toi mon toit

visite
une maison à St Jorioz

par Mélanie Marullaz - 17 avr. 2019

des monts dans le salon

VUE SUR LA TOURNETTE EN FAISANT LA VINAIGRETTE, SUR LE ROC DES BŒUFS EN SIROTANT UN VERRE DE MOELLEUX ET SUR LES DENTS DE LANFON PLUTÔT QUE SUR LA TÉLÉVISION... LES MONTAGNES N’ENTOURENT PAS CETTE MAISON FAMILIALE DES HAUTEURS DE ST JORIOZ, ELLES ENTRENT CARRÉMENT DEDANS.

Chacun cherche son terrain. Mais pour construire ce nid, dans lequel ils ont emménagé il y a 9 mois, Géraldine et Nicolas, eux, ne sont pas allés très loin. La maison qu’ils occupaient encore l’année dernière surplombe la nouvelle. D’une parcelle, ils en ont donc fait deux et se sont installés... dans leur ancien jardin. “Je ne voulais pas me retrouver au milieu d’un champ, explique Géraldine, et avoir à attendre les éléments paysagers.” Pas de surprise ici, tous les végétaux, ce sont eux qui les ont plantés ! Et les sommets alentours, eux, n’ont pas changé.

QUAND LA MONTAGNE ACCOUCHE D’UNE ENVIE

Ce couple de quinquas, elle notaire, lui dans l’immobilier, en est à sa 4ème maison dans la région, mais sa première construction : un mélange d’expériences, d’idées affirmées, mais aussi de grande fraîcheur et de pupilles écarquillées. “Nous nous étions sentis tellement bien dans notre toute première maison, un chalet en bois des années 60, que ça a été un élément déclencheur pour notre choix : nous voulions rester dans le bois, mais avec de grandes ouvertures pour profiter de la vue, des volumes aussi, et un calibrage sur mesure pour la maison compacte que nous imposait le terrain.” Des envies structurantes qui appelaient le poteau-poutre. Comme son nom le laisse deviner, cette technique de construction, descendante du colombage, est reconnaissable à ses poutres porteuses, qui font toute la hauteur de la maison. Elle permet surtout de faire la part belle aux façades ouvertes. Très ouvertes. De quoi rendre la frontière entre l’intérieur et l’extérieur la plus ténue possible. Le hasard -qui n’en est pas vraiment un- fait bien les choses : leur ami Fabrice Moretti prend le projet en mains et la spécialité d’Eden Home, son entreprise, c’est le poteau-poutre. “Pour concevoir la maison, il nous a posé tellement de questions sur la manière dont nous vivions, dont nous fonctionnions... on s’est mis quasiment tout nu pour donner les bonnes infos !”

VENONS-EN AU FAIT... AGE

A partir de ce moment -et pour vous prouver que les journalistes ne sont pas là QUE pour raconter des histoires de projets qui prennent du retard- leur plan s’est déroulé sans accroc. “J’ai découvert que le chantier, c’est une micro-société, s’étonne encore Géraldine, tout le monde se respectait, personne ne se marchait sur les pieds. Pour la charpente, tout était taillé au millimètre, c’est de l’orfèvrerie ! Nous avons d’ailleurs assisté au dépôt du faitage et c’était vraiment un grand moment : là, la maison existait vraiment.” Même pas un petit contre-temps, une modification, une négociation -désolée, déformation professionnelle- ? La couleur des avant-toits, peut-être que Géraldine et Nicolas ont voulu du même gris taupe que le reste de la bâtisse, alors qu’ils étaient prévus en blanc. En matière de contrariété, on a connu plus épicé.

BLANC D’ESSAI

Et pourtant, le blanc, c’est LA couleur de Géraldine, la dominante chromatique de son cocon. “J’ai eu des envies d’autres couleurs, mais elles n’ont pas duré longtemps, reconnaît-elle. Sur les poutres intérieures, le peintre a même essayé une nuance blanc cassé. Le temps d’un week- end, j’ai cru que j’allais m’y habituer... Mais non, le lundi, il a dû le changer.” Le blanc s’impose donc de plain-pied dans la grande pièce à vivre. Il capte toute la lumière des immenses baies vitrées, répond aux sommets enneigés qu’on voit depuis le canapé, le coin à manger ou la cuisine : la Tournette, le Roc des Bœufs, les Dents de Lanfon ou le Mont Veyrier... Pas besoin d’artifices de décoration quand on a les montagnes en toile de fond.

Pour rester dans la tonalité, ce sont donc des matières et des tons naturels, camaïeu de jaunes et bruns, qui adoucissent et réchauffent l’immaculé : du bois de vieille ferme retravaillé par un ébéniste local pour le mobilier, de l’osier pour les luminaires, au sol, du jonc de mer.
Le blanc permet aussi d’accueillir les coups de cœurs de ces amateurs d’art: au mur, des photos prises par leur fils aîné et des œuvres réalisées par des amis d’enfance ou des peintres locaux. Une toile monumentale sert d’ailleurs de transition entre le rez-de-chaussée et l’étage où sont distribuées les chambres. L’ambiance y est évidemment plus feutrée, la lumière, ici, est filtrée par les brise-soleil. Ces mêmes brise-soleil qui, la nuit tombée, la laissent ressortir en rayons, de l’intérieur vers l’extérieur cette fois-ci, comme pour rendre tout ce que la maison a emmagasiné dans la journée. Le tout dans une atmosphère calme et apaisée... Comme quoi la construction, il ne faut pas toujours s’en faire une montagne.

 

http://eden-home.fr

Edouard Grandjean