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carnet de voyages
- route de la soie -

par Cécile Boujet De Francesco - 10 août 2019

comme une demande en voyage

ENTRE MARS 2018 ET MAI 2019, CLARISSE ET ALEXANDRE ONT PARCOURU PLUS DE 15 000 KM EN TANDEM. PARTIS DE BAYONNE, LES DEUX ANNÉCIENS ONT RALLIÉ LA NOUVELLE ZÉLANDE, EN S’INSPIRANT DE LA ROUTE DE LA SOIE. BELLE AVENTURE, CE COURS DE GÉOGRAPHIE ET D’HISTOIRE GRANDEUR NATURE A MARQUÉ À JAMAIS CES DEUX TRENTENAIRES.
Alexandre et Clarisse

Quand Alexandre a fait sa « demande en voyage » à Clarisse, cette dernière n’était pas vraiment surprise. Partir à l’aventure en contrat longue durée et en tandem était un projet auquel ils réfléchissaient depuis un bon moment. Ils avaient déjà testé le concept lors d’excursions estivales : 4 jours dans le Luberon par-ci ; Annecy-Pau par-là... Des « petits » voyages, comme le dit Clarisse, sans se rendre compte que pour nous, un après-midi en selle, c’est déjà le bout du monde ! Tous les deux fans de la Nouvelle Zélande, le terminus du voyage a rapidement été trouvé. L’itinéraire ? L’Asie Centrale, la route de la soie, Singapour où des amis se sont installés... “L’idée était d’aller le plus loin possible en tandem”, raconte Clarisse. Finalement, là où ils ont eu besoin de plus de temps, c’est pour choisir la date du départ. “Alex pouvait prendre un congé sans solde, mais moi je ne travaillais à mon compte que depuis deux ans et j’étais en pleine création des Hirondelles (marque de vêtements éco responsable, ndlr). Et puis, on a eu un décès dans la famille et on s’est dit : qu’est-ce qu’on attend ? Qu’est-ce qu’on fait passer en premier ?”

MERCI GEORGES !

En mars 2018, les deux trentenaires, leurs 50 kg de bagages et Georges sont donc partis à l’aventure ! Georges ? Le tandem! Eh oui, pour parcourir 15 104km entre la France et Singapour (Clarisse aime la précision !), il faut un sacré destrier. Un destrier sur mesure, fabriqué par Vagabonde, une entreprise drômoise. A partir de ce moment-là, nous deux héros (15 000 km à pédaler quand même !) ont traversé les pays, la plupart du temps sur leur deux roues, mais aussi en bus ou en train (en Turquie, en Ouzbékistan, au Turkménistan), voire en bateau.

Darvaza, Turkménistan
Tadjikistan, route vers Iskanderku
Tadjikistan, descente vers Dushanbe

A propos de Turkménistan, avec Myanmar (Birmanie) et le Japon, Darvaza est un grand souvenir : “On a fait 7 km de marche à 4 heures du matin pour aller voir cet endroit !”. Dans le désert de Karakoum, près de ce qu’il reste d’un village, il y a ce cratère en feu. “En fait, c’est un puis de gaz qui a été percé par les Russes, mais la poche s’est effondrée. Et comme il y avait des émanations de gaz, ils ont décidé de mettre le feu. Ça fait plus de quarante ans qu’il brûle !” Après ce moment surprenant, un autre allait cueillir nos cyclistes : “Là-bas, il n’y a un seul train par jour !” En attendant celui avec lequel ils ont poursuivi leur route, ils ont dû meubler le temps, “lire, parler avec les mécanos grâce à Google translate” et “tourner autour de la gare, pour se cacher du soleil”.

Gardien du temple de Confucius, Chine

DONNER, DOOOOONNER...

