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genève beach

par Mélanie Marullaz - 16 avr. 2019

vamos à la playa des Eaux-Vives

SONNEZ CABAS, RÉSONNEZ CLAQUETTES ! UN PEU PLUS DE 2 ANS APRÈS LE DÉBUT DES TRAVAUX, CET ÉTÉ, LA PLAGE DES EAUX-VIVES, À GENÈVE, ACCUEILLERA VOS SERVIETTES. ET QUAND LA CITÉ DE CALVIN ENFILE SON MAILLOT DE BAIN, ELLE NE DONNE PAS DANS LE MENU FRETIN...

Sur le dos un gilet jaune qui n’est le signe d’aucune revendication, sur la tête un casque bleu qui n’émane d’aucune force de maintien de la paix ou de protection, nous sommes une petite dizaine, cet après-midi de mars, à franchir le mur d’enceinte du chantier de la plage des Eaux-Vives, pour l’une des dernières visites publiques du site. Dans quelques semaines, juste après le solstice d’été, il ouvrira ses berges à qui voudra nager ou se faire bronzer, aboutissement de plus de 10 ans de concertation, de revirements et de négociations.

PETIT PROJET DEVIENDRA GRAND

C’est en effet en 2008 que notre guide, Franck Pidoux, chef de projet au Service cantonal du lac, de la renaturation des cours d’eau et de la pêche, a vu atterir sur son bureau la demande du conseil d’Etat : il s’agissait non seulement de créer un nouvel espace de loisirs pour les Genevois, mais aussi de déplacer les dériveurs qui encombrent actuellement les quais marchands, de relocaliser les cabanes de pêcheurs, en très mauvais état, et d’agrandir le port de la Société Nautique - de 600 à 1000 places d’amarrage. Si, au passage, il était également possible d’y prévoir des pontons pour les gros bateaux afin de libérer la rade et les alentours du jet d’eau... bingo. Un petit projet, quoi.

LAC’MOI LES BERGES

Après des centaines de réunions, un dépôt de permis et l’adoption d’une loi budgétaire, une première procédure d’autorisation, lancée entre 2010 et 2011, fait l’objet d’un recours du WWF. L’ONG environnementale dénonce la trop forte emprise sur le lac que représenterait le parc, prévu sur une zone à remblayer entièrement, entre la plage et les quais. L’Etat de Genève doit donc revoir sa copie : le parc sera remplacé par une lagune, séparée des quais par une zone naturelle composée de 6000m2 de roseaux et un plan d’eau. Une solution qui permet de réduire les remblais de moitié. “Nous avons aussi dû prouver que nous avions choisi le bon emplacement pour cette plage, complète Franck Pidoux, par rapport à sa distance de l’hyper-centre (ndlr : 15 minutes à pied), la vitesse du courant (ndlr : inférieure à 6 cm/seconde, histoire d’avoir le temps de rattraper son enfant dérivant sur sa licorne gonflable), et le renouvellement de l’eau (ndlr : en 12h, pour assurer des conditions d’hygiène conformes).” Il a également fallu penser un schéma directeur du lac, qui n’existait pas, afin d’en planifier les différents aménagements, au sein desquels celui-ci s’inscrirait. Puis faire « remblais honorables », soit assurer la traçabilité et l’optimisation des 100 000m3 de matériaux utilisés pour remplir, boucher, renflouer, faire avancer la terre sur l’eau : pas de déchets nocifs évidemment, provenant, en outre, de chantiers situés à moins de 10 km. La terre végétale, par exemple, vient tout droit du terrassement des Communaux d’Ambilly à Thonex.

Roselière plage des Eaux-Vives ©Archigraphie.ch

VIEUX PIEUX

En janvier 2017, tous les drapeaux sont enfin verts, les travaux débutent immé- diatement. Pour se confronter à d’autres difficultés. D’ordre archéologique par exemple. En 2008, déjà, le site du plon- geon avait dévoilé les vestiges de mai- sons sur pilotis datant de la fin de l’âge de bronze. 3000 pieux vieux de 3000 ans -ce n’est pas un exercice d’articulation- en avaient été extraits. Au printemps 2017, on retrouve leurs voisins, encore plus anciens (5000 ans) au large de Baby Plage -la seule partie ensablée des Eaux-Vives, déjà existante, dont la surface sera doublée avec la construction de la nouvelle plage.
Surviennent ensuite quelques problèmes de... savoir-faire. Le 1er épi -il y en aura 4 au total, avancées enrochées recouvertes de dalles de pierres, permettant d’étendre sa serviette au sec- s’affaisse gentiment. “On ne construit plus sur le lac depuis 100 ans, sourit Franck Pidoux, on ne sait plus faire ! Nous sommes donc allés rechercher des plans remontant au début du XXème siècle. Il y en avait d’ailleurs une autre série, dessinée quelques années plus tard. A l’époque déjà, ils avaient certainement dû s’y reprendre à deux fois.”

visuel indicatif de la plage des Eaux-Vives ©Archigraphie.ch

A L’EAU ! (COMME MA CHUTE ?...)

Malgré tout, le chantier tient ses délais. Le 22 Juin prochain, le projet ne sera pas finalisé dans sa globalité, mais on pourra déjà profiter de la plage de graviers, de sa bande enherbée de 30 mètres et de sa zone de baignade publique, donc gratuite et non surveillée, longue de 400 mètres. Il faudra ensuite laisser aux roseaux, aux sanitaires et au restaurant le temps de pousser -ouverture prévue au printemps 2020, pile en face du quartier des Nations Unies, avec vue sur la Rade et le Jet d’eau, sa terrasse devrait vite devenir un incontournable genevois du brunch dominical-. Point final prévu à horizon 2021 avec l’ouverture de la Maison de la Pêche composée de cinq cabanes de pêcheurs et d’une écloserie, entièrement consacrée au menu fretin, celle-ci !
(ndlr : ben oui, menu fretin, les petits poissons qu’on rejète parce qu’ils ne sont pas assez gros pour être mangés... Mais est-ce qu’une chute est bonne si elle a besoin d’être expliquée ?).