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carnet de voyages
- islande -

par Magali Buy - 6 août 2019

belle île en terre

BAROUDEUR HIGH TECH, AVENTURIER CARTÉSIEN, PIERRE THIAVILLE PORTE EN BANDOULIÈRE SA TRENTAINE BIEN TREMPÉE. DANS LA FINANCE LA JOURNÉE, EN VADROUILLE LE RESTE DU TEMPS, CE PHOTOGRAPHE PRO SHOOTE AU RESSENTI, L’ŒIL TOUJOURS AUX AGUETS. ET QUAND IL DÉBARQUE AU MILIEU DES VOLCANS, GLACIERS ET AUTRES LAGONS ISLANDAIS, ÇA DÉPOTE !
Pierre Thiaville

Août 2018. Le paquetage ne sent ni la crème solaire, ni l'anti moustique, le climat islandais est plutôt froid et venté, mieux vaut prévoir une couverture ! Douche solaire - qui frôlera péniblement les 20 degrés -, reflex, soupes lyophilisées, drone et cœurs bien accrochés, Pierre et son compagnon Lionel ont choisi une formule tout terrain pour faire immersion en Indiana Jones des temps modernes, au cœur de la toundra : “On a loué un 4X4 aménagé pour y passer nos journées comme nos nuits. On voulait sortir des sentiers battus et vivre dans le ventre de l’île. C’est un voyage qu’on a souhaité faire à deux, en autarcie et totale autonomie, dans l’idée de fuir l’émulation de la vie lyonnaise et sa course quotidienne, se déconnecter du monde et partager des moments rien qu’à nous.” Une carte, une liste de points à voir et c’est tout, les garçons n’avaient pas d’autre itinéraire que celui offert par mère nature, celui que la plupart ignore en passant par la route principale. Et ils vont être servis !

RÈGLES D’USAGE !

Arrivée à Reykjavik, le temps de récupérer leur compagnon à roues motrices et les victuailles de dernière minute, et les voilà en route vers leur bonheur solitaire. Mais stop. L’Islande impose ses règles et donne ses directives à qui veut pénétrer ses terres d’un peu trop près : “Il y a une charte de bonne conduite. Le nombre de touristes est passé de 500 000 à plus de 2 millions en à peine 3 ans, et le pays n’est pas suffisamment adapté en matière de protection des visiteurs et des lieux. La charte interdit notamment le camping sauvage. Dans les zones de parcs naturels, les gardes sont très vigilants et nous expliquent gentiment qu’avec la roche volcanique, certains sentiers ne sont pas adaptés pour être empruntés, au risque de s’ébouler sous le poids des hommes.” Conscients des dangers et équipés de corps et d’esprit, même pas peur, les voilà repartis !

ON THE ROAD... TRIPES

Pour visiter l’Islande, ce n’est pas compliqué : 3 routes, 3 possibilités. La première, celle où tout le monde s’entasse direction les spots à touristes. Pour cueillir l’insolite, mieux vaut la laisser tomber. La deuxième, au tracé grossier, mais encore praticable, va leur servir de tremplin pour atterrir, amortisseurs démontés, sur la numéro 3, leur préférée. Plus anarchique et souvent jonchée de gués et de gros cailloux, quel folklore ! Pierre avoue avec beaucoup d’autodérision et sueur au front : “Quand on rentre dans un gué, on n'a pas d'informations sur la profondeur, ça dépend beaucoup de la fonte des glaces. S’il y a un courant assez fort, la voiture peut se faire emporter... Alors quand l’eau arrive à la moitié de la fenêtre et que les pneus commencent à partir, tu ne fais pas ton malin ! Au moins, ça a le mérite de mettre de l’adrénaline !” Et de l’adrénaline, ils en ont eu besoin pour avaler 2800 kilomètres en 12 jours et entrer au plus près de l’insolite. L’Islande, terre de glace et de feu, impose sa diversité et son humeur changeante à qui vient la taquiner, offrant en échange un spectacle détonant : “On peut se retrouver en bord de mer sur de grandes plages de sable noir et 4 heures plus tard, rentrer dans les terres au pied d’un volcan de plusieurs milliers d’années, ou encore sur les vallons d’un vieux glacier. Les contrastes sont exceptionnels.”

CHEMIN DES VARIÉS

Une coulée de lave refroidie, de la mousse verte fluo, un canyon desséché, on pourrait s’amuser à sauter à cloche pied, avant de s’arrêter net sur un cratère posé là, une fleur plantée au milieu, allez savoir pourquoi. Le cœur de l’Islande joue aux montagnes russes par l’émotion qu’elle procure, les contrastes de couleurs improbables, la surprise du bleu de la mer au noir de la roche, les va-et-vient de la lumière à l’austérité. Et quand, rivières chaudes et bains bouillonnants coupent le paysage en deux et réchauffent les aventuriers fatigués: c’est la récréation assurée !

HOT SPOTS !

Au cours de leur road trip, Pierre et Lionel ont roulé beaucoup, jusqu’à arpenter les sentiers pour atteindre l’exceptionnel : Reykjadalur, une rivière où se mélange une source à 60 degrés avec de l’eau des sommets à 6 degrés... Jökulsargljufur, plus grand glacier d’Islande - de la taille de la Corse - dans le parc de Vatrajökull, - ou Jökulsárlón et sa plage aux diamants : “Tout droit venues des glaciers, des petites coulées se jettent dans des lagons, des morceaux d’iceberg se décrochent jusque dans la mer, qui les attaque avant de les recracher sur la plage. On dirait des coraux venus flirter avec le sable, c’est sublime. En 12 jours, on en a vraiment pris plein les yeux !” Et si le panorama n’a cessé de les surprendre, on ne peut pas en dire de même des Islandais. Aussi perturbant que ce soit, ils n’en ont pas vraiment croisés. Le pays compte 355 000 habitants, dont seuls 50 000 sont répartis hors des villes. Alors crapahuter pour aller chercher de l’Harokiskur, le pain islandais, au pied d’un glacier, faut pas rêver ! Au cœur de leur périple, hormis quelques chevaux et moutons d’élevage qui trainent, ils ne rencontreront que 3 touristes, deux gardes et un pompiste perdu sur la route “C’est quasi désert, on ne croise personne. Par contre, à la surprise générale, on a eu de la 4G tous les jours à quelques exceptions près, c’est le monde à l’envers !”

 

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Pierre Thiaville