toi mon toit

activ
pousse les murs

par Magali Buy - 18 juin 2020

sans dessous dessus

QUAND LA FAMILLE S’AGRANDIT, YANN ET JULIE NE FONT PAS LES CHOSES À DEMI. TOURNICOTI, TOURNICOTA, PASSE PAR ICI, REVIENT PAR LÀ, ON POUSSE LES MURS ET ON S’ÉTALE, SAINTE-FOY-LÈS-LYON JOUE AUX CHAISES MUSICALES !

Ils habitaient au centre de Lyon et voulaient un nouveau chez eux, plus au calme, mais proche de la capitale gone, question pratique, ça va de soi. Coup de cœur quand tu nous tiens, en 2009, ils tombent sur une maison de ville avec jardin, exiguë mais pleine de charme, du pisé, des pierres apparentes et des plafonds à la française, repaire parfait pour accueillir leur deuxième enfant dans les starting-blocks. Nec plus ultra, elle se situe au cœur des rues piétonnes et offre une vraie vie de village, intime et pittoresque, et ça, ça ne se refuse pas. 11 ans plus tard, d’opportunités en pochettes surprises, les pièces ont sacrément eu la bougeotte, voyez plutôt, ça dépote !

TOURNIS CÔTÉ

La quarantaine tout juste, la pro- priétaire pétille d’histoires à raconter. Depuis ses fourneaux et pendant que la blanquette mijote, elle me livre la partition d’une rénovation mouvementée. “Au départ, ça faisait à peu près 50 m2 au sol avec des combles. Une cuisine, 3 petites chambres sous les toits, on était 3, bientôt 4, ça nous allait très bien.” Le couple rafraîchit et mène sa barque, quand deux sauts de biche et trois pas chassés plus loin, le vent tourne, la maison s’agrandit, la tribu aussi : “On avait la possibilité d’acheter pour faire une extension et ça n’a pas été de tout repos ! Il y avait deux propriétaires, 3 notaires, c’était l’enfer. Ça a pris 2 ans, mais on y est arrivé ! En 2015, on a eu notre troisième enfant et racheté un corps de ferme qui tombait un peu en ruines, mitoyen, mais pas à la même hauteur que nous, et il a fallu surélever...” Ah... Parce que c’est biscornu en plus ?

DES HAUTS ET DÉBAT

Et oui, pour entrer chez Julie et Yann, il faut passer sous la maison et cra- pahuter pour toquer à l’entrée, le jardin est en haut. “Dans la rue, nous ne sommes pas comme tout le monde, notre rez-de-chaussée est le premier étage des autres !” Qu’à cela ne tienne, pour tout mettre à leur niveau et orchestrer les travaux, ils font appel à Aude Dumont, architecte et amie. Et en avant la musique. Fini le vide sous salon qui devient garage, une cuisine ouverte sur l’extérieur, une chambre sur cour et une petite piscine sont rajoutées sur mesure, c’est chamboule tout et un peu fou, mais quelle bouffée d’air frais. La maison prend ses nouveaux quartiers et 60 m2 contemporains et aériens, autant de coins de vies à explorer en pagaille. Et si on valse et transvase d’un côté, de l’autre on fait quoi ?

DYADE AIME

Une fois l’extension terminée, le salon a pris la place de l’ancienne cuisine et il était trop grand !!! Il fallait cloisonner. En 2018, on a eu un 4e enfant, on a rebondi et on s’est dit qu’avoir une chambre supplémentaire serait parfait.” Sur conseil d’amis, ils contactent Luce et Annabelle, architectes d’intérieur pour Dyade Atelier à Lyon. Le cahier des charges est simple, il faut un séjour avec bibliothèque, une cheminée, une suite parentale avec dressing et ouverte sur le jardin, le tout assorti au reste, à la bonne heure ! Facile, non ? “Nous avions environ 55 m2 pour tout faire, dans la lignée de ce qui avait été réalisé, une esthétique contemporaine et un esprit famille indispensable”, explique Luce. “Avec Annabelle, nous avons tout repensé et décidé de garder les tasseaux en chêne massif comme fil d’Ariane. Le matériau était déjà très présent dans la maison, dont la cuisine, où Julie et son petit monde passent beaucoup de temps.” Fil conducteur tout trouvé, les filles jouent au petit poucet, c’est raccord, aucun doute. La salle à manger est supprimée au profit de la chambre, le salon, plus petit, trouve enfin ses marques, le tandem peut passer à la vitesse supérieure et donner le ton.

BRIC À BRAC

Du bleu nuit pour le coin banquette, de l’imitation Terrazzo vert foncé dans la salle de bains parentale, clair obs- cur et profondeur sont à l’ordre du jour de cette rénovation. Optimisation des espaces et demi-niveaux, miroirs en fer noir et vasques en quinconce, plafonds rabaissés pour l’intimité, Annabelle et Luce se sont remuées les méninges pour mixer rationnel et élégance, modernité et ambiance rétro déco, sans en faire trop. Et pour la bibliothèque en cloison trompe l’œil, c’est la même chanson : “on a fait quelque chose avec plein de niches pour permettre aux propriétaires de caser leurs objets chinés. Il y a de vieux instruments médicaux rouillés, une chouette, un S patiné, plein de petits clins d’œil clairsemés. Les livres sont choisis, les photos aussi, tout raconte une histoire.
Parce que Julie et Yann sont comme ça, amoureux des choses simples et authentiques, sensibles à l’insolite qu’ils s’amusent à dénicher un peu partout. Enfilade dans son jus, toile du peintre lyonnais Jean Noël Bachès, lampe Pipistrello, chaise à bascule orange ou bonbonne vintage, dans cette maison où les feutres trônent dans une boîte à outils, ça bouge, ça grandit et y’a de la vie, et si on n’était pas au bout de nos surprises ?

photos : sabine serrad