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carnet de voyages
- brésil -

par Gaëlle Tagliabue - 6 août 2019

carnets de roots

QUAND PIERRE AMOUDRY DESSINATEUR COMPULSIF, ARTISTE PEINTRE ET GRAND MÔME, FIGURE DES ARAVIS, PART EN VOYAGE, C’EST TOUJOURS UNE TROUSSE DE CRAYONS DANS LA POCHE ET UN CARNET À LA MAIN. MAIS C’EST SURTOUT TOUJOURS EN MODE PROJET ET ACCOMPAGNÉ D’UNE PLÉIADE D’AMIS. CHAQUE DESTINATION PREND LA ROUTE DE SES CARNETS DE VOYAGE QU’IL GRIFFONNE JOUR APRÈS JOUR. DERNIER VOL AU LONG COURS EN DATE, LE BRÉSIL.

Après l’Europe de l’Est et l’Afrique de l’Ouest, l’Argentine ou Cuba, Pierre Amoudry fait cap sur le Brésil. Ce sera le projet artistique Futura, « nomade et éphémère », rassemblant 9 artistes issus du cirque, de la typographie et de la fresque murale. L’air juvénile malgré sa quarantaine quasi sonnante, le Bornandin donne le ton : le voyage sera immersif ou ne sera pas.
Un voyage qui durera un mois, scandé par trois temps forts. A commencer par une halte à Sao Paulo, au sud-est du Brésil, la plus grande ville d’Amérique Latine avec ses 11 millions d’habitants. « La ville est une immense jungle de béton qui s’oppose aux forêts et autres espaces naturels tout aussi immenses. Un contraste presque exagéré ! ».

Entre dessins, montage du projet, saynètes de cirque en ville et soirées samba, ça fourmille du matin au soir, à l’image de la ville, grouillante. « Mes amis avaient des contacts sur place, ce qui nous a permis d’être introduits directement chez les locaux ». C’est ainsi qu’il se retrouve au cœur de l’école de samba « Vai Vai » en plein échauffement pour la parade du carnaval, l’ambiance y est caliente, couleurs et mouvements tous azimut. « Peut-être le moment le plus chaud sur ce carnet. Je me suis retrouvé debout en plein milieu d’une foule, en train d’essayer de croquer l’entraînement du club en conditions de défilé. C’était bouillant ».
De détails en regards, Pierre happé par ce mouvement incessant, dégaine ses crayons à tout va, comme un enfant dont l’émerveillement ne tarit pas, pour laisser une trace sur le papier de ces étonnantes cabines téléphoniques très pop qui ressemblent à des casques de vélo, ces soirées effervescentes dans les rues de Bela Vista et ces spectacles donnés sous le crachin du soir. Un petit tour et puis repartent. Direction la jungle montagneuse de Serra Do Cipo.

JAMAIS SAMBA PALETTE

700 km plus au Nord. Changement radical de décor, perdus en pleine montagne à 4km du village. Nous sommes en décembre et il fait 35°C ! Le collectif se prépare déjà pour une représentation à l’occasion du « Jour de la conscience noire », férié au Brésil, symbole de la résistance antiesclavagiste et anticolonialisme. Ferveur des rythmes et des danses traditionnelles. Valses de plats typiques et caïpirinha à flots. Le Brésil tient toutes ses promesses !
L’environnement est ici particulièrement sauvage, plus rien à voir avec les grandes villes, mais c’est tout aussi démesuré. Si ce n’est que le tempo redescend. Baigné au cœur des paysages du parc national de Serra Do Cipo, maillé de cascades et de piscines naturelles et après 2h30 de marche escarpée en pleine jungle, Pierre immortalise la palette de couleurs de la cascade Gaviao. Décor de film. Ça tombe bien, ils en tourneront un là-bas avant de reprendre la route en mode convoi. 80 km de routes de montagne pour rallier un nouveau camp de base à Lapinha, au cœur de la jungle montagneuse. Pierre - dans sa culture de l’instant - croque, rature et colore panoramas et instants de vie, « je ne me sépare jamais de mon carnet et de mes trousses, ce qui me permet d’adapter le format, le support et la technique aux conditions du voyage. Je dessine toujours sur le vif, là où je me trouve et je ne reprends jamais mes dessins. En voyage, je me connecte complètement aux lieux ». Rien d’étonnant à ressentir aussi vivement la chaleur écrasante d’une journée, le plaisir de la première gorgée de bière savourée à la cervecería artisanale du village et le balancement chaloupé d’une danse improvisée.

MELTING PINTURA

Si le voyage est une dynamique en soi, l’autre carburant de Pierre, c’est le collectif. Avec Melting Paint et le concept des fresques participatives qu’il exporte partout où il va, il officie en chef d’orchestre. Une façon encore de casser les frontières culturelles et linguistiques à grands coups de pinceau. Dans une école de Morro do Pilar, les murs en garderont la trace avant que la troupe ne reparte vers Belo Horizonte, dernière étape du road trip / good trip. Retour dans une grande ville mais aux portes de la jungle cette fois. Comme si celle-ci parvenait à faire la synthèse des deux précédentes étapes avec toujours autant de contrastes saisissants. « Au Brésil tout est extrême, les villes no limit d’un côté et la nature d’une densité folle de l’autre, les chaleurs excessives et les orages fulgurants ». Et socialement, c’est un peu pareil, la pauvreté absolue côtoie l’aisance décomplexée.
Dans le cœur battant de la 2e plus grande favela d’Amérique du Sud, là où les taxis les déposent aux portes sans oser y pénétrer, l’amoncellement insalubre de constructions et matériaux en tout genre est frappant. Sorte de jungle humanisée, extrêmement défavorisée, mais pas si hostile. Du moins lorsque l’on ne se pose pas en simple observateur. La force sans doute de l’expression artistique comme langage universel. Pierre en gardera le souvenir dans sa tête et sa palette comme d’un immense patchwork aussi riche que tranché, à l’instar du pays lui-même qui ne fait décidément pas dans la demi-mesure.

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