toi mon toit

arcadeur, bornes pas si vieux jeu

par Mélanie Marullaz - 16 avr. 2019

bornes to be alive

“HÉ, MAIS C’EST PAC MAN ! ET V’LÀ SONIC ! ET ÇA, CE NE SERAIT PAS LES DEUX BARRES BLANCHES DE PONG ?” DANS « RALPH 2.0 », SI NOS REJETONS NE VOIENT QU’UN DÉFILÉ COLORÉ DE PERSONNAGES ANONYMES, NOTRE ŒIL NOSTALGIQUE, LUI, TRAQUE LES RÉFÉRENCES AUX JEUX D’ARCADE DE NOTRE ADOLESCENCE. UNE ÉPOQUE DONT NICOLAS PAULME ET LIONEL CLAMENS, D’ARCADEUR, RAFRAÎCHISSENT LES PIXELS.
Nicolas Paulme et Lionel Clamens

Au fond des bars ou dans les salles dédiées, on s’est énervé sur les joysticks de ces imposantes bornes de jeux électroniques, on a laissé des kilos de monnaie dans leurs entrailles et perdu plusieurs centaines de vies virtuelles !
Dans la vraie vie, Nicolas Paulme, lui, n’a pas encore l’âge requis quand il commence à fréquenter la 1ère salle de jeux d’arcade d’Annecy, à Novel, juste au-dessous de chez sa grand-mère. Au même moment, dans le sud de la France, c’est dans les fêtes foraines, où il traîne, que Lionel Clamens enchaîne les bornes. Jusqu’au jour où le Père Noël dépose, devant sa télévision, la console Sega Saturn et son panel de jeux principalement adaptés de ces mêmes bornes d’arcade… Plus besoin de sortir de chez soi pour enchaîner les prises de Kung Fu. On est en 1995, et la déferlante des consoles de salon sonne la fin de partie de leurs cousines d’arcades. En 10 ans, plus de 90% des salles de jeux disparaîtront, emportant avec elles tout un pan de la culture gaming…

Un œil dans le rétro

Ou presque. En 2017, après avoir, entre autres, travaillé pour le même fournisseur helvétique de télévision à la demande, l’un en tant que développeur, l’autre au marketing, Lionel Clamens et Nicolas Paulme se retrouvent à l’occasion d’une soirée déguisée sur le thème des années 90 : Nicolas sous les traits de Tortue Géniale, le vieux maître pervers de Dragon Ball, et Lionel en Luigi, l’acolyte de Super Mario. Leur passion commune pour les personnages et les jeux vidéo de leur enfance fait tilt. “J’ai racheté presque toutes les consoles sur lesquelles j’ai joué, et même une vieille télé à tube cathodique pour pouvoir les brancher, confesse Lionel. Les jeux de maintenant sont très réalistes, comme les dessins animés, alors que ceux-là sont moins froids, et puis, on y a passé tellement de temps... ” Tout imprégnés de cette tendance rétrogaming, les deux trentenaires décident donc de se lancer ensemble pour décliner leur nostalgie côté design, en redessinant des bornes de jeux vidéo. Ou comment faire d’une madeleine de Proust un élément de déco.

Ça déplace les bornes !

C’était un peu fou, on n’avait jamais créé de produit avant, il nous a fallu un an pour affiner le dessin et trouver les bons fournisseurs, raconte Nicolas. Pas facile quand on est jeune, que notre structure n’est pas encore connue et qu’on demande de petites quantités…” Pour la coque, un spécialiste de l’usinage bois à Thônes finit par leur faire confiance, les vitres et plaques métalliques sont fabriquées à Cran-Gevrier, et les stickers à Pringy. Le local s’impose comme une évidence dans leur logique de production, seuls les composants électroniques viennent du Japon, rare pays où les salles d’arcade survivent. Nicolas et Lionel, eux, ont imaginé les formes de leur borne, qu’ils veulent plus étroite que les modèles d’origine, plus faciles à caser. Ils en assemblent le caisson, le personnalisent et configurent toute la partie informatique dans leur atelier de Rumilly.
En octobre 2018, ils branchent donc leur 1er prototype, qu’ils déclinent ensuite en « Bartop », à poser, comme son nom l’indique, sur un bar ou sur un meuble. Une petite touche du siècle dernier, prête à se nicher dans le salon de quadras un peu geek ou dans la salle de repos d’une start-up branchée, dont ils sortiront bientôt une version table basse. En attendant, si Nicolas et Lionel vivent encore sur leurs économies, le temps de laisser leur entreprise décoller, ils envisagent d’ouvrir, pourquoi pas, une boutique, et surtout de pouvoir, d’ici 2020, se verser un salaire.

Tougui or not Tougui ?

Dans leur catalogue pour le moment, deux modèles de bornes au design customisable en fonction des envies : stickers trois bandes latérales - la signature de la marque -, façades simili bois, ambiance pop’art ou super-héros, grâce aux visuels conçus par le graphiste et illustrateur annécien Tougui - Nicolas et Lionel voudraient d’ailleurs multiplier les collaborations avec des street-artistes - .
A l’intérieur de chaque borne, plus de 1800 jeux, dont les légendaires Pac Man, Street Fighter, Space Invader ou Donkey Kong… Leurs éditeurs ayant souvent mis la clé sous la porte, ces licences ne sont plus exploitées commercialement aujourd’hui. Mais un gigantesque travail d’archivage mené par les internautes depuis le déclin des salles de jeux a permis de ressusciter tous ces classiques du joystick en version « émulées », compatibles avec les systèmes actuels d’exploitation. “Ce sont les mêmes graphismes, la même jouabilité, mais aussi les mêmes boutons, précise Nicolas, on a vraiment joué sur la nostalgie, parce qu’on sait que, presque plus que les jeux, c’est l’objet en lui-même que les gens aiment”. Pour l’arcade, le game n’est donc pas over…

 

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