toi mon toit

visite
un chalet à combloux

par Magali Buy - 17 avr. 2019

combloux comme le loup blanc !

POUR VICTOR HUGO, «COMBLOUX, C’EST LA PERLE DES ALPES DANS SON ÉCRIN DE GLACIERS.» ET POUR CAUSE ! BIEN AU CHAUD ENTRE MEGÈVE ET SALLANCHES, LE VILLAGE RÉSERVE BIEN DES SURPRISES. FIER DE SON PATRIMOINE CULTUREL, N’EST PAS LIBRE QUI VEUT, DE S’Y INSTALLER, ET CE N’EST PAS MANUELA ROSSI, ARCHITECTE À L’ORIGINE DU CHALET WHITE WOLF QUI VA DIRE LE CONTRAIRE...

Appelée à la rescousse par le propriétaire en 2014, la jeune femme a relevé le challenge sans hésiter. Le maître des lieux, qui vit aux Etats-Unis, possède ce terrain depuis une dizaine d’années et se confronte à la difficulté d’obtenir un permis de construire en bonne et due forme. Un terrain tout en longueur, en pente et un peu en friche à repenser, un chalet à imaginer et à créer au millimètre carré, un vrai casse-tête chinois en correspondance avec l’étranger : prêt, bâtissez !

A PAS DE LOUP...

Manuela est italienne, vive, spontanée et parle avec les mains, ça va de soi ! Attachée à la région depuis longtemps, elle a même pris pour sujet de mémoire, les fermes de Haute-Savoie: “j’en connais toute l’histoire sur le bout de doigts”. Alors, forcément, son projet pour le chalet ne pouvait être autrement : “En tant qu’architecte, je n’étais pas très connue ici, et quand on est nouveau, ça ne passe pas tout seul. Mes interlocuteurs étaient frileux, mais ils ont vite compris que je travaille toujours dans le respect de l’architecture et de l’histoire locale, ça m’a beaucoup aidée.” Elle tourne le sujet dans tous les sens et échafaude ses plans, elle sait ce qu’elle veut, mais ne fonce pas tête baissée pour autant, qui va piano, va lontano ! La municipalité se rend finalement à l’évidence, la jeune femme suit au pied de la lettre le moindre alinéa du règlement d’urbanisme, lâche un peu de leste et travaille in fine, main dans la main avec l’archi : “Je voulais donner au chalet l’allure des anciennes fermes en y associant les tendances contemporaines et modernes. J’ai porté ce projet toute seule, avec la mairie et tutti quanti !” Mais tout ne va évidemment pas se passer comme prévu, ce ne serait pas drôle.

COMPLIC’ACTIONS !

Face au Mont Blanc, et même si c’est de toute beauté, le terrain lui donne du fil à retordre. “A la base, ce terrain avait un dénivelé de 7 mètres par rapport au chemin privatif qui le dessert. Première complication, les chalets sont à 90% accessibles de plain-pied ou par le bas. C’est très rare par le haut ! Ça a nécessité un déblai impressionnant, puis un enrochement, rien de simple !” Et comme si ça ne suffisait pas, les problèmes s’enchaînent : récupération des eaux pluviales alentours qui ravinent tout sur leur passage, forages sur de grosses profondeurs, tant en terme de fondations que de géothermie pour les apports en énergie : avant de penser à l’esthétique, il a fallu réfléchir pratique, et ce n’est qu’après que le gros du chalet a pu enfin démarrer.

GÉO MAÎTRISE

“Les anciennes fermes avaient toujours un soubassement en pierre, le rez-de-chaussée, les combles et la charpente étaient en bois. J’ai essayé de respecter cette architecture, d’en rendre l’aspect harmonieux et cohérent.” Pour cela, l’architecte et maître d’œuvre va faire un travail d’orfèvre en façade, en alternant 3 sortes de planches différentes, tantôt à l’horizontal, puis à la verticale, toutes numérotées une par une, chacune a sa place bien précise et aucune autre! Elle joue ainsi l’alternance de bois brossé éclaté, brun ou clair, avec du bois grisé, du sapin qu’elle assemble en puzzle géant où chaque pièce s’emboîte logiquement, dans un souci d’équilibre, de perfection et d’esthétisme. Même les volets coulissants électriques, tout droit sortis de son imagination, sont en vieux bois ! Manuela se prend au jeu de la minutie, les pierres de Combloux, aussi de trois teintes distinctes, ne devront rien au hasard quant à leur positionnement sur le soubassement ! Et de me confier un petit détail au passage : certaines poutres sont en métal, rhabillées de bois, elles ont été placées par pur effet d’optique, face à l’entrée, permettant ainsi l’accès au chalet en diagonal : “Il fallait que ça se remarque, mais pas trop non plus, sinon le reste du chalet risquait d’être déstabilisé.” Sacré trompe-l’œil !

LE FIL DE MANUELA

Une fois le portail passé, deux «W» dessinés dans les pavés annoncent la couleur, voilà le White Wolf. Clin d’œil à l’histoire du village. Combloux -dit la Combe des Loups- porte son nom depuis le 13ème siècle, période où l’animal faisait figure d’emblème. Et ça tombe bien, le propriétaire est fasciné par cet animal. Quelques mètres plus loin, la poignée en tête de loup de la porte d’entrée, enfonce le clou. Dessinée et forgée par Guilaume Loisel, un artisan installé à Domancy, elle symbolise un savant mélange de local et de nouveauté : entrez !
Et là, c’est l’effet Wahou ! Si de coutume, les chalets sont plutôt bas de plafond, là, il n’y a pas de niveau intermédiaire dans le hall, on respire et quelle lumière! On trouve le «tout hauteur», ou plafond cathédrale, habituellement dans le salon, ici c’est dans les deux, un parti pris pour mettre en valeur l’entrée et surtout la charpente et c’est très réussi! On en prend plein les yeux : du bois, de la pierre, du verre et du fer, dans des tons clairs et foncés, qu’on retrouve dans tout le chalet par petites touches ou en dégradé comme un fil d’Ariane.

COMME UN CHARME

Du sol au plafond, le charme de l’ancien est revisité dans le confort et l’esthétique haut de gamme : bois grisé, carrelage en céramique, granit noir ou rosé, stucco ou pierre de la carrière d’à côté, chacun se mariant à la perfection tantôt aux têtes de lits de cuir haute couture, lampes bouchons, cheminée artisanale, chandeliers en bois de cerf ou radiateur en fer ! Savoir-faire local de pointe et élégance à l’italienne -Appiani, Fiandre, Mirage, Rex ou encore Galbusera-, Manuela n’a utilisé que des matériaux et marques de prestige.
De la mosaïque du hammam aux suspensions de verre, des portes intérieures aux rideaux à rivets, le White Wolf nage à contre courant dans une sobriété tirée à quatre épingles, où chacun peut facilement se projeter. Livré il y a un peu plus d’un an, le chalet est un peu le bébé de l’architecte et de son cabinet Arcode. Souci de perfection jusqu’au bout des ongles, dans une recherche d’équilibre de l’architecture, chaque bord, chaque encadrement, chaque retrait a une cohérence, tout a été calculé, même la migraine ! Avec sa vue incomparable sur le Mont Blanc, on pourrait rester des heures à contempler le jour disparaître, éclairage en façade parfaitement aligné... Ecco !

 

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