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- tout terrain -

par Cécile Boujet De Francesco - 7 août 2019

l'aventure puissance 5

5 CONTINENTS, 5 MARATHONS DE L'EXTRÊME, C'EST L'EXPLOIT RELEVÉ PAR CE COUPLE DE HAUT-SAVOYARDS, FRÉDÉRIQUE LAURENT ET CHRISTOPHE LEBRUN ENTRE 2012 ET 2013. VÉRITABLE PERFORMANCE PHYSIQUE, CE CIRCUIT A ÉTÉ L’OCCASION DE TESTER LEURS CAPACITÉS D’ADAPTATION À DES CONDITIONS DIFFICILES, DE COURIR DANS DES DÉCORS EXCEPTIONNELS, ET SURTOUT DE FAIRE DES RENCONTRES INOUBLIABLES. UNE PERFORMANCE QUI EN APPELLE D’AUTRES...
Frédérique et Christophe

C'est la première Française à avoir remporté le Marathon des glaces (Antarctique), la seule à avoir fait le doublé pôles sud et nord (2014 et 2017) ! Deux courses à -30°, auxquelles son compagnon a lui aussi participé. Deux compétitions mémorables que Frédérique Laurent et Christophe Lebrun ont accroché à leur tableau de chasse après avoir bouclé une autre aventure intense : celle du «Grand chelem marathon». Un circuit que ces 2 résilients ont imaginé et qui réunit un parcours thématiques par continent : marathon du feu au Vanuatu, du métal en Bolivie, de l’eau dans le Jura, du bois en Indonésie et de la terre en Afrique du Sud.
Vu le programme, on se doute que Frédérique et Christophe n’ont pas imaginé ce circuit pour découvrir les variantes du mojito. Non, ce qui a fait courir les deux Annéciens, c’est leur curiosité. D’abord par rapport à leurs capacités à affronter les milieux extrêmes. Si l’idée de courir le marathon d’Annecy vous paraît déjà une grande aventure, imaginez des heures de course sur un volcan en fusion, au milieu de la jungle ou d’animaux sauvages en liberté, dans un désert de sel (Salar d’Uyuni) ou dans des eaux glacées ! Même si ces deux aventuriers se sont super bien préparés (madame est naturopathe), et qu’ils ont la condition physique que beaucoup d’entre nous n’ont pas, le challenge est tout de même impressionnant.

LIBERTÉ EXTRÊME

“Pour aller chercher ces capacités d’adaptation, on est partis rencontrer les gens chez eux. On voulait voir comment ils réussissent à vivre dans ces milieux très hauts, très chauds, très froids ; quelles sont leurs particularités et qu’est-ce qu’on peut en tirer pour aider notre corps à s’adapter : nourriture, habillement, solidarité...” Et voilà l’autre mobile : rencontrer l’autre. Et sur ce plan-là, ils n’ont pas été déçus ! Au Vanuatu, pour marcher sur les volcans, ils ont a dû aller voir « l’homme qui parle aux volcans » et lui demander la permission. “Ça, ce n’est pas le genre de chose qu’on apprend dans les livres!” Et puis, il a fallut gérer un autre imprévu de taille : “Ça faisait huit ans qu’il n’avait pas plu à cette époque de l’année. Et pendant dix jours ça n’a pas arrêté !”. Résultat, les marathoniens sont partis courir le ventre quasiment vide : “On avait gardé un peu de pâtes qu’on a mangées froides le matin avec du sucre”. Quelques heures plus tard, la récompense est là : “On s’est retrouvés au sommet des volcans, seuls au monde, l’île qui se déployait à nos pieds et tout l’océan pacifique autour... C’était un moment de liberté extrême, c’était super intense”.

DRÔLE D’IDÉE !

Dans la jungle indonésienne, il a aussi fallut montrer patte blanche : ”La forêt, c’est le territoire de la population qui vit là-bas (environ 3 000 personnes). Les arbres sont leurs ancêtres. Ils communiquent avec eux. On ne s’y balade pas comme ça ! On a dû rencontrer le chef du village. On est resté assis face à face sans se parler. Il nous observait, accroupi. Il fumait cigarette sur cigarette. Et au bout des trois heures, il a dit qu’il était d’accord !”  La plupart du temps très bien accueillis par leurs hôtes, en Bolivie le contact a été moins chaleureux. “Les conditions de vie sont très difficiles là-bas : il fait froid, il y a du vent. Les gens sont plus austères. Ils vous nourrissent, c’est leur manière de donner. Mais ils ne s’intéressent pas à vous.” Sauf lorsqu’ils ont compris que le couple allait courir sur le désert de sel. “Un truc qui ne s’était sans doute jamais fait ! Du coup, ils ne comprenaient pas l’intérêt de la chose. Jusqu’à notre départ, ils nous ont proposé de faire le parcours en 4X4 ! Ils nous ont suivis au loin et nous ont rejoints à l’arrivée.”

GÉRER SES PEURS

En Afrique du Sud, les échanges avec la population locale étaient encore plus restreints. Frédérique et Christophe étaient protégés par des Rangers plutôt taiseux d’une réserve naturelle, et face à eux les big five - lion, buffle, rhinocéros, léopard et éléphants - en liberté totale ! Les Rangers leur ont appris à reconnaître les excréments et les empreintes des mammifères, histoire de se mettre à l’abri au cas où. “On retrouve vite ses instincts archaïques ! La moindre odeur, on la sent à dix mille lieues ; le moindre bruit de feuille on l’entend... Ça pompe une énergie folle.” Heureusement, la préparation a bien joué son rôle : “Ça nous a permis de remettre notre émotionnel à un juste niveau. On savait comment gérer nos peurs et ne pas les transmettre à l’autre.”
De tous ces séjours, Frédérique et Christophe tirent deux leçons : l’absence totale de jugement de la part des gens qu’ils ont croisés, et l’étonnante facilité avec laquelle ils se sont adaptés aux différents milieux habités. “A chaque fois, c’est une remise à zéro. Ce n’était pas les mêmes conditions, mais il y avait une souplesse qui se mettait en place... Les limites qu’on nous impose, celles que l’on se donne ne sont pas forcément les limites réelles !”.
Depuis, Frédérique et Christophe ont été accueillis 3 semaines par des nomades au Kirghizistan (été 2018) et Frédérique est allée à la rencontre des hommes-fleurs, en Indonésie (mai 2019).

Grand Chelem Marathon