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- népal -

par Céline Leclaire - 5 août 2019

trek & astuces

PARTIR SUR LES TRACES DU YÉTI, VOILÀ LE FIL ROUGE DE L’EXPÉDITION HORS NORME DE LAURENT BOIVEAU ET ANNE CATTELIN. UNE TRAVERSÉE EXCEPTIONNELLE DU NÉPAL, SANS GUIDE LOCAL NI PORTEUR, AU PLUS PRÈS DES PLUS HAUTES MONTAGNES DU MONDE... AMOUREUX DES GRANDS ESPACES, PRÉPAREZ-VOUS À UN TREK DE FOU...
Laurent Boiveau

Dans l’entrée de son appartement, traînent encore sacs, skis, cordes... “Je n’aime pas ranger !” se justifie Laurent. On l’excuse volontiers quand on sait qu’il vient à peine de rentrer d’un trek à l’autre bout du monde, enfin son corps, car son esprit voyage encore sur les sommets enneigés du Pakistan... Mais notre rencontre ne porte pas sur cette dernière aventure. Aujourd’hui Laurent vient juste de recevoir les exemplaires de son dernier livre, « Sur les traces du Yéti », le récit palpitant d’une expédition réalisée en 2015 avec Anne Cattelin. Lui, a 52 ans, est breton d’origine, a été prof d’EPS, est devenu pisteur, accompagnateur en montagne et a encadré des treks pour de grands tours opérateurs avant d’organiser ses propres voyages depuis 9 ans. L’hiver, il travaille dans un magasin de sport à Courchevel, le reste de l’année, il part en vadrouille, accompagne des trekkeurs et ouvre de nouveaux itinéraires : Sahara, Afrique de l’Est, Chaîne de l’Himalaya, Népal, Pakistan... Elle, est née en montagne, est monitrice, a fait partie de l’équipe de France de ski acrobatique sur le circuit Freeride World Tour. Chercher la neige sur tous les massifs de la planète est resté sa passion.
Leur objectif : traverser le Népal d’ouest en est, en restant le plus proche de la frontière tibétaine, en 4 mois... à la recherche du yéti ! Finalement, le yéti s’est fait très discret, mais d’autres rencontres ont pris place dans les meilleurs souvenirs des deux voyageurs.

AU CAS KHARKAS

“Les rencontres que nous avons faites sont fantastiques. Souvent les bergers qui sont montés en alpage, les kharkas, ne voient personnes pendant des semaines. Ils sont alors surpris et ravis d’avoir de la compagnie. Ce sont des moments d’échange forts et cela nous permet de nous empiffrer de yaourts au lait de yack ou de viande fumée ! Des yaourts conservés dans un grand pot qu’on embarquait avec nous : au bout de trois jours, c’était presque du beurre, mais c’était tellement bon !”. Laurent et Anne ont ainsi pu découvrir tout ce patchwork ethnique qui compose le Népal, des basses vallées verdoyantes avec leurs rizières, aux sommets enneigés à plus de 6000m. “De manière générale, les montagnards sont toujours accueillants. Un jour, avant d’arriver à Mugu, nous avons même été obligés de nous arrêter plus tôt que prévu, des femmes en alpage ont mis nos sacs à terre et offert, de force, à manger ! Comme on en avait marre des « quick noddles », ça tombait bien ! » Les noddles, c’était souvent pour le déjeuner, le soir c’était plutôt soupe et riz séché, et si par chance, il restait un gâteau sec au fond du sac, c’était l’orgasme culinaire garanti ! “Heureusement, chez l’habitant ou dans les guest houses, on s’est régalé de dal bhat, de plats de lentilles et riz, de légumes frais, des patates... à s’en faire péter le ventre ! On buvait aussi du thé au beurre : une sorte de bouillon, plein de gras et de sels minéraux, tout à fait ce qu’il nous fallait.”

YÉTI CE QU’IL FAUT !

Concernant le yéti, nos deux aventuriers ne l’ont donc pas rencontré, mais il a été l’objet de longues conversations. “Quand on a demandé aux gens du pays ce qu’ils pensaient du yéti, on a eu plusieurs réponses. Les Tibétains, par exemple, nous ont expliqué que c’était compliqué de le voir mais qu’il existe bien : il y a toujours un ami de la famille qui l’a vu quelque part !” En clin d’œil à ce périple « Sur les traces du yéti », Laurent, tel Amélie Poulain avec son nain de jardin, a embarqué une petite sculpture de la créature, réalisée par l’artiste Orlinski bien connu à Courchevel. “On a fait plein de photos qu’on a montrées un jour à un moine qui a vraiment pensé que c’était le vrai, et nous a dit : « Vous l’avez rencontré et vous n’êtes pas mort » !!” Et non, ils ne sont pas morts... même s’ils ont frôlé parfois des dangers assez extrêmes, que Laurent qualifierait de « difficultés objectives ».

STUPEUR ET TREMBLEMENT

Côté rencontres, il y en a une que les deux explorateurs auraient préférée éviter: les sangsues ! Par centaines, elles les ont accompagnés durant le périple dans les zones humides. Pas très réjouissants comme moments... comme le jour où Anne est tombée dans une rivière en crue. Heureusement, des branches plus bas l’ont attrapée, sinon elle y passait... Laurent, lui, a chuté dans une crevasse. Il y a eu aussi les glissements de terrain, les passages dans des moraines, les gelures aux doigts de pieds, les œdèmes faciaux, les chaussures trouées... Mais la motivation a toujours pris le dessus : “On a eu des galères, mais l’objectif était de se faire plaisir avant tout, de dérouler tout le Népal d’une traite, une première, alors que d’habitude, on fait cet itinéraire région par région. Et puis cette impression d’être perdus, sans l’être finalement, est incroyable.” Entre les rencontres extraordinaires, les paysages sublimes, les zones sur glacier en autonomie... Tout n’est finalement que souvenirs merveilleux.

Ce projet, Laurent le rêvait depuis 20 ans. Le tremblement de terre d’avril 2015 aurait pu le faire renoncer, mais non, justement, c’était le moment ou jamais. Dans ces zones encore sinistrées quand il est passé, il y avait peu de monde. Certaines guest houses qu’il connaissait n’étaient plus que tas de cailloux, “c’était important de faire marcher celles encore debout”. Il a quand même fallu éviter certains coins du Langtang, trop dangereux. 1280 km et 120 jours plus tard, après avoir traversé 25 cols à plus de 5000m d’altitude, 3 à plus de 6000 m, comptabilisé 105 000 m de dénivelé positif, ouvert de nombreux nouveaux itinéraires, pris seulement 5 douches chaudes, perdu 18 kilos pour Laurent... L’aventure prend fin, mais restera à jamais gravée dans le cœur de ces deux amoureux des sommets. Le yéti a eu chaud !

 

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Laurent Boiveau