voyage voyage

Turin, una storia importante !

par Emmanuel Allait - 6 mai 2019

love stories

PENDANT DES SIÈCLES, J’AI ÉTÉ COURTISÉE PAR TOUT CE QUE LA MAISON DE SAVOIE COMPTAIT DE DUCS, PRINCES OU ROIS. ILS ONT MÊME FAIT DE MOI LA CAPITALE DE L’ITALIE, ENTRE 1861 ET 1865, POUR FINALEMENT JETER LEUR DÉVOLU SUR FLORENCE, PUIS ROME. DU COUP, EN 1899, J’AI FINI PAR CRAQUER POUR FIAT ET LES AGNELLI. NOTRE MARIAGE AURA DURÉ UN SIÈCLE. QUAND MÊME... NOUS FORMIONS UN COUPLE TELLEMENT FUSIONNEL QU’IL A LONGTEMPS OCCULTÉ TOUT MON RICHE PASSÉ ET QUE 15 ANS APRÈS NOTRE RUPTURE, TOUT LE MONDE RESTE PERSUADÉ QUE NOUS SOMMES ENCORE ENSEMBLE.

Mais non, je vous l’assure, j’ai refait ma vie ! Motorcity c’est fini. Place à la recherche, au design, à l’art contemporain, à la gastronomie, au tourisme ! Quand je me regarde dans un miroir aujourd'hui, je me trouve méconnaissable.

PLUS BESOIN D’OTO-RHINO À AUTORINO

Aujourd’hui, je respire mieux. Mais je l’avoue, faire le deuil de cette relation m’a pris du temps. Fiat et moi formions un couple heureux et prospère, parfois tumultueux, avec des hauts et des bas, des grèves par-ci par-là. Mais la symbiose était parfaite, lui s’occupant de toute la déco, dessinant des banlieues, modelant des quartiers entiers, comme Mirafiori, et moi lui fournissant la main d’œuvre dont il avait besoin. Il m’a même offert une équipe de foot pour distraire mes dimanches, parce que, toute la semaine, je devais supporter le fracas des boulons et de l’acier, et respirer les fumées des usines. Ma robe de mariée avait perdu sa blancheur depuis longtemps ! Et puis un jour, le condottiere Gris et ses 50 nuances a dit«la fête est finie ! Basta !».
Pas très galant, il m’a larguée brutalement, préférant convoler avec ses nouvelles maîtresses, Londres, Amsterdam ou Detroit. Quel choc ! Cette rupture m’a filé une gueule de bois terrible dont j’ai toujours du mal à me remettre : 12 % de chômeurs, 100 000 pauvres, deux fois plus qu’en 2007, et un fort sentiment d’abandon dans les périphéries urbaines. Du pain béni pour les populistes du M5S, qui ont remporté les dernières élections municipales !

Alors, pour oublier et pour m’aider à tourner la page, je me suis cherché un avenir dans des relations éphémères, comme les JO d’hiver en 2006. Cet amant de passage m’a coûté cher, mais il m’a remis sur le chemin de la séduction.

Course de Vespa et Lambretta sur le circuit du Lingotto à Turin

UN PÉDIGRÉE ROYAL

C’est pourquoi, cher touriste, « j’ai mis de l’ordre dans mes cheveux, un peu plus de noir sur mes yeux, pour te séduiiiiiiire ». Envie de te plaire, de te dévoiler mes plus beaux atours, longtemps dissimulés sous une triste chape grise. Au programme, lâcher-prise et mise en valeur de mon corps ! J’assume mon physique et mes formes ! Palais, églises, résidences royales, rues à arcades sur 20 kilomètres, parcs, places majestueuses, le tout dominé par les 167 mètres de la Mole Antonelliana, les cadeaux de mes ex ont retrouvé leur splendeur.
Il faut dire qu’ils ont su me flatter et m’embellir pendant 300 ans ! Les plus généreux ont été les rejetons de la dynastie de Savoie, qui, à partir du XVIe siècle, ont fait de moi leur capitale fastueuse, à la place de Chambéry, m’ont agrandie et couverte d’édifices baroques. De véritables esthètes, attentionnés et imaginatifs ! Et puis, un jour, début XIXe, j’ai croisé la route d’un soupirant un peu envahissant et brutal, Napoléon. Lui aussi a cherché à modifier mon urbanisme, lorsque le Piémont était français. Après cette brève liaison, les aménagements ont continué de plus belle, quand je suis redevenue l'imposante capitale du royaume de Piémont-Sardaigne. Sans oublier que, même si j'ai un tempérament discret et que je n’aime pas trop me vanter, c’est moi qui ai impulsé le fameux Risorgimento, avec mon roi Victor Emmanuel II et son premier ministre Cavour, aboutissant en 1861, à l’unification italienne. Une longue histoire, n’est-ce pas ?! Voilà ce que je veux mettre en avant aujourd’hui.

UN RELOOKING RÉUSSI

Finie la fille coincée, qui a longtemps été plus british qu’italienne ! Aujourd’hui je m’éclate, comme le Berlin d’après 1989, ou l’Espagne post franquiste, je crée, j’invente ! Audacieux projets architecturaux contemporains, musées aux splendides collections, comme celui du cinéma, de l’automobile, ou le musée égyptien, l’un des plus riches d’Europe, innovations culinaires et artistiques... Tenez, regardez le Lingotto par exemple, cette usine-monstre en forme de paquebot, que m’a offert Fiat en 1915 ! Avec mon ami Renzo Piano, je l’ai reconverti en boutiques, cinéma, galerie d’art et centre de congrès. Il y a même un circuit sur le toit ! Cette alchimie entre tradition et modernité correspond vraiment à ma personnalité latine.
Alors, avant de déguster en terrasse un aperitivo accompagné de ses tramezzini, venez m’admirer depuis le sommet du Monte dei Capucini, une colline à 284m d’altitude, tandis qu’au loin se dresse l’immense muraille blanche des Alpes. Vous doutez encore de la réussite de mon lifting ? La dolce vita sauce piémontaise n’a rien à envier à Florence ou Rome. Ici aussi, c’est « mangia bene, ridi spesso, ama molto ». E visita Torino !