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urbanisme
Lyon Terreaux

par Estelle Coppens - 15 avr. 2019

la place des terreaux ne prendra plus l'eau

DEPUIS UNE DIZAINE D’ANNÉES, LA PLACE DES TERREAUX FAISAIT GRISE MINE. LA MUNICIPALITÉ ET LE TANDEM ARTISTE-ARCHITECTE, À L’ORIGINE DE SON RÉAMÉNAGEMENT EN 1994, ONT ENFIN TROUVÉ UN TERRAIN D’ENTENTE. FIN 2019, LA PLACE RETROUVERA DE SA SUPERBE, EN PARTIE.

Elle a son importance, la place des Terreaux, dans le 1er arrondissement. Centrale, elle accueille l’Hôtel de Ville. Referme le secteur de la Presqu’île et le délimite de celui des Pentes de la Croix Rousse, qui démarre une rue plus haut. Elle fait également la jonction entre la Saône et le Rhône. D’où ses fontaines. Et c’est là que ça coince. Car il est bien loin le clip d’Arte où l’on voyait des danseurs jaillir avec grâce entre les innombrables jets d’eau de la place des Terreaux, slalomer avec élégance entre les colonnes noires et blanches fétiches du plasticien Daniel Buren. A dire vrai, les micro-fontaines, pièces capitales du projet de réaménagement conçu à quatre mains avec Daniel Buren et l’architecte Christian Drevet en 1994, n’ont pas fonctionné longtemps. Rapidement, pschiiit, les jets d’eau se sont tus, et ont même fini par être retirés.

la place, en 1911

MAIS QUE FAIT LE PLOMBIER ?

En cause, pour les concepteurs : le mauvais emploi de l’ouvrage-œuvre d’art, à la base exclusivement réservé aux piétons et sur lequel de malencontreux camions de livraison auraient stationné leurs charges. Mauvaise conception dès le départ, pour les autres. Le fait est que la place des Terreaux divise : on l’aime parce que géométrique, intégrant un art contemporain minimaliste, rendu plus poétique (et glissant !) grâce à la présence des jets d’eau. Ou on la déteste, estimant la réalisation trop commerciale, impersonnelle, mal adaptée, voire prétentieuse.
Quoi qu’il en soit, au fil du temps, les dalles où étaient installées les micro-fontaines se sont disloquées, rendant la mise en eau impossible. La saleté a recouvert les célèbres rayures de granit noires et blanches qui barraient le sol et rythmaient la traversée. Détériorée, la place est restée mal en point pendant de longues années. Un état décati sujet à querelles entre la Ville de Lyon et le tandem se renvoyant la balle. Les parties ont néanmoins fini par trouver enfin un accord.

détail d'une colonne de Buren détériorée. 2010

L’HEURE DE LA RÉNOVATION A ENFIN SONNÉ

Acte 1 de la «rénovation-serpent de mer» de la place des Terreaux administrée par la Métropole de Lyon, en lien avec les deux créateurs de l’œuvre qui conservent la propriété intellectuelle de la réalisation : la restauration de la monumentale fontaine de Bartholdi, inaugurée en 1892 et à l’origine commandée par Bordeaux ! Longue histoire... Son démontage et sa restauration ont retardé la rénovation de la place en elle-même, faute de deniers disponibles. La sculpture en métal postée face à l’entrée du musée des Beaux-arts symbolise l’eau qui s’écoule de la montagne (colline de la Croix Rousse), dans le même sens que le Rhône et la Saône passant de part et d’autre de la place.
Les voies automobiles permettant de contourner la place par le sud, déformées et dangereuses, ont été entièrement reprises en 2015. Et depuis octobre 2018, la place est hérissée de palissades et sans dessus-dessous.
Au nord du quadrilatère, les 14 hautes colonnes de Buren existantes et noircies seront briquées, tandis que 44 nouveaux cubes apparaîtront. Le nombre de jets d’eau a, quant à lui, été revu à la baisse : 15 fontaines contre 69 auparavant (avec celle de Bartholdi). “Oui, mais qui marcheront !”, assure-t-on, côté Métropole. Désormais, les mini-fontaines lançant leur trait d’eau à 1m50 de hauteur seront cantonnées à l’axe central de la place, entre l’Hôtel de Ville et la galerie des Terreaux.

Objectif fin 2019

LUMIÈRE, MAESTRO !

La nuit, les micro-fontaines seront illuminées et les dalles, parcourues de points lumineux. Plus largement, c’est tout l’éclairage urbain de la place, bordée par des façades patrimoniales, qui va être revu et corrigé : appliques pour mettre en valeur la belle architecture du palais St-Pierre, celle de la galerie des Terreaux qu’on ne regarde jamais. Lanternes sur le reste des bâtiments. La place sera encadrée et protégée par des bornes en pierre anti-intrusion, par sécurité, par expérience... pour repousser le stationnement sauvage de voitures, tout en faisant office d’assises pour les passants. Les circulations devant les cafés ont été repensées pour laisser plus d’espace aux piétons. Toutefois, le parti pris d’une place très minérale, confrontée à l’élément aquatique, est conservé et aucune végétalisation ne figure a priori au programme.
Rendez-vous fin 2019 au terme des 13 mois de travaux qui auront mobilisé pas loin de 6 millions d’euros.