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Turin
-musée de l'auto-

par Pascale Godin - 11 mai 2019

mauto mobile

LE «MAUTO» EST UNIQUE. RÉNOVÉ, AGRANDI, LE MUSÉE DE L’AUTOMOBILE DE TURIN RALLIE PETITS ET GRANDS AU CŒUR D’UN CIRCUIT DIDACTIQUE ET LUDIQUE, OÙ CHACUNE DES ÉTAPES MARQUE UNE RÉFLEXION SUR L’HOMME, LA MACHINE ET LA SOCIÉTÉ. COURROIE DE DISTRIBUTION, ARBRE DE TRANSMISSION, LE MAUTO EN A SOUS LE CAPOT. CARADISIAQUE, EN SOMME !

Au printemps 2011, le musée de l’automobile de Turin s’est offert une métamorphose. Il était temps. L’industrie automobile, intimement liée à l’histoire et au développement de la capitale piémontaise, méritait un hommage bien mieux carrossé et un moteur plus dynamique.
Quatre années de travaux, 30 millions d’euros de budget global. Et le pari est gagné. Aujourd’hui, l’édifice ancré sur les bords du Pô fait dix fois plus d’entrées qu’avant sa transformation. 200 000 visiteurs annuels. Et si le bâtiment de 12 000 m2 fait lui aussi peau neuve, sa mécanique interne, signée du scénographe franco-genevois François Confino et des architectes turinoises Federica Pagella et Marida Cravetto, incarne bel et bien le musée du futur.

 

François Confino entouré de Marida Cravetto et Federica Pagella

L’ESSENCE DE L’AUTO

Ce jour-là, un vieux couple se balade dans les vastes galeries du MauTo. Un petit garçon et une fillette trottinent près d’eux, visages levés, attentifs aux explications que les grands-parents leur distillent patiemment. Pas exactement le genre de visiteur que l’on s’attend à rencontrer dans un musée de l’automobile. On imagine plutôt l’amateur éclairé, le nez sur un détail, la tête pleine d’un cambouis fantasmé. Mais cette famille est exactement le public auquel le trio de créateurs a voulu s’adresser. Au MauTo, l’automobile n’est pas un assemblage statique posé sur 4 roues inertes. De sa genèse à son futur, passée par les mains des génies les plus visionnaires et des designers les plus fous, elle est ici vivante. En mouvement. Et symbolise l’interaction de l’homme et de la machine, les moments clés d’une société en constante mutation. Marida Cravetto et Federica Pagella en expliquent le sens : “Ici, chaque voiture est traitée comme une histoire et comme un univers. L’automobile a changé la vie des gens et l’histoire a changé l’apparence des voitures. C’est par la mise en scène que l’on suggère cette évolution”. Au final, un parcours en trente univers, sur trois étages corrigés, agrandis, martelés, carénés.

PEAUX D’ÉCHAPPEMENT

Ici, la Cisitalia 202 prend la pose devant ses croquis originaux, entre les murs d’un atelier de briques rouges. Et la belle italienne, également exposée au MoMa de New York, rougit de se voir si belle en ce garage. Là-bas, une DS19, design fuselé, évidemment noire, prend son envol pendant qu’un combi Volkswagen, tout tatoué de fleurs, attend sa cargaison de hippies. Destination Katmandu, BO signée «Hair». Un peu plus loin, les yeux sauvages d’une Ferrari éclatante observent, au-delà du mur de Berlin, la carrosserie dépouillée et placide d’une Traban ancrée à l’Est. Va-t-elle oser traverser ? Checkpoint Charly arbitre l’affrontement silencieux.
La mécanique du MauTo dépasse le ronron trop régulier de son passé et sillonne l’histoire en 150 belles mythiques. Chaîne de montage, prohibition, carambolage, drive-in, ambiance Luna Park. La culture en plus. François Confino immerge son public dans un habile tintamarre où se mêlent klaxons, ronflements de moteurs, dialogues et musiques. Sociologue et scénographe à la fois, il décrasse les a priori du genre et fait retomber son public en enfance. On touche, on sent, on expérimente. On s’émerveille. Et surtout, on se souvient..

SORTIE DE ROUTE

Malgré son succès évident, le MauTo nouvelle mouture a suscité quelques polémiques. Quoi ? Un musée sans vitrines ? Quelle hérésie ! François Confino se souvient des réticences des amateurs purs et durs : “Tout à coup, le public regarde les voitures au travers de fragments d’histoire. Pour un initié, c’est difficile de voir le sujet de son attention descendre de son piédestal, et n’être plus perçu que comme le vecteur d’un moment. Il cesse d’être admiré en tant qu’objet”. Certes. Mais en désacralisant la voiture pour la replacer dans un contexte plus vaste, le scénographe met en place les éléments d’un musée du futur. Un point de rencontre où la convivialité, l’inédit et le surprenant prennent le pas sur la représentation purement académique. “On nous a également reproché de ne pas être suffisamment scientifiques” poursuivent Marida et Federica. Tout faux. 6 500 ouvrages et revues, assortis d’une photothèque riche de 35 000 clichés, sont accessibles à tous au centre de documentation. Un contrepoids scientifique, justement, qui donne son équilibre à l’ensemble.
Tapis volant, à toute vitesse dans toutes les directions, le MauTo carbure au sensoriel, les yeux dans le rétroviseur et les phares braqués vers le futur. Jamais l’auto n’aura été plus mobile.

 

http://www.museoauto.it

Ornella Orlandini