Des paysages tout aussi déboussolants, Clarisse et Alexandre en ont vus! “Achgabat ! Capitale du Turkménistan, ville improbable, en marbre blanc, créée de toute pièce avec des statues gigantesques, des dômes dorés, des palaces... Dans les rues, que des voitures blanches dans lesquelles les gens n’ont pas le droit d’écouter la musique. C’est calmissime. Le choc !” Autre coup de cœur : l’Iran. “Ce pays est l’un de ceux qui nous a permis de redécouvrir l’histoire du monde. L’Iran, c’est la Perse avec sa capitale millénaire, des ruines incroyables... C’est les mille et une nuits ! L’architecture est splendide, il y a la culture des épices... On a appris tout ça en cours d’histoire, mais à l’époque, ça ne nous intéressait pas du tout !”
Leur timing en tête, quatorze mois et pas un jour de plus, les deux Annéciens ont beaucoup appris des gens qu’ils ont rencontrés. Qu’il s’agisse de ceux qui leur ont très souvent proposé nourriture et gîte - l’effet Georges ! - ; ou de ceux qui les ont accueillis chez eux quand l’hôtel n’était pas pratique ou la tente une solution pas assez sûre : “Ils nous ont réappris la générosité, le sourire, la bienveillance. Ce que l’on a oublié ici. On est tellement autocentrés !”
De ces rencontres, des amitiés sont nées en Turquie et en Iran, notamment avec les membres du réseau Warm showers (douches chaudes, un réseau de cyclistes qui en hébergent d’autres gratuitement) : “C’est un bon moyen d’apprendre l’histoire des endroits où l’on s’arrête, et le mode de vie actuel. En Chine, on a été accueillis par une Chinoise qui a vécu au Canada, du coup elle a la double vision occidentale/asiatique. Grâce à elle, on a compris plein de choses. Le dernier jour là-bas, on a même rencontré un habitant qui parlait anglais : on a passé deux heures à le bombarder de questions !”

Mosquée Nazirolmolk, Chiraz, Iran

QUESTION DE PRIORITÉS

Pendant ce drôle de voyage, il y a aussi eu quelques moment difficiles. “Je suis allée puiser dans mes limites de nombreuses fois”, confie Clarisse que les genoux ont fait souffrir au point d’obliger le couple à faire une pause de dix jours, voire à se demander s’il n’allait pas troquer un temps le vélo contre l’avion. “Mais je suis « un peu » têtue, raconte la Béarnaise. Je me suis dit que non ! Que je voulais voir la suite, que j’irai au bout, comme prévu !”. Les doutes ont aussi surgi après la plus sérieuse des trois chutes faites en roulant : “A partir de ce moment-là, j’ai un peu perdu confiance. Comme j’étais derrière, je n’avais pas de frein, ni de vitesse, je devais avoir 100% confiance en Alex. Et lui devait gérer ça aussi.” Heureusement, la complicité du duo et son envie d’arriver à Singapour avant le nouvel an a pris le dessus.
 

Pamukkale en Turquie
Leshan Giant Buddha, Chine
Temples de Bagan, Myanmar, Birmanie

Si bien que quelques mois plus tard, les voilà bien arrivés en Malaisie : “On a mis dix jours pour traverser le pays. On faisait plus de cent kilomètres par jour ! Mais c’était plat, on était entraînés, ça passait presque tout seul”. Et c’est tant mieux ! Parce que partir ainsi à vélo demande tout de même quelques précautions. Réfléchir à l’état des routes, l’accès à l’eau, à la nourriture et surveiller la météo. “Il faut éviter d’arriver en Iran en août, ne pas aller en plein hiver dans les pays où vous roulez à 4 000 m d’altitude !”.
Gare aussi aux autres usagers de la route qui, dans certains pays, roulent vite et mal (merci l’alcool !). Last but not least : “la composante géopolitique ! Il y a les pays en guerre, ceux qui ne vous laissent pas entrer ou alors qui font de l’obtention du visa une loterie”.

Nansha, Chine
Kyaikto, Myanmar, Birmanie
Central Business District de Singapour, Malaisie

Encore qu’avec des passeports français, Clarisse et Alexandre n’ont pas eu de problèmes majeurs. “C’est là qu’on se rend compte qu’on a de la chance d’être Français. On a vu des endroits où il n’y a pas d’électricité, peu d’eau. Nous, on a un pays qui est extrêmement beau, qui a des infrastructures de fou. Quand on est ici, on est dans notre bulle, on ne se rend plus compte. On est revenus avec une nouvelle grille de lecture. Et on pense déjà au prochain voyage!” D’ici là ? “On va essayer de revoir les gens qu’on a rencontrés, de prendre du temps pour les amis et la famille. On revoit nos priorités, on essaye de retrouver la sobriété qu’on a eue de façon quelque peu forcée pendant ce voyage qui nous a surtout donné envie de vivre !”

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