre des finances se rassure, onduler sur les mélopées sirupeuses et dégoulinantes des Platters ne coûte pas un radis, contrairement au service national !

Enfin, pour finir, ne serait-il pas judicieux, dans notre monde anxiogène, violent, où règne la compétition, et où notre cerveau est constamment assailli d’informations, de promouvoir d’autres valeurs, de détente, d’attente, de lenteur, de douceur, de sensualité ? Bref, pas la peine de faire un «dassin», il faut juste «un peu de tendresse au milieu du discoooooo !». Une vraie slow therapy !

© igor_kell / © IVASHstudio