urbain

la machine à remonter
annecy

par Louise Quazzola - 21 juil. 2017

Annecy I love you Thiou !

Les photographies et récits de nos grands-mères sont pour les uns sources d’émerveillement pour les autres un peu barbants. Pourtant, les secrets d’histoires d’Annecy sont passionnants. Oubliez ce que vous savez, voici un petit voyage dans le passé.

«Petite Venise des Alpes», cette réputation, Annecy la doit à la rivière de 3,5 kilomètres de long qui sillonne la vieille ville. Déversoir naturel du lac d’Annecy dans le Fier, le Thiou est depuis 2000 ans le moteur économique de la ville, attirant sur son passage nombre d’industries jusqu’au 19ème siècle. S’il révèle quelques monuments historiques, le Thiou est aussi synonyme des vestiges du passé, invitant le regard à fouiller dans son lit en quête d’indices. Il est possible de déceler les vestiges du mur d’enceinte qui jadis formait les remparts d’Annecy. Si le quai Perrière abrite, pour les visiteurs d’aujourd’hui, de nombreuses brasseries, pour ceux du 19ème siècle il était question d’une pâtisserie centenaire, face à l’Eglise Saint-François-de-Sale. Nous pouvons voir une pierre surélevée avec un anneau, témoignage de l’arc-en-pierre qui s’y trouvait jusqu’à la fin du 18ème siècle.
Au pied du Palais de l’Isle, ayant servi de prisons jusqu’à la Révolution française, se trouve une inscription tronquée à peine recouverte par l’eau. Nous devinons ainsi «Mercure», dieu du commerce, des voleurs et voyageurs, qui témoigne de l’occupation romaine. Lors de la construction de la ville au Moyen-Âge, les hommes ont investi les pierres de l’ancienne ville sur lesquelles se trouvaient des inscriptions romaines. Les saisons où le lit de la rivière est bas sont une invitation à visiter un Annecy d’autrefois.

ANNECY AU TEMPS DES LUMIÈRES ET DES SANS-CULOTTES

Au 18ème siècle, Annecy connaît une vie industrielle et économique puissante. Les entreprises positionnent alors leurs moulins dans le lit du Thiou profitant du courant. Nous pouvons admirer les portes et escaliers qui flirtent avec la rivière, ainsi que les anneaux pour amarrer les bateaux, témoignages des habitations qui jadis étaient construites au ras du cours d’eau. Ces témoignages d’un autre temps nous plonge à l’époque où les sans-culottes étaient des révolutionnaires, et non pas des fêtards un peu tête en l’air. Remontons dans le temps et savourons une journée ordinaire au siècle des Lumières !
Annecy est alors principalement concentrée sur la vieille ville où les marchés et les magasins attirent la population. Ainsi, tôt le matin, on peut se rendre sous les arcades créées pour accueillir les étals. Les trottoirs sont investis de commerces à ciel ouvert, l’intérieur des locaux représentant les entrepôts. L’activité artisanale suit le bord de la rivière et il est plaisant de se promener le long du canal fleuri même si les odeurs ne sont pas toujours très printanières ! Tous les déchets sont déversés dans son lit, ce qui incite les plus fortunés à quitter la ville en été quand les odeurs se font insoutenables. Annecy-le-Vieux est alors très prisé de juin à septembre ! Les prix des Airbnb de l’époque s’envolent !

On peut clore le marché au pont de l’Evêché connu pour ses boucheries, l’abattoir n’étant pas très loin. L’après-midi, il est coutume de se rendre aux bains publics rue Carnot en attendant le soir pour s’approvisionner en eau potable dans les puits rue Sainte-Claire, rue de l’Isle ainsi qu’au puit Saint-Jean. La journée s’achève par une bonne nuit de sommeil les fenêtres fermées… Les moulins fonctionnent encore et ne sont pas des plus silencieux.

AU DEHORS DES MURS D’ENCEINTES

A l’extérieur du centre-ville historique, au-delà des remparts qui clôturaient cet espace d’habitations et de commerces, peu de monde allait s’aventurer, preuve qu’Annecy s’est bien développer depuis 1700 ! Nous pouvons toutefois relever quelques lieux qui intriguaient déjà à l’époque, à commencer par le Manoir de Novel, ancienne maison forte du 12ème siècle. Aux portes de la ZUP de Novel, il ancre le quartier moderne dans une histoire médiévale et agricole. La bâtisse, qui fut l’une des résidences des comtes de Genève, a également appartenu aux religieuses du monastère de la Visitation.

L’activité agricole cesse après le Seconde Guerre mondiale et les espaces verts sont devenus, à l’initiative de la ville, des jardins pédagogiques et participatifs pour les habitants du quartier. Quelques promenades secrètes de l’époque demeurent encore assez méconnues. C’est le cas du Vallon de Sainte-Catherine à Vovray pourtant riche d’une histoire millénaire. A une heure à pied de la ville, cette abbaye cistercienne a été le premier tombeau des Ducs de Savoie et offre un somptueux belvédère à la Croix Sainte-Catherine.
Les lieux de promenade privilégiés demeurent encore le Pâquier et les Marquisats, pourtant, il suffit de s’aventurer un peu et de laisser des siècles d’histoires nous rattraper comme par magie !

Verrière du centre culturel Bonlieu ©DR

UN DYNAMISME ARCHITECTURAL D’EXCEPTION !

"La Haute-Savoie est aujourd’hui l’un des trois départements les plus actifs de France pour la construction. La créativité est très forte", témoigne Arnaud Dutheil, directeur de CAUE 74.
A l’image d’Annecy, le territoire accueil beaucoup d’architectes et de projets, ce qui se traduit par une politique urbaine dense qui prend en compte deux facteurs : l’accessibilité pour favoriser le lien social et la prise de conscience écologique. "Malgré les normes et courants nationaux, nos élus sont moteurs d’une architecture différente. Notre tâche aujourd’hui est de réfléchir sur les oasis urbains", conclut-il.

Photos : Archives municipales d’Annecy