toi mon toit

dessine-moi un carton, designer lumineux

par Victoire Barrucand - 13 avr. 2019

ça carthônes !

AU RALENTI - SOUVENT ! - À L’ENTRÉE DE THÔNES, ON REGARDE D’UN ŒIL DISTRAIT LES ENSEIGNES HISTORIQUES DE SA ZONE ARTISANALE. AH TIENS, C’EST NOUVEAU ÇA ? « DESSINE-MOI UN CARTON ». A Y REGARDER DE PLUS PRÈS, IL S’AGIT DE LUMINAIRES... MAIS ALORS, OÙ EST LE RAPPORT ?

A 60 ans, Pascal Leclair peut affirmer, sans se vanter, qu’il a eu plusieurs vies... Celle d’avant, qui le voit à la tête de plusieurs enseignes d’optique, d’Annecy à La Clusaz. 30 années consacrées aux verres, qu’il a consommés sans modération. Puis celle d’après, au lendemain d’un sale pépin de santé qui a failli le mettre hors champ. Il n’en sort pas plus fort, mais libre : les lunettes aux oubliettes, et du temps pour faire ce qui le branche.

CARTON PLEIN

Pascal est bricoleur, et ça depuis toujours. Môme très imaginatif, il bidouille tout ce qu’il trouve dans la maison : crée un jeu de lumières avec un métronome ou un circuit auto. Puis, le gamin devient homme et comme beaucoup ici, c’est le bois qu’il affectionne, qu’il façonne au gré de son temps pour décorer ou équiper ses boutiques. “Et un jour, en touchant du carton, comme un flash, j’ai imaginé en faire des meubles. Et je me suis dit, «tiens il faudra que j’apprenne ça, un jour... ». J’ai toujours été très curieux.” Qu’à cela ne tienne, Pascal s’inscrit à un stage et sème ensuite ici et là des présentoirs pour ses lunettes, de la déco, de l’agencement...
“Il y 2 ans, quand j’ai arrêté mon activité pro, j’ai réfléchi à ce qui me ferait plaisir pour remplir mes journées. J’ai foncé dans le bois et le carton, pour créer des objets qu’on n’a jamais vus.” Pascal se projette dans un nouveau boulot. S’il n’est pas question de faire des meubles - trop long, trop cher, trop compliqué - il se voit bien s’amuser avec des luminaires. Aujourd’hui, c’est l’essence de ses journées.

CUISINE LOCALE

Au début, Pascal se débrouillait pour trouver la matière première à droite à gauche. Cela exigeait beaucoup de préparations, les qualités étaient disparates et pas toujours adaptées à son matériel de découpe. “J’ai réalisé que j’avais, à côté de mon atelier, à l’entrée de Thônes, 2 endroits top, le carrossier Roy, et bien sûr Mobalpa. Aujourd’hui, c’est eux qui me fournissent en cartons - une super qualité -, et en chutes de bois utilisées pour les fonds de placards. On a un relationnel extra, c’est vraiment sympa de bosser avec eux”. De la récup’ et on ne peut plus locale, une initiative lumineuse !
Pascal imagine, découpe, colle dans l’atelier qui jouxte le showroom. D’un produit fini naît une nouvelle idée. D’ailleurs, il ne fait pas 2 fois les mêmes choses ou si peu. Ce qu’il affectionne, c’est plutôt le sur-mesure, répondre à des attentes un peu particulières, pour un restaurant, un décorateur... “Je fabrique des pièces uniques. D’ailleurs, quand un client rentre, s’il flashe sur un de mes luminaires, il repart avec. Il sait qu’il n’y en aura sans doute pas un deuxième !”. Effectivement, ses suspensions diffèrent par leurs tailles, leurs formes. Il y ajoute une finition, une poudre de cuivre ou d’acier, ou encore du tadelakt qui apporte de la richesse à l’objet. Toutes diffusent une lumière très douce, filtrée par les alvéoles du carton et créent une ambiance chaleureuse. Suivant la taille, 7, 15, 25 plaques sont nécessaires pour créer la hauteur. Certains modèles font plus d’un mètre de diamètre ! S’il voit grand, Pascal pense aussi aux petits modèles : lampes à poser, lumières d’appoint.

Du concept rond, Pascal décline aussi des cache-pots de toutes tailles, et plus récemment des jarres. A l’étonnement manifesté par la présence de l’eau, il réplique “le carton ne craint pas l’eau, il suffit de le laisser sécher sans y toucher pour ne pas le déformer. Je travaille avec pas mal de fleuristes et ça se passe très bien”.

Lumineux !

 

http://facebook.com/dessinemoiuncarton

Martin Tayol