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lyon bellecour

par Estelle Coppens - 11 avr. 2019

Recadrage musclé d'appartement

COUP DE BOL, DYADE ATELIER EST MISSIONNÉ POUR REVOIR, DE FOND EN COMBLE, DÉCORATION ET AGENCEMENT INTÉRIEUR D’UN APPARTEMENT DE LUXE, VOISIN DE LA PLACE BELLECOUR, À LYON. EN POUVANT SE LÂCHER À LOISIR SUR LE DESSIN ET LE BUDGET. GROS KIFF.

"On a commencé par se frotter les yeux. Des phrases comme celles-là, on rêve toute sa carrière de les entendre : « Vous avez carte blanche, assortie à un budget illimité pour réaliser ce projet de rénovation ».”
Luce et Annabel ont eu la chance de voir le client «idéal» passer la porte de leur agence d’architecture intérieure. Les deux nanas, 30 ans de moyenne d’âge, se sont rencontrées sur les bancs de l’ESAIL. Les similitudes s’arrêtent là. “On n’a pas la même sensibilité, la même lecture des projets”. Luce possède une fibre créative, plébiscite des ambiances douces, enveloppantes, quand Annabelle joue les métronomes implacables, et de la technique avec une petite vénération pour la ligne droite. Le duo surfe d’ailleurs sur cette dualité : chacune planche de son côté sur une partition, et le client élit l’approche qui le touche le plus.
Retour à Bellecour. Entendons-nous : Dyade n’hérite pas d’un lieu tout décati à réanimer. L’habitation en étage a fait l’objet d’une rénovation récente, mais qui laisse de marbre le nouveau propriétaire, chef d’entreprise en mal de mise en ambiance véritable. De la per-so-nna-li-sa-tion. Il veut qu’on lui raconte une histoire. Dont acte.

CADRES SUP’

Fil conducteur de l’intervention du tandem : structurer et scénariser l’espace. Dans une pièce, chaque fonction appelle ainsi un traitement décoratif différent. Exemple dans le séjour : la section salle à manger est délimitée par un plancher teinté de noir, couleur qui court jusque sur le mur opposé. Pour arrimer davantage le thème «c’est prêt !!!», la table à manger affiche un plateau en noyer brut, conçu à quatre mains avec le collectif d’artisans La Fabrique. Au-dessus, une suspension arachnéenne sert également de marqueur visuel. La partie «salon» du séjour marche, quant à elle, sur un parquet en chêne à chevrons, entouré de murs blancs. Une pièce, deux atmosphères.

RITES DE PASSAGE

Autre fil d’Ariane : dès que l’on change de pièce, l’idée de transition est matérialisée par la création de cadres, de portiques, voire de seuils via des revêtements distincts. C’est le cas dès le couloir de l’entrée. Quand on le quitte pour se diriger vers le séjour-salle à manger, un sas peint en bleu profond signale le changement d’espace. Si l’on tourne à droite vers la cuisine, la face interne du portique prend une coloration noire. “Le cadre impulse une dynamique en suggérant l’idée de mouvement. Il permet de tourner le dos aux scènes figées”, considèrent les Lyonnaises.
Dans la suite parentale, une arche vient ainsi épouser les volumes existants, en s’arrêtant à trois niveaux différents. Sophistiqué, mine de rien. Cette arche a volontairement été abaissée pour accentuer la sensation de passer sous quelque chose, de frontière, et cultiver l’intime. “On a rajouté l’oblique de cette arche pour aménager une salle de bain attenante à la chambre, tout en dessinant une perspective filante”. La diagonale se répercute côté face, dans la salle de bains, et se prolonge dans la tête de lit, fabriquée à partir du même bois «afin de pousser l’idée à son paroxysme». Il a fallu dégoter un menuisier pas manchot, capable de maîtriser des techniques peu standard.

PROMENONS-NOUS DANS LES BAINS, PENDANT QUE LE LOUP...

A l’instar de la cuisine où l’œil décèle à peine les éléments fonctionnels, la salle de bains de la suite parentale a été traitée en pièce à vivre. Elle baigne ainsi dans une ambiance onirique, limite inquiétante, où le simple fait de se frotter le dos sous la douche expédie dans un sous-bois enchanté, merci au décor Dream Woods de Fondovalle. Il s’agit d’une seule et imposante pièce en grès émaillé, qui a nécessité pas mal de gymnastique pour être hissée, à pieds, jusqu’au logement. Détail d’expert : les tiroirs sont taillés en biais itou pour traquer l’espace perdu dans ce secteur tout en angles.
Dans la seconde salle de bains, plus petite, il a fallu ruser pour installer baignoire ET douche à l’italienne signalée par un cadre imitation «bois». Attention, concentration, c’est technique : la baignoire s'étire vers la douche, en trait d’union entre les deux sols. Ce chevauchement du blanc permet à la composition de gagner en unité. Le choix du parterre en mosaïque graphique et son implantation elle-même scandent aussi le passage d’une fonction à une autre.

Sabine Serrad