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Turin - musée du cinéma

par La rédaction - 8 mai 2019

effets spatiaux

TURIN SERT LE CINÉMA SUR UN VERTIGINEUX PLATEAU. ET SON MUSÉE DÉMESURÉ, HORS NORMES, RAPPELLE AUSSI QUE LA VILLE PIÉMONTAISE FUT LA PREMIÈRE CAPITALE ITALIENNE DU 7E ART.

167 mètres, c’est haut. Le dôme de la Mole Antonelliana émerge dans le ciel de Turin, sa flèche solitaire grimpe au ciel en point d’exclamation. Et comme la croix sur une carte de pirates, le symbole de la ville indique l’emplacement d’un trésor. Chaque année, le Musée du cinéma draine plus de 600 000 visiteurs. La gigantesque usine à rêves bouscule les sens, elle tambourine à la porte des songes. On en ressort abasourdi, hébété, prisonnier consentant d’une hallucination magique. La tête bourrée de pellicules, évidemment.

ÇA TOURNE AUTOUR DU PÔ

Turin aime le cinéma. Depuis longtemps. A la fin du 19e siècle, de nombreuses sociétés de production poussent dans la capitale piémontaise. Elles fédèrent les techniciens, les artistes, produisent des comédies, des documentaires, des superproductions : “Turin était une ville à l’avant-garde, rappelle Alberto Barbera, le Directeur du Musée du cinéma. Le cinéma muet italien est né à Turin, avec entre autres «Cabiria», l’un de ses chefs-d’œuvre. L’industrie automobile également, tout comme la mode italienne, avant de partir pour Milan dans les années 30. Et le cinéma ne s’est transféré à Rome qu’après la fin de la première guerre mondiale, sous l’impulsion du fascisme”. Un clap de fin imposé par Mussolini. En créant Cinecittà en 1936, en déplaçant les productions à Rome, pour véhiculer la propagande fasciste à travers le cinéma, le Duce prive Turin de son 7e art. Oui mais. En 1991, la ville du Piémont hérite d’un magot prodigieux. La collection unique de Maria Adriana Prolo, une historienne passionnée, accumule les objets rares, les films, les affiches et les témoignages, les photos. Et pour abriter ce fabuleux trésor, Turin cherche un écrin à sa démesure.

SYNAGOGUE ET CINEMAGOGUE

Un bâtiment pourrait faire l’affaire. Via Montebello, en plein cœur de la ville, la Mole Antonelliana est un gigantesque vaisseau. Mais il est vide. Inexploité. Commandé en 1861 par la communauté juive de Turin, destiné à devenir une synagogue avant d’être revendu à la ville, à laquelle l’édifice sert de terrasse. Rien d’autre qu’un belvédère sur les toits de Turin et sur les montagnes lointaines. Quand il le découvre, le Franco-suisse François Confino, chargé de scénographier le musée, reste soufflé par l’architecture : “Je ne connaissais pas cet invraisemblable bâtiment, ça a été un des chocs de ma vie. La pièce principale faisait 80 mètres de haut ! Pardonnez-moi l’expression, mais j’étais sur le cul !” Sacré challenge. Il faut lutter contre la verticalité du bâtiment, remplir son immensité. Et surtout, il faut livrer bataille à l’architecte des monuments historiques, en conflit ouvert avec le scénographe : “Il refusait que nous occultions les ouvertures. Un musée du cinéma en pleine lumière, imaginez l’aberration ! Nous avons finalement convenu de les escamoter avec des stores amovibles. Ils montent toutes les heures pour laisser apparaître la lumière du soleil pendant 1 minute. Nous avons mis 6 mois pour arriver à ce compromis historique !”

LA LANTERNE MAGIQUE

François Confino s’amuse comme un enfant. Au cœur de l’édifice, il convoque une vertigineuse salle du Temple pour rappeler la vocation première du bâtiment. Sous les yeux du Moloch, la gigantesque idole dorée du fameux « Cabiria ». Et pour appuyer l’allusion, le scénographe enroule une dizaine de chapelles sur son périmètre. 10 cultes au 7e art, 10 rêves éveillés sous l’animation, l’absurde, le fantastique, l’amour ou l’horreur. Livré à lui-même dans un bac à sable démesuré, François Confino cumule les métaphores : “Quand vous entrez dans le grand frigidaire, c’est une allusion au sens de la vie et à Hellzapoppin ! S’asseoir sur des toilettes pour regarder un extrait de film est un clin d’œil à Buñuel, tout fonctionne sur l’humour. Nous n’avons jamais été censurés et nous nous sommes régalés !” Pour étirer les songes sous le dôme aérien, truffé d’allégories, il sème de confortables fauteuils entre 2 écrans géants. Et perce la voûte d’un ascenseur translucide. Vertige garanti. Il saupoudre de merveilleux la rigueur historique en multipliant les illusions d’optiques, fracasse l’arrivée du train en gare de la Ciotat contre le Faucon Millénaire de Han Solo. Et déroule 5 étages de corridors féeriques, vaste colimaçon de mises en scène où Marilyn percute Superman, où Fred Astair s’envole près d’un saloon dévasté, où les scénaristes réinventent des histoires à dormir les yeux grands ouverts. Le 19 juillet 2000, le Mole Antonelliana devient la plus grande lanterne magique d’Europe : “Le choix de construire ce musée illustre la place de Turin dans l’histoire de l’industrie du cinéma italien, se réjouit Alberto Barbera. Ce n’est pas un hasard si l’unique musée du cinéma d’Italie, et l’un des plus rares au monde,estsituédanscetteville”.ARome, il fallait bien prendre à César. Pour enfin rendre à Turin.

 

http://www.museocinema.it

Voglio uno Festival !

Un musée du cinéma appelle forcément un festival, aussi ardemment que le personnage de Fellini réclame une femme dans Amarcord («Voglio una donna !»). A quelques pas de la Mole, le cinéma Massimo, multiplexe «officiel» du Musée du cinéma, accueille donc chaque année le Torino Film Festival (TFF). Un événement créé en 1982 quand l’amorce du déclin de l’industrie automobile oblige la ville à se réinventer. Alors appelé «Festival international du film pour les jeunes», l’événement est pointu, notamment grâce à son directeur, le critique italien Gianni Rondolino, et arrive rapidement à se hisser aux côtés des incontournables du genre. Comme à la Mostra, on y voit défiler les grands noms du 7e art, John Carpenter, John Landis, Richard Fleischer, à l’occasion des rétrospectives qui leur sont consacrées. En 2007, il élargit son champ de sélection sous la direction de Nanni Moretti. Depuis, il présente une sélection de films de toutes nationalités en première italienne. Des films projetés devant 60 000 spectateurs et répartis en 3 sections: la compétition internationale, avec des 1ers, 2es ou 3es films de réalisateurs, Le TFFdoc pour les documentaires, et une compétition pour les courts-métrages italiens. En 2018, c’est l’acteur et réalisateur américain Paul Dano qui a décroché le titre du meilleur film avec «Wild life : une saison ardente».

 

http://www.torinofilmfest.org

Torino Film Festival du 22 au 30 novembre 2019

La rédaction